Alain Symphorien Ndzana: quand les ingrédients d’une troisième guerre mondiale s’accumulent

 

L’intellectuel camerounais est auteur de deux ouvrages. Le premier est intitulé «La fiscalité, levier pour l’émergence des pays africains de la zone franc : le cas du Cameroun». Le second a pour titre : «Sauvons l’impôt pour préserver l’Etat». Pour cet inspecteur principal des impôts, la politique américaine menée par Donald Trump pousse le monde vers une troisième guerre mondiale.

Dans un ouvrage, qui vient de paraitre aux éditions du Panthéon à Paris, l’inspecteur des impôts Symphorien Alain Ndzana Biloa démontre qu’une mobilisation optimale des recettes fiscales dans les pays du Sud est impossible en l’absence d’une réforme du système fiscal international.
Alain Symphorien Ndzana Biloa, auteur de « Sauvons l’impôt pour préserver l’Etat »

Le monde entier a retenu son souffle pendant des décennies de provocations, de menaces et d’insultes entre les dirigeants américain et nord-coréen, redoutant une guerre nucléaire. Même si beaucoup d’analystes estiment qu’il a suscité plus de questions qu’il n’a apporté de réponses, le sommet historique de Singapour en juin 2018 entre Donald TRUMP et Kim JONG-UN a permis de baisser la tension. Cette détente nucléaire n’a pour autant pas sorti le monde de la période d’incertitude ouverte par le résultat du référendum britannique du 23 juin 2016 en faveur du Brexit et dans laquelle il semble s’enliser.

Plusieurs facteurs l’ont plutôt aggravée, notamment l’élection de Donald TRUMP aux Etats Unis ; le retrait de ce pays de l’UNESCO, de l’Accord de Paris sur le climat et du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU ; les hostilités commerciales lancées par son gouvernement contre ses voisins, ses alliés européens et la Chine ; le fiasco du sommet du G7 de la Malbaie de juin 2018 ; la persistance du terrorisme, de la crise migratoire et des dissensions au sein de l’OTAN; l’onde populiste de repli sur soi et de rejet de l’autre qui traverse l’occident ; la difficulté pour l’Union Européenne à trouver un accord avec le Royaume Uni sur le Brexit, etc.

Escalades verbales entre dirigeants des Etats
Comme le rappelle le patriarche maronite, le cardinal NASRALLAH Sfeir, «la guerre commence par des mots». Certains dirigeants du monde contemporain semblent avoir oublié la finesse du langage diplomatique d’antan. En réaction aux propos du Président américain, le traitant de «petit gros» et de «fou», le dirigeant nord-coréen promettait de «mater par le feu le vieux sénile américain». Les commandes de l’arme nucléaire sont à la portée d’un tweet et entre les mains d’un dirigeant qui manque de retenue et qualifie certains Etats de «pays de merde». Répondant au Premier Ministre Justin TRUDEAU qui a qualifié d’«insultantes pour les canadiens» les mesures douanières prises par les Etats-Unis la semaine précédant le sommet du G7 de la Malbaie, Donald TRUMP l’a traité de «malhonnête et de faible».

«Ne jouez pas avec la queue du lion… Vous le regretterez. Un conflit avec l’Iran serait la mère de toutes les guerres», a lancé HASSAN Rohani. «Ne menacez plus jamais les Etats-Unis ou vous allez subir des conséquences telles que peu au cours de l’histoire en ont connu auparavant. Les Etats-Unis ne sont plus un pays qui supporte vos paroles démentes, de violence et de mort. Faites attention !», a tweeté Donald TRUMP en réplique.

Les paroles, les écrits, les gestes et les attitudes des dirigeants des grandes puissances inquiètent plus qu’ils ne rassurent. Le monde souffre du manque d’un leadership semblable à celui qu’il a connu avec le trio Ronald REAGAN, Margaret TATCHER et François MITTERAND. Elus respectivement Président des USA et de la France contre toute attente et à la surprise générale, Donald TRUMP et Emmanuel MACRON font bouger à leur manière ce qu’ils considèrent comme l’ancien monde. Sauf que leur nouveau monde couve une guerre larvée qui se diffuse comme une trainée de poudre et se déploie sur plusieurs fronts.

Le front terroriste
L’escalade terroriste ouverte depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis n’a jamais connu de trêve. Au contraire, depuis ce jour-là, le monde entier a basculé dans un cycle infernal qui n’épargne aucun pays. En campagne comme en ville, à l’école, dans une caserne militaire, à l’hôtel, à la plage, au bureau comme à domicile, au stade, au marché, dans une salle de spectacle, à l’église ou à la mosquée, à l’université, à l’hôpital, au parlement, dans l’avion ou le bateau, à l’aéroport, dans le métro, dans la rue, dans une boîte de nuit… les terroristes frappent partout. Il n’existe plus un seul endroit de la planète où l’être humain peut se sentir totalement en sécurité. Tous les moyens sont utilisés pour porter atteinte à la sécurité des personnes et des biens. Selon Wolfgang Sofsky, c’est une véritable ère de l’épouvante, de la folie meurtrière et de la terreur. Les Etats essayent de prendre des dispositions pour lutter contre les terroristes, mais ces derniers gardent toujours une longueur d’avance sur eux.

