Depuis des années, la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) ne rate pas l’occasion de se prononcer sur des questions politiques délicates dans ce pays.  

quelques membres du clergé en RDC
Alors que la carte religieuse du pays subit des changements profonds, l’Eglise catholique demeure présente sur l’ensemble du territoire de la République Démocratique du Congo (RDC).
La réalité chiffrée indique qu’elle compte plus de 40 millions de fidèles, soit approximativement la moitié d’une population estimée à 80 millions d’habitants, éparpillés dans 06 archidiocèses et 41 diocèses. Sur le plan social, plus de 60 % des écoles primaires et hôpitaux du pays sont gérées par des institutions catholiques. Sur le plan économique, beaucoup de diocèses sont propriétaires d’entreprises, incluant des fermes ou des magasins.
« Une puissante force religieuse et économique convertie ces dernières années en force politique de premier plan », selon des analystes.
Depuis 1990, cette congrégation religieuse s’impose en première ligne des actualités politiques. Avec Mobutu,  Kabila père et fils, les échanges nourris avec les différents pouvoirs ont créé une communauté idéologique de grande importance en RDC. Portée actuellement par S.E. Mgr Marcel Utembi Tapa, archevêque métropolitain de Kisangani et président de la CENCO, cette communauté parraine souvent des combats politiques.
 
Faits d’armes
Le 19 février 2018, lors d’une conférence de presse à l’issue de leur Assemblée plénière extraordinaire tenue du 15 au 17 février 2018 à Kinshasa, la CENCO a réaffirmé sa sollicitude à l’endroit du peuple congolais. Par ailleurs, les pasteurs de l’Église catholique en RDC ont exprimé leur profonde inquiétude par rapport aux faits très graves et aux attitudes hostiles, indiquent-ils, « alors que nous sommes censés nous préparer à la tenue des élections en vue d’une alternance pacifique au pouvoir. » Ils ont relevé et condamné notamment la répression sanglante des marches pacifiques du 31 décembre 2017 et  celle du 21 janvier 2018 organisées par le Comité laïc de coordination pour réclamer l’application intégrale de l’Accord du 31 décembre 2016. Ils se sont dits remontés contre la compagne de dénigrement et de diffamation visant à affaiblir la force morale de l’Eglise catholique. A ce propos, le Cardinal Monsengwo, Archevêque de Kinshasa a martelé que : « nous n’abandonnerons jamais notre engagement pour l’avènement d’un Etat de droit en République Démocratique du Congo. »
Accusant souvent la commission électorale d’être à la solde du pouvoir comme ce fut le cas  entre 2003 et 2015, ou un long conflit a opposé la direction de l’Église à l’abbé Malu-Malu, président de la commission électorale et décédé en juin 2016, la CENCO s’est clairement opposée au régime en place, dans un effort de sortie de crise.
En 1991 déjà, un pouvoir à bout de souffle convoquait la Conférence nationale souveraine (CNS), dans une manœuvre politique visant à redorer le blason d’un Mobutu Sese Seko vieillissant. C’est l’archevêque de Kisangani, Laurent Monsengwo, qui se retrouve alors à la tête du bureau national de la CNS. Il deviendra par la suite président du Haut Conseil de la République, de 1992 à 1994, tenant lieu de Parlement de transition. Près de vingt ans plus tard, devenu cardinal, le prélat est une des multiples voix qui dénoncent l’irrégularité de l’élection présidentielle de 2011 s’étant soldée par l’octroi d’un second mandat à Joseph Kabila. Le cardinal s’exprime alors au nom de la CENCO, qui officie en tant qu’observateur des élections, et s’emporte contre des élections qui « ne sont conformes ni à la vérité ni à la justice ».
  
Hortense Utamuliza Kanakuze

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