Cameroun : les crises au menu des messages de vœux des hommes politiques

De Paul Biya à Maurice Kamto en passant par Akere Muna ou Cabral Libii, qui se sont livrés au rituel du message de vœux à leurs compatriotes, les chocs économique, sécuritaire et sociopolitique ont dominé les discours.

De Paul Biya à Maurice Kamto en passant par Akere Muna ou Cabral Libii, qui se sont livrés au rituel du message de vœux à leurs compatriotes, les chocs économique, sécuritaire et sociopolitique ont dominé le discours.
Paul Biya lors de son message de vœux 2018 à la Nation. ©PRC

Comme depuis quelques années déjà, c’est Maurice Kamto qui donne le ton. Dans un message vidéo publié en ligne le 29 décembre, le président du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) fait son bilan de l’année écoulée d’abord en anglais puis en français. «L’année 2017 qui s’achève aura été l’une des plus éprouvantes pour notre pays et notre peuple depuis plusieurs décennies. La paupérisation galopante de l’écrasante majorité des Camerounais s’est compliquée d’une crise budgétaire qui était prévisible, et d’une crise politique sans précédent qui met désormais en jeu la survie même de notre pays, en tant que Nation unie riche de sa diversité culturelle héritée de la colonisation », indique-t-il dès l’entame, assis dans un fauteuil dans un bureau décoré pour rappeler le prestige de la fonction présidentielle à laquelle l’agrégé de droit ambitionne d’accéder.

Les autres hommes politiques de l’opposition qui lui ont emboité le pas n’en disent pas moins. Cabral Libii du Mouvement 11 millions de citoyens, de loin le plus jeune de tous, parle, débout derrière un mur de verre, d’«une année de crises multiples» qui « laisse le Cameroun à l’entrée d’une guerre». Pour l’ancien bâtonnier Akere Muna, candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2018, seul à avoir associé dans son décor le drapeau du Cameroun à celui de la Cemac et de l’Union africaine, « en cette fin d’année, nous n’avons aucune raison de nous réjouir».

Et de justifier : « Notre pays vient de traverser une année très difficile. Et le bilan est particulièrement lourd. Pour la première fois depuis  l’indépendance de notre pays, 10 mille Camerounais ont abandonné leur village pour se réfugier au-delà de nos frontières. Et ce chiffre pourrait rapidement atteindre 35 mille disent les experts. D’autres de nos compatriotes, dont le chiffre s’évalue également en millier, se sont tout simplement exilés. Au sein de nombreuses familles de soldats tombés au front, il y a plus, au moment où nous parlons, que des veuves et des orphelins pour accueillir la nouvelle année. D’autres Camerounais par centaines sont morts tout juste parce qu’ils ont osé s’exprimer sur le Cameroun dont ils rêvent…».

Akere Muna évoque aussi le fait que des enfants ont été privés de scolarité. Et comme Cabral Libii, il dénonce en plus la multiplication des accidents de la route, l’asphyxie des entreprises, un système de santé qui «ne cesse de se dégrader», un endettement qui s’alourdit tandis que les jeunes peinent à trouver un emploi, une corruption galopante…  Kamto qui parle d’une «situation désastreuse» indexe par ailleurs le retour du Cameroun au FMI, une intensification de la pauvreté et la précarité et croit même que « l’État est menacé de faillite».

Réplique

Ce 31 décembre, l’homme dont tous convoitent le fauteuil, leur donne la réplique: «Au cours de l’année qui s’achève, le Cameroun a, dans un contexte difficile, confirmé aux yeux du monde, la solidité de ses institutions, la résilience de son économie et son attachement à l’unité nationale», indique Paul Biya dès l’entame de son discours de vœux à la Nation. Le président camerounais estime que son «pays a en effet démontré, une formidable capacité à relever les multiples défis auxquels il a été confronté, aux plans sportif, sécuritaire, économique ou social».

Au plan sportif, Paul Biya évoque le sacre des Lions Indomptables du football à la CAN et celui de l’équipe nationale de volleyball féminin devenue championne d’Afrique. Au plan sécuritaire, il dit avoir réduit les rêves expansionnistes de la secte terroriste Boko Haram à néant et «enregistré des succès notables dans le cadre de la lutte contre le phénomène des prises d’otages à notre frontière orientale».

Sur le plan économique le président camerounais vante la résilience de l’économie du pays. Il avoue néanmoins un impact négatif de la conjoncture actuelle sur la croissance économique et le progrès social. «Il en est en outre résulté des difficultés de trésorerie, dont les fournisseurs de l’Etat et particulièrement les Petites et Moyennes Entreprises, ont fortement pâti» confesse encore Paul Biya. Il promet d’ailleurs «une attention particulière à la situation des PME, notamment pour ce qui est du règlement prioritaire de la dette qui leur est due, comme de l’amélioration de leur accès au crédit bancaire». Paul Biya s’engage aussi à accorder une «attention spéciale» aux services de proximité notamment la fourniture en eau, en électricité, et en soins de santé.

Concession

A propos de la crise anglophone, Paul Biya comprend enfin l’essentiel : «Les consultations que j’ai menées, mais aussi les multiples avis et suggestions que j’ai recueillis, m’ont conforté dans l’idée que nos concitoyens souhaitent participer davantage à la gestion de leurs affaires, notamment au niveau local». Pour y répondre, le chef de l’État camerounais propose «l’accélération de notre processus de décentralisation» ouvrant en fin le débat sur la forme de l’État sur lequel il a tenté en vain d’imposer l’omerta. En effet, en face d’autres proposent le fédéralisme pour donner plus de pouvoir aux régions.

La question devrait être au centre des échéances électorales à venir. Le président fait la promesse de prendre «toutes les dispositions nécessaires» afin que «toutes les opérations électorales se déroulent dans le calme et la sécurité». Une réponse certainement au MRC qui suspecte le régime de vouloir semer le chaos afin d’empêcher la tenue des élections prévues cette année. Pour une élection équitable, juste et transparente, l’opposition et la société civile demandent l’adoption d’un code électoral consensuel. Une doléance sur laquelle Paul Biya continue de faire la sourde oreille.

Aboudi Ottou

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