Autoroute Yaoundé-Douala : En petite vitesse de croisière vers 2020

Selon le constructeur, il sera donné un coup d’accélérateur au chantier dans la perspective de la Coupe d’Afriqu e des Nations prévue en 2021 au Cameroun.

Un segment de l’autoroute au 23 mai 2019

Le chantier de l’autoroute Yaoundé-Douala tisse à nouveau et petit à petit des liens avec son avancée. Dans leur curiosité gourmande, des journalistes s’en rendent compte ce 23 mai 2019. «Ici, nous avons perdu beaucoup de temps. Ce n’est qu’en mars dernier que nous avons repris les travaux avec le paiement des décomptes par l’Eximbank of china», avoue Riadh Hentati. «Mais, complète le chef de mission de contrôle Scet-Tunisie/ Louis Berger (le maître-d’œuvre), atteindre l’échangeur de Bibodi est l’objectif du moment ; puisqu’il est envisagé la livraison de cette première phase en 2020. Tout ira très vite parce que la première zone a été la plus difficile».

Après la libération totale de l’emprise située entre le PK 40 et le PK 60, le constructeur China First Highway Engineering Co Ltd (CFHEC, adjudicataire du contrat pour la construction des 60 premiers kilomètres) met actuellement un point d’honneur sur les travaux de terrassement. D’une manière détaillée, l’avancement des travaux sur la section 40-60 affiche un taux de déforestation de 84,32% ; des travaux de décapage effectués à 25% ; des déblais meuble réalisés à 17,44% ; des déblais rocheux réalisés à 3,41% ; des remblais mis en place à 4,8%.

Par ailleurs, une voie d’accès au PK 60 a été aménagée et les travaux y afférent sont effectués à 100%. Les emprises sont entièrement libérées, même si certaines tombes et maisons ont été répertoriées. La libération des voies d’extension et de rétablissement est en attente. Selon le ministère des Travaux publics (MINTP), la mise en œuvre du Plan de gestion environnemental et social du projet est également en cours.

Concret
Ce plan intègre la réalisation d’autres infrastructures socio-économiques telles : l’appui aux centres de santé (dotation en médicaments et équipements); la construction de salles de classes et dotation en tables bancs et la construction de latrines pour des établissements scolaires, le long de l’itinéraire concerné par cette première phase du projet.

Entre le PK 00 et le PK 40, les signes ne trompent pas. Riadh Hentati évalue le taux de réalisation des travaux sur cette section à 75%. C’est déjà un mantra de bonheur pour quelques automobilistes. Ils peuvent rouler sur une belle chaussée, bien que celle-ci ne soit pas encore officiellement mise en exploitation. Le profil en travers de l’infrastructure présente une chaussée de 2 x 2 voies d’une largeur de 7,50 m de largeur chacune, extensible au terre-plein central en 2X3 voies ; une plateforme d’une largeur totale de 33,5 mètres ; 2 bandes d’arrêt d’urgence de 3 m de largeur chacune ; un terre-plein central de 10,5 m en forme de «V» et 2 bermes de 1 m chacune.

Sur la foi des explications du maître-d’œuvre, les corps de chaussée sont composés d’une couche de forme de 6 cm en béton bitumineux à module élevé 0/14, d’une couche de fondation d’une épaisseur de 10 cm en enrobés à module élevé 0/20, d’une couche de base de 9 cm en enrobés à module élevé de même calibre que la couche de fondation et d’une couche de roulement de 20 cm en grave concassée 0/31,5. «Ce tronçon, renseigne Riadh Hentati, n’attend plus que la pose des plaques de signalisation, afin de le raccorder à la route nationale No 3 qui est en exploitation depuis des décennies».

Jean-René Meva’a Amougou

 

Renchérissement des coûts des travaux routiers au Cameroun

Le MINTP explique et propose

Interpelé lors du conseil de cabinet du 23 mai dernier à Yaoundé, Emmanuel Nganou Djoumessi, le ministre des Travaux publics (Mintp), a dit les raisons pour lesquelles les infrastructures routières du pays sont construites au prix fort.

Emmanuel Nganou Djoumessi, le Mintp

Selon la Banque mondiale, les coûts des projets routiers camerounais sont deux à six fois supérieurs à ceux de projets similaires dans des pays ayant des niveaux de développement équivalents. Pour comprendre cet état de choses, les services techniques du MINTP se sont penchés sur le sujet. Restituant les résultats des analyses de ses collaborateurs lors du conseil de cabinet tenu le 23 mai 2019 à Yaoundé, Emmanuel Nganou Djoumessi, le ministre, a listé les causes du renchérissement des coûts des travaux routiers entrepris à travers le pays.

