Ambassade du Cameroun à Paris : Alfred Nguini en mission commandée

Son parcours et son profil le conduisent vers un poste où « il aura fort à faire » pour piloter l’Épervier d’une part, et faire le monitoring de l’après-saccage de la chancellerie.

Alfred Nguini: «destination Paris»

 

On l’a entendu et bien lu depuis le 29 mars dernier. Alfred Nguini, à la faveur d’un décret signé le jour même par Paul Biya, est désormais l’ambassadeur du Cameroun en France. La nomination du natif de la Mefou-et-Akono vient ainsi mettre un terme à la vacance de poste constatée à la tête de la chancellerie camerounaise à Paris, depuis le 2 mars 2018, avec la nomination de Samuel Mvondo Ayolo au poste de directeur du cabinet civil de la présidence de la République.

À Etoudi justement, on sait une chose : Alfred Nguini n’est pas le genre de diplomate aux allures bling-bling. Dans certains cénacles diplomatiques nationaux ou internationaux, il est dit que « cet homme joue parfois les boucliers et les lances pour le compte de son pays à l’international ». C’est probablement ce qui justifie ses relations de proximité avec Paul Biya. D’ailleurs, en mai 2017, ce dernier lui confia un pactole de 56 millions de francs CFA à remettre aux autorités ivoiriennes, comme « contribution du Cameroun au succès de la 8e édition des Jeux de la francophonie ».

Comme s’il fallait donner échos à ce «fait d’armes» sur les antennes de la chaîne de télévision privée Vision 4, Michel Zoa (autre élite de la Mefou-et-Akono) pense également que le rôle de «son frère», pour rehausser l’éclat de la présence de Paul Biya au 5e sommet Union africaine – Union européenne à Abidjan en novembre 2017, aurait été déterminant dans les arbitrages. Pour cela, l’ancien ministre des Sports et de l’Éducation physique estime que «la nomination d’Alfred Nguini est un réflexe présidentiel de bon aloi sur les petites choses invisibles à l’œil nu».

Commando
Et si l’on quitte le microscope pour la longue-vue, il est permis de décrire le nouvel ambassadeur à l’aune d’un contexte politico-stratégique global infiniment préoccupant pour Etoudi. De fait, « il aura fort à faire », prédit Jeune Afrique. Dans sa livraison du 29 mars 2019, l’hebdomadaire joue sur les symboles et les enjeux : « l’ambassade parisienne, l’une des plus importantes pour le Cameroun, n’est pas à l’abri de nouvelles révélations dans l’affaire Defex, dans laquelle est notamment cité Gervais Evengane Foumane, son attaché de défense ».

Dans le fond, il est insinué qu’Alfred Nguini, réputé fin dans le renseignement diplomatique, est désigné pour prendre les avant-postes de l’opération Épervier à la mission diplomatique du Cameroun en France. La flèche acérée et l’arc tendu, le «commando» débarque à Paris pour imposer un contre-monde à celui débusqué par une mission que la Conac (Commission nationale anti-corruption du Cameroun) avait effectuée sur place en novembre 2017. Dit simplement, le nouvel homme est désigné pour continuer à déployer la cohérence du projet de traque des réseaux mafieux.

Et que dire du cru 2019 ? Entre le saccage de l’ambassade du Cameroun à Paris, la polémique sur l’implication du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) dans ces destructions et des alertes sur le front diplomatique avec la France en rapport avec la crise anglophone, Etoudi connaît sa pire séquence depuis le début du septennat. En animal politique rompu aux batailles diplomatiques, Alfred Nguini est désigné pour user de cet atout majeur.

Jean-René Meva’a Amougou

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