Axe Yaoundé – Washington : le vide ou le plein

«Sans agrégation du pire, les relations diplomatiques entre le Cameroun et les Etats-Unis ne sont au beau fixe.

 

A tout prendre, la situation est devenue si grossière que même des instruments de pensée rudimentaires suffisent à en rendre compte haut la main». S’inspirant du nouveau tournant des déclarations de S.E. Peter Henry Barlerin (actuel ambassadeur des Etats-Unis au Cameroun) au sujet du bail de Paul Biya à la tête de l’Etat, le Dr Daniel Nkomba résume simplement une brouille entre Yaoundé et Washington.

L’internationaliste, consultant à la Fondation Paul Ango Ela de Yaoundé, pense que si la volonté mutuelle d’entente affichée par les deux capitales reste l’aspect le plus séduisant de leurs relations, celles-ci sont faites de tensions, de provocations et même d’incidents.

Subsides

«Insidieusement ou ouvertement, ces variables sont utilisées par les Etats-Unis comme socle de leur puissance vis-à-vis des pays qui attendent ou sollicitent d’eux une assistance quelconque», analyse, sans fard, le Dr Aloys Mpessa. Selon ce chercheur en géopolitique internationale au Centre de recherche et d’études politiques et sécuritaires (Creps) de l’Université de Yaoundé II-Soa, «la forme diplomatique à la base de laquelle sont associés des subsides tend à ériger certains Etats en directeurs de conscience des autres. La preuve, parmi tant d’autres, réside dans l’électrochoc récemment enregistré à la Base aérienne 101 de Yaoundé lors d’une réception d’avions américains».

Leviers

Vu sous cet aspect, d’aucuns soupçonnent Washington d’un «pseudo-réalisme diplomatique». A l’aune de l’actualité sociopolitique actuelle au Cameroun, pour la première fois, un pays étranger a donc officiellement demandé à Paul Biya de «quitter le pouvoir afin de rentrer dans l’Histoire». «Par la voix de S.E. Peter Henry Barlerin, les Etats-Unis ont abandonné l’inconséquence de la forme choisie. Et à cause de ce qu’ils apportent en termes d’aide en tous domaines, ils créent une confusion et porte une pensée séditieuse», explique Daniel Nkomba.

D’après l’universitaire, tout cela c’est sur fond d’intérêts économiques et stratégiques, de droits de l’homme, de démocratie et de guerre contre le terrorisme. «Ce sont de bons leviers qu’ils (les Etats-Unis) entretiennent soigneusement pour valider ou contester tel ou tel dirigeant dans les pays pauvres, d’ailleurs qualifiés de pays de merde par leur président», dit-il. Au-delà, d’autres voient en la posture américaine au Cameroun l’application d’«une diplomatie de co-souveraineté» par opposition à la diplomatie classique. «C’est une tendance qui se développe chez nos donateurs.

Elle indique clairement que gérer des espaces de souveraineté n’est plus adéquat en raison des logiques d’interdépendance et de compénétration des nations. La distinction habituelle entre ce qui relève de leurs affaires internes et ce qui relève de l’international s’effaçant progressivement, c’est la cogestion d’espaces souverains qui devient la pratique des diplomaties modernes», renseigne l’internationaliste Saint-Juliard Simo.

Acteurs et chantage

A elles seules, les crises sécuritaires, sociopolitiques ou humanitaires survenues au Cameroun ces vingt dernières années ont favorisé l’émergence de nombreux acteurs. En plus des personnages officiels mandatés par des gouvernements ou par des organisations internationales publiques, des intervenants privés y mettent de la couleur, de la diversité, des convictions, parfois de l’agitation ou du désordre.

«Parce qu’ils prétendent aider, voient dans l’entrée des sociétés dans l’arène internationale l’amorce d’un monde dans lequel les souverainetés seront progressivement rognées par les nécessités du multilatéralisme et par des constructions régionales actives comme celle de l’Union européenne, d’un monde qui, un jour, fera passer la puissance avant la solidarité», insiste le Dr Aloys Mpessa.

Jean René Meva’a Amougou

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