Bamenda : Egypte 2019 vue d’une ville en guerre

Chassé-croisé dialectique d’une population aux abois qui a vécu le plus grand événement sportif du continent avec un arrière-goût d’insatisfaction.

La ville n’a pas vibré au rythme de la Can 2019

 

1-Le match perdu de l’engouement populaire
Déception pour certains, sentiment mitigé pour d’autres, voilà l’état d’esprit des populations de la cité capitale du Nord-ouest à la fin de la coupe d’Afrique des nations de football au pays des pharaons. «Je n’ai pas regardé un seul match de la Can» indique Nicodemus Nde. La faute à l’énergie électrique, jamais disponible. Rémy Cinti ne dit pas autre chose : «on a raté plusieurs matches, même ceux des Lions indomptables du Cameroun, à cause des coupures intempestives de l’énergie électrique. On ne peut pas affirmer ici à Bamenda qu’on a bien suivi la Can achevée vendredi en Egypte». Pour contourner l’obstacle, les nantis ont acquis un groupe électrogène et d’autres ont suivi les matchs sur YouTube ou d’autres applications mobiles.

Affluence au stade
Pierre Anoufack marque sa déception quant à l’affluence des spectateurs dans les stades en Egypte. «Les stades accueillant les matchs de l’Egypte étaient bondés de monde. Après la sortie prématurée du pays organisateur de la compétition, on a vu des gradins carrément vides», regrette-t-il. Un avis partagé par Elvis Ndi Tsembom, secrétaire général à la ligue régionale de la Fecafoot Nord-ouest : «C’est une leçon pour la Caf qui doit revoir les tarifs de la billetterie, parce que le prix du ticket d’accès au stade est exorbitant. Ceux qui aiment le football n’ont pas les moyens d’accès au stade». Rémy Cinti soulève la controverse de la Var, un autre point interpellant la Caf et la Fifa. «Parce que ayant apporté beaucoup de polémique autour des cartons distribués aux joueurs».

Sortie regrettée des Lions indomptables
L’une des plus grandes déceptions des populations de Bamenda au cours de cette Can 2019 est la sortie prématurée de l’équipe nationale de football du Cameroun. «En tant que Camerounais, j’ai été déçu de la prestation des Lions indomptables, surtout lors du match qui les élimine contre le Nigeria. On a eu l’impression que le sélectionneur a passé le temps à tester les joueurs au cours de la compétition» fustige Pierre Anoufack. Il est suivi par Mbah Zico Nwati: «l’élimination des Lions indomptables nous a donné un mauvais goût». Lot de consolation pour Pierre Anoufack: la finale de la Can 2019 arbitrée par un trio camerounais.

Révélations
La Can qui s’est achevée vendredi a mis sur orbite des supposés «petites nations de football». Ce qui ne laisse pas indifférent les amoureux du ballon rond à Bamenda. «La compétition a permis d’avoir des révélations en terme d’équipe nationale, celles de Madagascar et du Bénin, des talents aussi» remarque Pierre A. Pour le Sg de la Fecafoot Nord-ouest, cette Can a «révélé un football africain émergent, avec des pays moins capés comme le Bénin qui élimine une grande nation comme le Maroc ; ou Madagascar qui, pour sa première participation, a impressionné. Je crois que l’Afrique sort de l’ornière et nous fait découvrir des talents comme ce fût le cas dans les années 80-90. Les petites nations investissent dans le sport en général et le football en particulier. Dans les cinq prochaines éditions, on aura une Can dont on ne pourra pas prédire à l’avance de vainqueur ou de favori».

2-Le match perdu du business économique
La coupe d’Afrique des nations a souvent été l’occasion pour certains opérateurs économiques de se faire du beurre dans la cité capitale du Nord-ouest. Marcus S. tient un commerce en face du marché central de Bamenda. Une boutique de vente des gadgets sportifs et singulièrement des maillots de différents pays participant à Egypte 2019. Le business ne marche pas en cette édition 2019 de la Can. «A cause de la crise sociopolitique dans le Nord-ouest, Bamenda s’est vidée de sa population. Je n’ai pas pris le risque d’investir comme par le passé, car très peu s’intéressait à la Can. En plus, les délestages ont sevré de nombreux citoyens de la ville des matchs à la télévision», indique-t-il.

A contrario, Pierre A, Directeur d’un établissement hôtelier à Up Station Bamenda, se frotte les mains surtout lors des rencontres des Lions indomptables, même si ses concurrents de Down-Town n’ont cessé de se plaindre des mauvaises affaires pendant la Can. «Je dois avouer que jusqu’à la fin du premier tour, la structure hôtelière située à Up Station que je gère faisait de très belles affaires. Les salles, snack-bar, restaurant et même l’esplanade avec ses tentes faisaient son plein d’œuf; et même jusqu’en 8e de finale avec la participation des Lions indomptables qui poussaient leurs fans à affluer ici. Après l’élimination des Lions, la pression a baissé, l’intérêt aussi». Les vendeurs des écrans de téléviseurs plasma et autres n’ont pas également fait recette.

3- Le match à gagner de la Can 2021
Egypte 2019 est désormais dans le rétroviseur. Les regards et les énergies sont maintenant focalisés sur la Can 2021 au pays de Roger Milla. Pour ne plus tomber sous le coup du glissement de dates, autrement appelé retrait de l’organisation de la fête footballistique au Cameroun, des citoyens de Bamenda suggèrent aux pouvoirs publics de mettre les bouchées doubles. «Il faut penser aux infrastructures. On a l’impression que 2021 c’est trop loin. Non. On avait eu la chance d’avoir plusieurs années devant nous (de 2014 à 2019).

