Beauté féminine : le temps des perruques

Depuis plus d’une décennie, les perruques portent au détriment des tresses et des cheveux naturels. Une balade dans la capitale camerounaise pour faire le constat.

 

Pas un pas sans voir des perruques au marché Mokolo. Boutiques, étals ou encore des commerçants se baladant et faisant la propagande de ces accessoires de beauté. Pour tout dire, les habitudes et les chaussures n’occupent plus à eux seuls le sommet du podium. En termes d’omniprésence, les perruques bousculent les codes dans ce grand marché de la cité capitale. Cette forte montée en puissance du port des perruques est une nouvelle habitude de la gent féminine. C’est un changement et un tournant auquel on assiste depuis une quinzaine d’années. Les coiffures faites à base de cheveux naturels sont reléguées aux calendes grecques. Celles-ci présentent plusieurs couleurs. Le jaune, le rouge, le noir, le violet, le vert, le rouge… La liste n’est pas exhaustive.
Plus besoin des importateurs. Les Camerounais possèdent désormais des ateliers de confection. Juste à l’entrée du marché Mokolo, en venant de Messa, l’on compte dans le premier bloc 7 ateliers où on les fabrique. L’argument fétiche de ces fabricants est le «Made in Cameroun». Nina comme on l’appelle dans le coin confesse avoir une commande de 300 perruques, «ce n’est que le début».
Du côté de Mvog-Mbi, Brigitte Kamga dispose de vendeurs communément appelés « apacheurs ». « Je les paye par pourcentage. Tu vends une perruque tu as 200 FCFA», révèle la confiseuse. Ne demandez pas la provenance de la matière première, c’est un secret bien gardé.

Les jeunes filles, les dames et les vieilles femmes raffolent de ces parures. «Mama Anne», âgée de près de 70 ans et vivante à Messamendongo (Yaoundé 4e), dite avoir une dizaine de perruques de variétés différentes. «Par semaine, je porte au moins 3 perruques», révèle la matriarche. Elle les distingue en « perruques de sortie, celles des réunions et enfin celles portées pour la messe et les prières », dit-elle. Mama Marthe, vendeuse de tomates au marché 8e à Tsinga considère la perruque comme un artefact d’apparat. Quand elle part au travail (vendre), elle porte la perruque. C’est pareil quand elle rentre. «Je dois être présentable hors du marché. Quand je vends, j’enlève et j’attache le foulard», précise la dame. Du côté des universités, les étudiants sont en concurrence en matière de port de perruques. Rosine, étudiante en droit international à l’Université de Yaoundé II, constate que les étudiants portent les perruques de qualités importées. «Nous avons des perruques qui coûtent jusqu’à 500 mille FCFA», dit-elle. Elle ajoute par ailleurs que certains de ces camarades n’hésitent pas à emprunter ces accessoires auprès des salons de beauté et des maisons de vente. Plus encore, d’autres se font humilier ou tabasser pour avoir volé la perruque, apprend-on.
Les morts ne sont pas en reste. Dans les morgues, de plus en plus de défuntes arborent les perruques. Nous sommes en plein dans «l’industrie de la mort». Dans la morgue de l’hôpital militaire de Yaoundé à CFTA Ekounou, il est exigé aux familles d’apporter une perruque pour coiffer la défunte et l’accompagner dignement à son dernier voyage.

Chimères
Le port des perruques favorise la création des chimères. Des homosexuels portent les perruques assorties de maquillage pour se confondre aux femmes. Aristide est «un anti perruques». Il dit avoir été victime d’une fausse femme. «Je suis parti dans une boîte de nuit et j’ai flirté avec une personne que je croyais être une fille, avec une perruque… par la suite, je découvre que c’est un homme. Jusqu’à ce jour je suis troublé», confie-t-il.

Les hommes et d’autres femmes anti-perruques se plaignent des mauvaises odeurs du fait du manque d’entretien. De ce fait, certaines institutions interdisent désormais le port de ces gadgets. C’est d’ailleurs le cas de l’École supérieure des sciences et techniques de l’information et de la communication (Esstic). Cette grande école constitue à plus de 80% de jeunes femmes n’admet plus les étudiantes avec des «cheveux de feu» sur le campus.

André Gromyko Balla

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *