Après les événements de Ngarbuh : L’armée camerounaise souffle le chaud et le froid

Le regard des populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest sur le travail de la grande muette dans cette partie du pays.

Le ministre de la Défense passe les troupes en revue

 

Des éléments du Bataillon d’intervention rapide (Bir) soulagent les souffrances des populations de Benakuma (arrondissement de la Menchum-Vallée), dans le département de la Menchum, région du Nord-Ouest. Cette population, confrontée à une crise sécuritaire sans précédent, est privée des soins de santé depuis plusieurs mois. L’équipe médicale du Bir s’y est rendue et a soigné des malades en leur apportant des soins de santé gratuitement. Le même Bir vient d’offrir une ambulance à l’hôpital régional de Limbe dans le Sud-Ouest.

L’équipe médicale de ce corps d’élite est par ailleurs au chevet des populations de la presqu’île de Bakassi, frappées par l’épidémie du choléra. La ville de Bamenda est confrontée à une insalubrité criarde du fait de la suspension il y a quelque temps des activités de la société Hysacam. Celle-ci a dû interrompre le ramassage des ordures dans la capitale régionale du Nord-Ouest à cause des attaques et enlèvements ciblés de ses employés. La même entreprise avait déjà vu incendier ses équipements par des présumés séparatistes. Pour éviter le pire sanitaire à la ville de Bamenda, les éléments du Bir se sont substitués à Hysacam en ramassant des tas d’ordures au Marché des vivres (Food Market), au Marché de Ntarinkon, au Marché central etc.

Face à la dégradation de la voirie municipale de Bamenda, le Génie militaire est monté au créneau avec ses équipements: pelles-chargeuses, camions remplis de gravillons… Au bout du compte, les nids de poule et dos d’âne des axes Ayaba Street, Sonac Street ou Meta Quater ont retrouvé leur fluidité d’antan. Il en est également du rétablissement de la circulation sur certains axes, après la destruction des ponts par des séparatistes. C’est le cas, respectivement, sur l’axe Bamenda-Wum, plus précisément à Bafut, où des séparatistes avaient creusé une tranchée sur la voie publique. Le pont de Bamessing par Ndop sur l’axe Bamenda-Kumbo, le pont à Mbelewa desservant la ville de Bamenda à la décharge (des ordures) municipale à Magadi et Nforya par Bafut, tous détruits par des séparatistes.

Le rétablissement de la circulation du l’axe Bamenda-Bafoussam au lieu-dit Akum — Mile 8. Ici, des séparatistes avaient fait une excavation. Le corps des Sapeurs-pompiers, au-delà de sa mission régalienne, qui est l’intervention en cas d’incendie, met constamment à contribution son ambulance médicalisée pour sauver des personnes en détresse sanitaire. Les pompiers se déploient en outre dans la ville de Bamenda pour distribuer de l’eau potable aux populations de certains quartiers. Que dire de la libération, par l’Armée, des personnes enlevées et gardées en captivité par des séparatistes dans la forêt à Bamendankwe et ailleurs dans la région.

Autant de faits d’armes qui ont suscité la sympathie, mieux l’appréciation à sa juste valeur des actions des forces de défense et de sécurité par la population dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (Noso). D’où la collaboration qu’apportent (en renseignement prévisionnel) certains civils aux forces de l’ordre dans ce combat acharné contre «les ennemis de la République». C’est ce que font certains comités de vigilances dans le Noso. À Nkambe centre et Misaje dans le Donga-Mantung, cette franche collaboration freine les ardeurs offensives des séparatistes. Ce qui donne du contenu au slogan «Armée-nation».

Changer de fusil d’épaule
Toutefois, des fausses notes sont enregistrées durant la guerre asymétrique dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (Noso) au Cameroun.. Ce qui entame l’estime qu’avait une partie de la population du Noso à l’endroit des forces de défense et de sécurité. «La perfection n’étant du monde des humains», regrette un observateur averti, «on pourra de temps en temps constater quelques errements de nos forces de l’ordre, car on à faire à une guerre asymétrique dans laquelle les combattants séparatistes se confondent à la population civile. Dans ce contexte il est difficile pour les soldats gouvernementaux au front de faire un distinguo entre les civils et les rebelles, surtout que la vie de ces forces de défense et de sécurité est en danger».

Au sujet des exactions attribuées, à tort ou à raison, à l’armée camerounaise, on cite entre autre: le massacre de Ngarbuh, le 14 février; la fusillade, suivie de la mort du Sieur Fuh Augustine, conducteur d’un malade à Saint Mary Soledad Hospital de Mankon à Bamenda le 19 février; les incendies de certains villages dont Kwa-kwa dans le Sud-Ouest (avec des dégâts collatéraux dont sont victimes certains civils au cours des interventions des forces de défense). Les griefs formulés contre l’armée camerounaise ont très souvent suscité la réaction du gouvernement de la République. Dernier exemple en date, le 17 février dernier, après les accusations concernant les événements de Ngarbuh.

Le ministre délégué à la Présidence, chargé de la Défense (Mindef), Joseph Beti Assomo, dans un communiqué, rapporte que «les forces de défense en opération de reconnaissance dans ladite localité ont été prises à partie par les terroristes sécessionnistes ayant transformé une habitation de la localité en place forte, véritable base logistique de marchandises illicites, d’armement et de munitions de divers calibres, de stupéfiants et amulettes». La communauté internationale demande à l’unisson l’ouverture d’une enquête pour établir la vérité des faits et partant les responsabilités. L’armée camerounaise retient son souffle. Sa crédibilité et son professionnalisme reconnus sont en jeu.

