Cameroon Investment Forum 2019 : Inverser la tendance déficitaire de la balance commerciale

C’est le vœu formulé au terme de la troisième édition du Cameroon Investment Forum, tenue du 27 au 29 novembre dernier à Douala.

Le panel à la cérémonie d’ouverture

Sur les deux dernières années (2018 et 2019), la balance commerciale du Cameroun présente un déficit de 8,3%. C’est dans le but de lutter contre cette saignée de devises que l’Agence de promotion des investissements (API) a organisé la 3e édition du Cameroon Investment Forum sur le thème: «Industrialisation à travers l’import substitution». Selon l’Institut national de la statistique (INS), les importations massives des produits alimentaires (riz, poisson, farine…) représentent en 2018 un peu plus de 710 milliards de FCFA, soit 20,6% de la dépense totale des importations. À en croire Marthe Angeline Minja, directrice générale de l’API, «ces importations ont triplé au cours de la période 2007-2017, représentant en moyenne plus du tiers du déficit commercial, et 4% du PIB depuis 2013. Elles représentent également un manque à gagner d’environ 443 milliards de FCFA». Pendant trois jours, près de 500 participants (experts financiers, investisseurs, porteurs de projets, financiers, décideurs) ont discuté de l’urgence de l’industrialisation du Cameroun et ont formulé des recommandations pour renforcer son tissu économique.

Des recommandations
À l’issue des échanges du 29 novembre dernier, il ressort qu’il faudra passer nécessairement par le développement et l’aménagement des espaces irrigués pour la production du riz et des engrais adaptés au sol des différentes zones agroécologiques. De même, il sera important de promouvoir et soutenir la production des aliments selon les normes et standards, en prescrivant un délai d’implication aux importateurs d’aliments dans le secteur de la production aquacole de qualité.

Il faudra en plus faciliter l’acquisition de matériels performants de production dans les filières riziculture et aquaculture, et soutenir la construction des unités de stockage de maïs adaptées aux zones écologiques. Dans la même veine, la mise en place des structures de transformation, de conservation et de distribution des produits des filières concernées est à envisager. Des mesures de protection de l’espace économique national devraient également être prises en vue de soutenir la production locale. Les mesures d’incitation à l’investissement dans la production de riz et du poisson sont également à encourager. Il faudra notamment encadrer et renforcer les capacités des groupements et associations professionnelles existant dans lesdites filières en interprofession.

Le cadre juridique a aussi fait partie des préoccupations. Les participants ont par exemple préconisé la révision des statuts des planteurs et exploitants des filières ciblées. Le but est la mise en place d’un cadre juridique adapté au développement des exploitations agricoles et la finalisation de la révision en cours du cadre juridique de la pêche. Dans le même ordre d’idées, il faudra revisiter la règlementation foncière, accélérer et renforcer la vulgarisation des systèmes et techniques des productions.

Des enjeux
«Le pays a du potentiel pour produire, et les experts sont prêts à nous accompagner», a reconnu le ministre de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales, Dr Taïga. Mais il faut des financements, a-t-il plaidé. Pour Gabriel Dodo Ndocke, ministre de l’Industrie, des Mines et du Développement technologique «l’industrialisation de ces trois filières s’inscrit en droite ligne du Plan directeur d’industrialisation (PDI) qui a fait de l’agriculture l’un de ses axes majeurs». Il faut donc des équipements pour pallier cette situation et inverser la tendance.

D’où la nécessité alors de quantifier la production à dimension industrielle. Dans ce sens, Ebe-Evina, panéliste du CIF, conclut: «il a été question d’aborder le thème de façon globale. On parle désormais de filiarisation, c’est-à-dire qu’on réfléchit sur comment faire des semences. Et quand on a le maïs, on réfléchit sur le moyen de le conserver. Le Cameroun devra par ailleurs satisfaire la demande locale et, en tant que grenier de l’Afrique centrale, exporter vers la sous-région en évitant des dérives». Le prochain CIF, prévu en 2021, permettra de dresser un premier bilan de la mise en œuvre de toutes les recommandations formulées lors de cette 3e édition.

Alain Biyong

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