Annulation de la dette africaine: un pendule de Newton contre la Chine!

À qui sert véritablement l’annulation de la dette africaine? Visiblement, le bénéfice que tire le continent noir de cette mansuétude internationale n’est qu’un dommage collatéral.

L’opération serait d’abord un missile occidental contre l’ennemi chinois. Sur le terrain géoéconomique, les deux blocs vivent une idylle électrique où l’addiction de la détermination du dominant est obsessionnelle.

Une fois encore, c’est le continent africain qui sert de théâtre d’affrontement. Cette fois, le Scramble for Africa s’est mué en Most broken in Africa. L’avantage de la Chine dans la course pour le contrôle des ressources africaines se transforme en instrument de déstabilisation par l’Occident. D’où cette saillie de Jean-Marc Sylvestre, Aude Kersulec: «l’annulation de la dette africaine, c’est bien pour l’Afrique, mais c’est un coup bas pour les Chinois qui vont payer l’addition».

Guet-apens
La Chine détient un morceau important de la dette africaine. Avec ses capitaux, la Chine a capté les marchés en s’offrant des conditions très avantageuses: taux d’intérêt à zéro, mais en contrepartie de garanties sur les matières premières, les infrastructures et la présence d’entreprises chinoises. Le total des prêts de Pékin aux pays africains se chiffre, en 2020, à 143 milliards d’euros, dont 8 milliards payables cette année. Une exploitation des données statistiques de la Banque mondiale sur la dette, contenues dans l’édition 2019 de son rapport International Debt Statistics 2018, démontre qu’en 2018, la Chine représentait 17% de la dette publique de l’Afrique subsaharienne. Deborah Bräutigam, dans un article paru le 15 avril 2020 dans The Diplomat, intitulé «Chinese Debt Relief. Fact and Fiction», avance la même donnée.

L’idée pour le G7, et même pour la majorité des pays membres du G20, c’est l’affaiblissement de la position chinoise en Afrique. D’autant plus que plusieurs d’entre eux portent un doigt accusateur sur l’empire du Milieu comme étant le responsable de la création de ce virus. En chiffres, la Chine perdrait 10 milliards USD en 2020 au titre du remboursement de la dette des pays d’Afrique subsaharienne. Si l’évaluation prévue par le G20 en décembre 2020 décide d’une annulation totale des dettes africaines, c’est près de 150 milliards USD qui seraient perdus.

Jean-Marc Sylvestre et Aude Kersulec le traduisent très bien ainsi: «si la Chine est considérée par les dirigeants internationaux, Américains, Anglais et Français pour commencer, comme de plus en plus responsable de la crise sanitaire et économique, on a bien compris qu’en annulant les dettes africaines, l’intention d’aider l’Afrique est évidente certes, mais l’idée de faire payer la Chine est aussi claire».

L’avenir du projet pharaonique des nouvelles routes de la soie rebaptisée Belt and road initiative pourrait se retrouver compromis. Car le segment Afrique, point de départ de la matière première, aura été d’une contribution négative. Il faut rappeler qu’à la faveur du forum sur la coopération sino-africaine tenue à Beijing les 3 et 4 septembre 2018, la Chine a procédé à plusieurs annulations de dette non concessionnelles.

Chine piégée
Jusqu’à présent, la Chine n’a fait aucun commentaire public. Aucun diplomate chinois ne s’est aventuré sur le sujet. Contrairement aux ambassadeurs occidentaux et notamment français qui ont été reçus dans plusieurs pays africains, les missions diplomatiques chinoises en Afrique semblent traverser une période d’activité morte. Et pour cause, la Chine se retrouve piégée. Il y a certes une alternative, mais aucune issue n’est sans conséquence. Ou bien elle suit la recommandation du G20 en annulant les paiements de dettes en 2020 et elle perd de l’argent, ou alors elle outrepasse la décision du G20, trahit ses clients africains, perd des positions commerciales. Ses opérations vont sans doute perdre une partie de leur crédibilité, donc là, encore elle perd toujours de l’argent. La Chine fait face à une grande muraille!

Zacharie Roger Mbarga

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