 

Crise sociopolitique dans le Noso

Samuel Eto’o et Mgr Samuel Kleda à cœur et à cris

Face aux morts qui se comptent à la pelle dans la partie anglophone du Cameroun, l’ancien capitaine des Lions indomptables et l’archevêque de Douala exhortent à l’apaisement, la prière et le respect de la vie humaine.

 

Des morts et du feu dans le village de Ntumbo, plus précisément à Ngarbuh (département du Ndonga-Mantung, région du Nord-ouest). Survenu dans la l’après-midi du 14 février 2020, le drame continue de faire couler encre et salive au sein l’opinion publique. Parce qu’ils font échos au mal-être d’un pays tout entier et s’interprètent comme la véritable souffrance que vivent les populations de la partie anglophone du Cameroun, les pleurs entendus trahissent l’envie que ça s’arrête. Cette envie est tellement oppressante que les bercements deviennent de plus en plus violents ou modérés. C’est cette dernière option qu’a choisie Samuel Eto’o dans une sortie sur la chaine de télévision privée Équinoxe, le 19 février 2020 à Douala.

Ligne
«Notre beau pays traverse des moments difficiles et mon plus grand rêve, c’est que nos cœurs s’apaisent. C’est vraiment important qu’on retrouve le vivre-ensemble qui nous a toujours caractérisés et qu’on a toujours enseigné aux autres nations», a déclaré le footballeur néo-retraité. La ligne développée par l’ancien buteur des Lions indomptables s’inspire des longues années au cours desquelles l’angoisse a toujours accompagné un quotidien incertain. Arrivé dans son pays à la faveur du tirage au sort du prochain Chan, Samuel Eto’o s’est dit indigné par une actualité nationale bien lourde d’évènements traumatiques. Malgré tout, le désormais membre influent de la Confédération africaine de football (Caf) pense que l’enjeu est pourtant de poser un cadre de concertation. «Le Cameroun un pays spécial qui nous appartient tous; nous ne sommes pas parfaits, moi le premier, mais j’aimerais vraiment que nos cœurs soient apaisés et que nous revenions à de meilleurs sentiments», suggère-t-il.

Cette déclaration de la star du cuir rond vient en addition à l’initiative de Mgr Samuel Kleda, archevêque métropolitain de la ville de Douala. Il a organisé vendredi 21 février dernier, sur toute l’étendue de son diocèse, une journée de prière pour le retour de la paix dans les parties du pays en proie à la guerre: l’Extrême-nord où Boko Haram continue d’endeuiller des familles; et la zone anglophone avec des victimes à la pelle dans le cadre d’une guerre de sécession actuellement à sa quatrième année. «Nous ne devons pas oublier le caractère sacré de la vie humaine. Un seul mort, c’est trop. Nous devons tous être des artisans du retour de la paix dans toutes parties de notre pays», a indiqué l’archevêque métropolitain au sortir d’une messe de circonstance à la cathédrale de Douala vendredi dernier au petit matin. L’épiscopat mondial, quant à lui, exhorte le président Paul Biya à dialoguer avec les séparatistes. En effet, plusieurs évêques de l’Église catholique romaine ont écrit à Paul Biya, exhortant ce dernier à favoriser la mise en œuvre d’un retour à la paix au Nord-ouest et au Sud-ouest. «Chacune de ces vies est précieuse, et nous pleurons leurs souffrances et souhaitons prévenir plus de perte de vie et d’innocence», déclarent-ils.

Vague d’indignations
Ailleurs, l’effroi et la condamnation sont unanimes face à la tragédie de Ngarbuh. Dans un communiqué publié le 17 février 2020, l’Onu (Organisation des Nations unies) a réclamé une enquête. «Nous pressons les autorités de s’assurer que l’enquête sera indépendante, impartiale et complète, et que les responsables rendent des comptes», a déclaré, dans un communiqué, le Haut- Commissariat de l’Onu pour les droits de l’homme (HCDH).

Sur Twitter, le 19 févier 2020, Tibor Nagy, secrétaire d’État adjoint pour les Affaires africaines au Département d’État, est monté au créneau. «Nous condamnons les meurtres de civils à Ngarbu, dans la région du Nord-ouest, et présentons nos condoléances aux familles des victimes. Nous demandons au gouvernement d’autoriser une enquête indépendante, de garantir la protection des témoins et de traduire les coupables en justice. La violence doit cesser», a-t-il écrit.

Même tonalité du côté du Quai d’Orsay. Lors d’un point de presse à Paris, le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères et de l’Europe a décliné la position de l’Hexagone sur le sujet. «Nous condamnons les violences qui ont entraîné la mort d’un grand nombre d’habitants d’un village de la province du Nord-ouest du Cameroun, dont des enfants. Nous présentons nos condoléances aux familles des victimes ainsi qu’au peuple camerounais. Nous souhaitons que toute la lumière soit faite sur cet évènement tragique, et que les responsables répondent de leurs actes», a-t-il commenté.

Jean-René Meva’a Amougou

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