On a échoué. 2021 c’est proche, il faut déjà enlever 2019. On a plus que 2020. Il ne faut pas attendre la dernière minute pour faire des visites de terrain irréalistes (on parle de 95% de taux de réalisation alors que rien n’est fait absolument). Avec le retrait de la Can, il semble que beaucoup ont pris du recul et qu’il faudra attendre la dernière minute. C’est le moment de gérer la question des infrastructures avant 2020 parce qu’on est déjà en juillet» précise Pierre A. Et Elvis Ndi Tsembom de renchérir: «le Cameroun doit tout mettre en oeuvre pour éviter la précipitation de dernière minute. Concernant le ralentissent de la construction des infrastructures sportives, j’espère qu’avec le nouveau ministre des sports et de l’éducation physique, Narcisse Mouelle Kombi et le président actuel de la Fecafoot Seidou Mbombo Njoya, nous ne ferons pas l’objet d’un second embarras aux yeux du continent africain. La CAF va tester certaines de ces infrastructures en janvier 2020 avec le Chan. C’est en ce moment là qu’on saura si le Cameroun va organiser la Can».

Quid des infrastructures hôtelières, hospitalières avec le relèvement ou la mise à niveau du plateau technique et surtout routières et aéroportuaires ? La situation sécuritaire n’échappe pas à l’attention des populations de la cité capitale du Nord-ouest. «Il faut déjà penser à la sécurité puisque ça pourra être un autre motif de retrait de la Can. Est-ce qu’en 2021, on peut être sûr que les matchs se jouant par exemple dans le Sud-ouest (Limbe) auront lieu sans problème? Quelle en est la garantie ? Qu’est-ce qui est fait pour ce dialogue inclusif qu’on attend?» interroge Pierre A. Pour Elvis Ndi Tsembom, «l’Egypte n’était pas mieux sur ce domaine avec le décès de l’ex président Morsi. Mais nous avons deux ans au Cameroun pour résoudre nos différends afin que la Can se déroule sans anicroche sur le plan sécuritaire. Avec les premiers pas de la médiation que nous avons observés en Suisse, je crois qu’on s’achemine vers la tenue du dialogue. Cette crise peut prendre fin à tout moment».

La relève
Sur le plan purement sportif Pierre A est d’avis qu’il faut éviter la chasse aux sorcières. «Seedorf et Kluivert auraient péché, c’est vrai, mais qu’est-ce que le Cameroun a fait depuis longtemps pour assurer la relève ? Où est la pépinière du football camerounais ? Où est le football jeune tant promis alors que la CAF et la FIFA ont tout un programme de sponsoring du football jeune?». Il ajoute : «s’il y a une pépinière, il faut penser à des coaches qui vont travailler sur la durée». Et de proposer : «on vient de se séparer des entraineurs expatriés, n’est-il pas temps de penser à des coaches nationaux?» La finale de la Can 2019 doit inspirer le Cameroun. Les deux pays finalistes, Sénégal et Algérie, étaient entraînés par les enfants du pays.

Zéphirin Fotso Kamga

Selon les Sénégalais

Le «mauvais arbitrage a payé»

Clichets de la finale de la Can au carrefour Tsinga Elobi, à Yaoundé.

 

Il a suffi d’une frappe au parcours rocambolesque à la 2e minute, pour assombrir le ciel des compatriotes de Sadio Mané. Jugé inoffensif un peu hâtivement, le tir de Baghdad Bounedjah contré par Sané trompe la vigilance de Gomis (gardien) puis pénètre dans ses filets. Un silence assourdissant se fait retentir: le Sénégal est mené par 1-0.

Les répliques de Sadio Mané et ses coéquipiers redonnent espoir aux supporters des Lions de la Terranga. «Le match c’est 90 min, nous ne sommes qu’au début de la rencontre, donc il y a encore du temps» lance Aboubakar très confiant. Cependant, les contre-attaques des poulains d’Aliou Cissé s’avèrent vaines au cours des 45 premières minutes. L’arbitre, sonne la fin de la période. Malgré tout, les supporters gardent espoir. «Le Sénégal va remonter le score pendant la deuxième mi-temps inch Allah», déclare Diallo.

A la 60e, Adlane Guedioura manie le cuir de la main dans sa surface de réparation. «Pénalty !» s’écrient les supporters. Malheureusement, leur élan est stoppé par l’assistance vidéo: Aliou Alioum annule le pénalty et la balle est remise en jeu. « Ils veulent à tout prix nous faire perdre ce match » vocifère Diallo. Les minutes s’égrènent et l’équipe sénégalaise ne parvient pas à mettre une balle dans les filets du portier algérien. Le coup de sifflet final résonne et met fin au rêve sénégalais de remporter la Can 2019.

Déçus les supporters se disloquent. «Je suis mécontent et triste parce que mon pays n’a pas gagné, mais je sais que nos joueurs ont fait de leur mieux», confie Aboubakar d’un air abattu. Il vient de perdre son pari de 10 000 francs. Il ne manque pas d’accuser l’arbitrage. Diallo, son compatriote, est aussi en colère : «c’est le Sénégal qui devait gagner ce match. Vous avez vu, on nous a refusé un pénalty ce n’est pas juste. Le mauvais arbitrage a payé».

Joseph Julien Ondoua Owona, Stagiaire

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