Cameroun : Le gouvernement matraque la démocratie

Intimidations, répression, violations et restrictions des libertés… le pouvoir de Yaoundé négocie depuis peu un nouveau virage autoritaire qui inquiète. Un récent classement place le pays dans le top 15 des régimes les plus autoritaires d’Afrique subsaharienne.

Le Cameroun a une fois de plus fait la une de la presse internationale ces derniers jours. Pour des raisons peu envieuses. Le samedi 26 janvier, une manifestation pacifique d’un parti de l’opposition — le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) —, interdite par les autorités, est réprimée par les forces de l’ordre à travers le pays. Des policiers et des gendarmes ont fait un «usage disproportionné de la force», déplore l’Union européenne dans une communication.

Tirs sur des manifestants, passages à tabac, arrestations arbitraires, séquestrations et détention de militants et de journalistes, etc. en une semaine, le pays a fait démentir le discours rabâché des décennies durant sur le respect de l’État de droit et des libertés. L’arrestation de Maurice Kamto, président national du MRC, figure de proue de l’opposition, classé deuxième à l’issue de l’élection présidentielle d’octobre 2018, complète ce tableau.

Mal noté
Ces évènements ne sont que les derniers d’une longue liste de dérives autoritaires, dont certaines sont encore enregistrées dans le cadre de la crise anglophone, de la guerre contre Boko Haram, dans la gestion quotidienne de la cité ; ou encore dans la conduite des processus électoraux. Parfait timing ou simple hasard du calendrier, c’est dans cet environnement de terreur distillée que le dernier rapport de The Economist, Inteligence Unit —un think tank d’analyses basé en Angleterre— classe le Cameroun parmi les pays avec un pouvoir les plus autoritaires du monde.

Dans ce rapport 2018, paru il y a quelques jours, l’organisation analyse le risque pays pour les investisseurs. Il y est indiqué que le Cameroun est le 13e pays le plus autoritaire (sur les 44 pays) d’Afrique au sud du Sahara, et le 136e pays le moins démocratique au niveau mondial sur près de 180 pays analysés. Les critères d’évaluations sont : le processus électoral et le pluralisme, la gouvernance, la participation politique, la culture politique ; et le respect des libertés civiles. Et à chacun de ces critères, le Cameroun flirte avec le bas du classement. L’ile Maurice étant le pays africain le plus démocratique selon cette étude.

Responsabilités
Une place que conteste tout de même Claude Abe. Ce sociopolitiste estime que si pour ces raisons le Cameroun est considéré comme une dictature, le débat en France sur l’interdiction des manifestations peut placer ce pays dans la colonne des régimes dictatoriaux. «Le fait qu’on essaie de défendre un ordre de paix, ne fait pas d’un pays une dictature», défend-il.
Pour autant, cet universitaire déplore le tout répressif qui caractérise le pouvoir de Yaoundé. «Ce qui gêne dans le cas du Cameroun c’est que l’on empêche aux gens de s’exprimer à travers des manifestations. Rendez les responsables des manifestations responsables. Cela veut dire que s’il y a des débordements, vous les rendez responsables de trouble à l’ordre public». Cependant, il appelle «tous les acteurs à jouer franc jeu». «Vous avez perdu une élection. C’est acté. Sans avoir apporté la preuve du contraire, vous êtes dans une proclamation d’une victoire volée. Vous défier l’ordre Républicain. C’est inacceptable, nulle part dans aucun pays ce ne peut être accepté», conclut-il.

Ifeli Amara 

 

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