Selon le membre du gouvernement, l’inflation du coût des routes est d’abord due aux insuffisances observées dans la réalisation des études techniques et géotechniques. De l’avis du MINTP, c’est le mauvais management des risques géologiques et leur identification de façon la plus exhaustive possible lors des études et l’étude de leur impact sur le projet qui font problème. Du stade de la conception à celui des travaux, il y a des dysfonctionnements.

À cette cause première, Emmanuel Nganou Djoumessi a ajouté les contraintes inhérentes à la fiscalité, aux indemnisations et déplacements des réseaux, les incertitudes dans les délais de paiement des entreprises, le recours ou non à la concurrence dans l’attribution des marchés ainsi que l’évolution des prix des principaux intrants tels que le ciment, le fer, le bitume et les granulats.

Pistes
Comme solution, le MINTP a suggéré l’adoption d’une nouvelle approche de fixation des prix unitaires fondée sur des sous détails élaborés et non sur des prix moyens pratiqués ; la réalisation de la commande publique sur la base des études techniques rigoureuses et conformes aux critères de maturation des projets d’investissement.

évoque également le redimensionnement des routes pour diminuer les coûts de terrassement et des chaussées, la promotion des contrats de partenariats public-privé dans la construction, l’exploitation et la maintenance des infrastructures routières et la maîtrise de la fiscalité liée à la construction routière et des coûts des intrants.

Pour l’«ingénieur de l’Etat», la mise en œuvre d’une industrie routière inclusive fondée sur la promotion de quelques champions nationaux, la pratique des études et travaux en régie, la mise à niveau des PME catégorisées devrait contribuer à augmenter le linéaire des routes bitumées à un coût relativement bas.

Jean René Meva’a Amougou

Indemnisations

Les lendemains chanteront bientôt

Selon le MINTP, les réclamations formulées par les populations entre le PK 20 et le PK 40 ont été traitées par la commission compétente et un décret complémentaire est attendu.

«Je dois reconnaître qu’entre les points kilométriques 40 et 60, nous connaissons du retard dans l’exécution des travaux parce que les emprises ne sont pas libérées. Les populations bénéficiaires des indemnisations résultant de la destruction de leurs biens ne sont toujours pas payées. Mais, des mesures viennent d’être prises pour que ces populations soient payées, et je pense que nous allons dès lors accélérer les travaux et conduire les voies de raccordement de Bibodi sur 25 kilomètres pour retrouver la route Nationale no 3». Sur les ondes de la Cameroon Radio Television (Crtv), le 24 janvier dernier, Emmanuel Nganou Djoumessi indiquait déjà l’orientation que les pouvoirs publics entendaient donner aux problèmes d’indemnisations des populations riveraines du chantier de l’autoroute Yaoundé-Douala.

Lors de sa descente sur le site des travaux, le 3 mai 2018, le MINTP lui-même était allé annoncer la bonne nouvelle aux populations riveraines. «Je suis heureux de vous annoncer que le décret qui accorde les compensations aux différents bénéficiaires est signé. Je donne rendez-vous aux populations à indemniser la semaine prochaine parce que tout a été mis en œuvre pour que les ressources soient dégagées», avait-il juré.

Rendus au 23 mai 2019, les travaux ont repris sur le tronçon. De source digne de foi au MINTP, une commission spécialisée a traité la question des paiements des indemnisations. Cette instance, révèle la même source, a d’ores et déjà transmis sa copie à la présidence de la République. C’est de ce haut-lieu que doit venir le décret d’application. «Encore quelques jours et les lendemains des bénéficiaires vont chanter», souffle-t-on. De quoi enchanter le maire de la commune de Lobo, François Ebode Bindzi. Selon lui, les populations font confiance à l’Etat. Ce d’autant plus qu’elles bénéficieront des aménagements complémentaire avec le passage de l’autoroute.

On se souvient qu’à plusieurs reprises, les populations de l’arrondissement de Lobo dans la Lékié (Nkongmessa, Nkolmeyang, Tsek et Lobo), ont élu domicile sur le chantier. Munies de pancartes incendiaires, elles revendiquent l’expropriation des tombes de leurs parents, plantations et autres.

JRMA

 

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