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Entre 2015 et 2020, trois opérateurs ont déposé leurs valises au Cameroun…Dans des conditions ignorées du public.

 Au Cameroun, certains fonds sont finalement des secrets d’Etat. C’est possiblement le cas pour ceux de la DGSN. Là-bas, ils sont assez peu connus du grand public, comme si un flou les entourait, ce qui entraîne de nombreux doutes et de nombreuses questions à leur sujet. L’on se souvient que, dans le cadre du projet SENAC (Système de sécurité de la nationalité camerounaise), le Français Thalès avait gagné un copieux marché de production des titres identitaires (carte de séjour, carte de résident, carte de réfugié, passeport, carte nationale d’identité). C’était en 1995. A la manœuvre, un certain Jean Fochivé alors secrétaire d’Etat à la Sécurité intérieure.

Le contrat liant la filiale du groupe Thomson et l’Etat avait été signé bien loin du Cameroun. L’idylle n’a duré que quelques années jusqu’au 31 décembre 2014. Ce jour-là, par une lettre de Martin Mbarga Nguélé, Thales était notifié de la décision de l’Etat du Cameroun de ne pas renouveler le contrat du projet SENAC. Selon certaines indiscrétions difficilement vérifiables, la brouille entre le prestataire français et Yaoundé  intervient lorsque  l’Agence nationale d’investigation financière (Anif) s’était intéressée aux mouvements de fonds effectués sans justificatifs par Thalès au bénéfice de certaines personnes.

Et voici la rupture. Entre les deux parties, un gentlemen-agreement est trouvé pour le solde tout compte de la somme de 4 milliards FCFA que réclamés par Thales en guise de dette, ainsi que du transfert des équipements et des compétences aux experts camerounais. Entre temps, il se murmure des contacts avec des opérateurs brésilien et espagnol.

En marge de cette ténébreuse séquence, voici Gemalto qui débarque au Cameroun. Conforté par un contrat (dont le montant n’a jamais été rendu public) paraphé à Yaoundé le 31 juillet 2015, cette multinationale présentée en ces temps-là comme « leader mondial de la sécurité numérique » commence « le travail ». 

Et puis, coup de tonnerre : dans un communiqué conjoint, publié le 17 décembre 2017, les groupes Thalès et Gemalto annoncent un accord de «rapprochement» stratégique, visant à créer «le leader mondial  de la sécurité digitale». «L’acquisition de Gemalto marque une étape clé dans la mise en œuvre de la stratégie de Thalès. Avec l’équipe de direction de Gemalto, nous avons de grandes ambitions fondées sur une vision partagée de la transformation numérique de nos métiers et de nos clients. Notre projet bénéficiera à l’innovation et à l’emploi, tout en respectant les enjeux de souveraineté liés aux technologies stratégiques.», expliquait alors Patrice Caine, PDG de Thalès.

Son entreprise se repositionne dans le marché. Au fil du temps, rien ne va plus. Les mécanismes de production des titres identitaires sont plombés. Aux citoyens, rien en termes d’explications n’est fourni sur le « scandale des titres provisoires (récépissés) définitivement provisoires ». Black-out sur la prorogation ou la suspension de Gemalto. Un 17 septembre 2020,  comme tombé du ciel, INCM Augentic est célébré à Yaoundé.

JRMA

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