Appui institutionnel à la presse privée : L’État siphonne l’enveloppe

Cette année, le montant de soutien public à la presse à capitaux privés est réduit de moitié.

120 millions FCFA ! Calculettes à la main, l’on est bien loin des 240 millions destinés à l’appui institutionnel à la presse privée en 2020. René Emmanuel Sadi dispose des éléments de langage pour justifier cette baisse de moitié qu’a subie la cagnotte de cette année.

Le ministre de la Communication (Mincom) évoque notamment «la situation de crise à l’origine des difficultés financières auxquelles sont confrontés les pouvoirs publics et qui ont rendu difficile la mobilisation des ressources financières nécessaires à la mise en œuvre de cette activité».
Passe encore que le nombre de sollicitations sur la table de la Commission nationale d’examen des dossiers connaisse une augmentation, passant de 92 à 105, soit 94 pour la presse écrite et 11 pour celle cybernétique. Mais du côté des éditeurs de presse, cet argument «officiel» ne tient pas, «parce que, disent-ils en chœur, la presse ne doit pas toujours faire figure de parent pauvre».

«Je peux affirmer que les 3,5 millions FCFA que Mutations a reçus lors de la dernière session sont infiniment petits», lance d’abord pour annoncer la couleur, le directeur de publication du journal de la Rue de l’Aéroport. S’évertuant ensuite à décrire une réalité que partagent tous les journaux «sérieux», Georges Alain Boyomo sort sa calculette et fait passer le montant reçu au crible des charges que supporte l’organe de presse. «Nous avons un fonctionnement d’entreprise. Si je prends seulement la masse salariale de Mutations, elle s’élève à 6,7 millions FCFA. Or, il y a en plus les charges d’imprimerie, les impôts et la CNPS… Que représente alors l’appui de l’Etat» ?

Chez Le Messager, on n’a même pas présenté de dossier pour bénéficier de l’appui gouvernemental, tant les griefs à formuler sont nombreux.

Bon grain et ivraie
En s’abreuvant à la source des mérites d’une presse qui a contribué à bâtir la démocratie camerounaise, on exige à Mutations, comme chez Le Messager, pour ne citer que ces exemples, «rien moins qu’un relèvement de cette enveloppe». Si Georges Alain Boyomo est par ailleurs prompt à reconnaitre «que le resserrement à la presse écrite et à la presse cybernétique est déjà un pas et un point positif de la nouvelle formule», le patron de presse ne cache pas être encore sur sa faim. L’éditeur de presse souhaite également et le fait savoir, qu’il y ait «plus de transparence et d’équité dans la répartition de l’enveloppe». Dans son entendement, ces deux exigences devraient conduire à «l’exclusion des nouveaux titres qui ne paraissent que pour attendre cette manne». Dans le même temps, cela devrait pouvoir profiter aux journaux «sérieux, puisqu’on sait qui est qui dans le milieu de la presse».

Théodore Ayissi Ayissi

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