BRICS et pays africains : la saison des amours

Les 2 et 3 juin prochain au Cap (Afrique du Sud), il y aura débat lors du 15e sommet des BRICS (groupe composé du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud).

 

Ce qui sera discuté lors de ces assises, c’est l’expansion des BRICS et les modalités d’adhésion de 13 nouveaux pays membres. Parmi ceux-ci, on parle de plus en plus de l’Algérie, de l’Égypte, du Nigeria, du Soudan, du Zimbabwe, de l’Iran, de l’Arabie Saoudite, de l’Argentine, des Émirats Arabes Unis, du Vietnam, du Bangladesh, de Bahreïn ou de l’Indonésie. Il y aurait en plus, apprend-on, deux pays d’Afrique de l’Est et un pays d’Afrique de l’Ouest dont les noms n’ont pas encore été dévoilés.

Pour dégager les perspectives d’avenir des pays africains de cette mouvance, il est nécessaire de constater l’enthousiasme de nombreux pays africains à intégrer les BRICS. Et pourquoi? Isidoros Karderinis répond: «Les BRICS sont donc le camp opposé de l’Occident, que cela s’exprime politiquement, par l’alliance États-Unis-pays anglo-saxons-Union européenne, ou militairement, avec l’OTAN, ou économiquement, avec les organisations économiques internationales d’origine américaine, comme le FMI, la Banque mondiale ou l’Organisation mondiale du commerce. L’orientation stratégique du bloc est une coopération étroite pour contrer efficacement et avec succès l’architecture financière internationale dominée par les États-Unis» (voir Intégration N° 551 du 10 avril 2023).
Dès lors, une lecture s’impose à l’aune de la création d’une Banque de développement des BRICS. Cette banque est annoncée comme un palliatif à la Banque mondiale et au FMI, ainsi qu’à leurs conditionnalités parfois rédhibitoires pour de nombreux États en développement. La Banque de développement des BRICS sera l’un des instruments de l’œuvre de restructuration de l’ordre économique international dont ils rêvent. Si l’on regarde plus en profondeur, on peut conclure que, pour les pays africains, leur adhésion aux BRICS est porteuse d’avenir. Et plusieurs tendances laissent penser que cette dynamique n’est pas près de s’essouffler; tant elles considèrent que cette organisation pourrait être le lieu de renforcement, de formation, d’approfondissement de la démarche des groupes d’exclus qui ont besoin d’exprimer leur révolte et leurs espoirs sur la scène internationale.

Actuellement, au sein des BRICS, l’Afrique du Sud est le pays le plus avancé du continent africain qui y figure. En sa qualité de puissance émergente originaire du continent africain, elle offre ainsi une légitimité aux BRICS à parler au nom de l’Afrique dans le cadre de la remise en cause voulue de l’ordre économique international en vigueur. Il aurait en effet été politiquement malaisé pour le bloc de prétendre poursuivre cet objectif, notamment au nom de l’Afrique, sans compter dans leurs rangs un des États du continent. Bien que quelque peu incongrue d’un point de vue purement économique, la présence de l’Afrique du Sud au sein des BRICS se justifie donc largement avec une approche politique. Elle est surtout de nature à permettre à l’Afrique de faire valoir ses intérêts de l’intérieur et donc de faciliter ses rapports avec le groupe. Et par effet d’entraînement, l’Afrique du Sud dit déjà que les BRICS ont de l’avenir s’ils ne tombent pas dans le piège de l’organisation, mais restent avant tout un carrefour de courants de pensées et d’initiatives, qui vont se renforcer les unes les autres pour faire évoluer plus rapidement les règles du jeu mondial en matières économique et politique. Dans la foulée des actions fortes prises pour réussir son sommet à venir, l’Afrique du Sud a d’ores et déjà annoncé son retrait de la Cour pénale internationale (CPI). L’ANC au pouvoir a donné son accord au président sud-africain la semaine dernière d’amorcer le processus de sortie de cette institution. Vladimir Poutine, le Président russe, peut-on envisager avec pleine sérénité son prochain voyage au Cap.

Jean-René Meva’a Amougou

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