Cameroun-France : Une tradition des audiences postélectorales

Selon des analystes, les lendemains d’élections présidentielles signent toujours de longues entrevues entre le chef de l’État camerounais et les chefs de la diplomatie française accrédités à Yaoundé. 

Au Palais de l’Unité, Paul Biya a accordé une audience à Gilles Thibault en début d’après-midi du 6 décembre dernier. La chronique retient que l’entretien entre le président camerounais et l’ambassadeur de France au Cameroun a duré près de trois heures. Pendant ce long moment, les deux hommes ont (officiellement) parlé de la situation sociopolitique dans leurs pays respectifs, ainsi que les lignes de la coopération que ces derniers entretiennent.

Regards
Reste que, pour les observateurs, cette actualité n’est pas inédite. Entre le chef de l’État camerounais et les plénipotentiaires français en poste à Yaoundé, disent-ils, c’est une tradition de longues audiences. Dans leurs analyses, ils ne dissocient pas «les après-élections» et ces entretiens-fleuves. De l’avis de Pierre Bell, «le bon viatique est d’admettre que comme en 1992, 1997, 2004 et 2011, les écailles d’un ordre ancien sont toujours présentes pour comprendre le timing de l’audience du 6 décembre 2018». Le spécialiste camerounais en relations internationales s’en explique : «Ce n’est pas une polémique subalterne lorsqu’on établit qu’au Cameroun s’est tenu un scrutin présidentiel au cours de chacune de ces années-là».

De son côté, Martin Joël Kessack lit la durée de ce qu’il appelle «audiences post-présidentielles» sous le prisme du quant-à-soi privé des deux pays. «Par les trous de serrures du Palais de l’Unité fuitent souvent des scènes de grande lessive», assume le diplomate à la retraite. Sur le coup, il retient qu’en fin novembre 1992, Yvon Omnès (alors ambassadeur de France au Cameroun) avait été reçu par le locataire d’Etoudi, pendant deux heures trente. Martin Joël Kessack se remémore qu’en décembre 1997, Philippe Selz (ambassadeur de France au Cameroun entre octobre 1995 et avril 1998) s’était entretenu avec Paul Biya… pendant deux heures.

En fin novembre 2004, Jean-François Valette (un autre ambassadeur de France au Cameroun, 2003-2006) avait longuement échangé avec le président camerounais au Palais de l’Unité. En fin 2011, avec Bruno Gain (ambassadeur de France au Cameroun entre 2009 et 2013), Paul Biya discutait pendant deux heures. «À chaque fois, une logorrhée officielle avait été charriée sur fond de coopération bilatérale en lieu et place de la gestion de la place de la France durant le mandat qui s’ouvrait», croit savoir Martin Joël Kessack.

Jean-René Meva’a Amougou

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