Le front migratoire
La gestion des immigrés en provenance des pays pauvres et/ou en guerre est devenue un problème géopolitique majeur qui met en mal le consensus politique à l’intérieur des pays occidentaux et constitue une pomme de discorde dans l’Union Européenne. Aux Etats-Unis, le Président TRUMP tient toujours à son mur à la frontière avec le Mexique et à sa politique migratoire «tolérance zéro». Il a fait arracher 2342 enfants ou adolescents et les a séparés de leurs parents sans papiers. La polémique qu’a suscitée cet acte a fissuré l’opinion publique américaine jusqu’au camp des Républicains au pouvoir, l’obligeant ainsi à signer un décret mettant un terme à cette séparation.

L’Union Européenne connaît un afflux sans précédent de migrants depuis 2015. Même si cet afflux est en baisse, le dossier des migrants nourrit la déferlante populiste qui empoisonne les relations entre ses membres. D’ailleurs, un gouvernement de coalition (autrichien), comprenant l’extrême droite en son sein, assure la présidence tournante de l’Union Européenne depuis le 1er juillet 2018. Le Gouvernement italien refuse désormais d’ouvrir ses ports aux navires des ONG qui secourent les migrants en Méditerranée.

les Etats-Unis détricotent progressivement le multilatéralisme qui protégeait le monde contre une troisième guerre mondiale

L’Espagne a dû accueillir l’Aquarius avec ses 639 migrants à bord, dans un climat de tension entre les gouvernements européens. En Allemagne, le dossier de la gestion des migrants constitue toujours une épée de Damoclès qui menace de faire voler en éclats la coalition au pouvoir. Ainsi, après le Brexit, l’arrivée des gouvernements populistes en Hongrie, en Pologne et en Italie, la chute du gouvernement espagnol, et les droits de douane américains, le dossier des migrants menace de faire exploser la cohésion de l’Union Européenne. Malheureusement, tant qu’il y aura des pays et/ou des régions du monde riches et en paix, et d’autres pauvres et/ou en guerre, même toutes les barrières du monde ne pourront empêcher les hommes d’être attirés par les pays ou les régions riches et en paix.

La guerre numérique
C’est le choc des cyber-puissances entre l’Europe, les Etats-Unis, la Chine et d’autres pays émergents. Le secteur des nouvelles technologies de la communication est l’un des fleurons de l’économie américaine les plus en vue, mais aussi celui qui est à l’origine de beaucoup de polémiques. La bataille pour le leadership numérique a des enjeux sociaux avec son impact sur l’emploi et la protection sociale, juridiques en termes de droit applicable et de droit d’auteur, sociétaux avec les contenus illicites, sécuritaires avec la question de la protection des données personnelles, et économiques notamment dans les domaines de la fiscalité et de la concurrence. Face à l’hégémonie numérique américaine, l’Europe en retard accuse le coup et subit une colonisation numérique qu’elle essaye de juguler. Le bilan de ses efforts de régulation et de taxation est pour l’instant mitigé. Et avec les montants colossaux de capitaux qu’ils ont accumulés en un temps record, les géants américains du numérique étouffent, absorbent ou écrasent les start-up susceptibles de les concurrencer, tout en défiant l’Etat de droit.

La guerre commerciale
C’est sur ce front que la guerre s’est déclarée au grand jour entre les Etats-Unis, l’Europe et la Chine. Le déficit commercial des Etats-Unis est à son plus haut niveau depuis une dizaine d’années. Selon Donald TRUMP, le commerce équitable doit être appelé «commerce trompeur» quand il n’est pas réciproque. Dans cette bataille commerciale, les Etats-Unis ont d’abord mis l’arme des pénalités en exergue. Les autorités américaines utilisent régulièrement leurs lois internes pour sanctionner les entreprises qui pourraient concurrencer ou nuire aux intérêts des entreprises outre atlantiques.

Les plus gros montants des pénalités (en millions de Dollars) pour violation des sanctions internationales américaines et/ou de la législation anti-blanchiment ont été infligés aux entreprises européennes. Les sociétés asiatiques (chinoises notamment) sont aussi dans le même collimateur. Suite à la dénonciation de l’accord sur le nucléaire iranien, les entreprises européennes et asiatiques qui opèrent dans ce pays sont désormais exposées aux sanctions américaines en cas de non-respect de l’embargo commercial contre l’Iran. La Commission de l’Union Européenne a réagi en infligeant des sanctions financières aux multinationales américaines Intel en 2009, Amazon, Apple en 2016 et Google en 2017 et 2018.

Pour s’attaquer spécifiquement à son déficit commercial, le Président Donald TRUMP a élevé les barrières tarifaires en relevant les droits de douane sur les importations de l’acier (25%) et l’aluminium (10%) de l’Union européenne, du Canada, du Mexique et de la Chine. Il envisage même de les étendre sur 200 milliards de produits chinois supplémentaires. Réagissant à cette taxation, l’Union Européenne et la Chine ont fait de même en instaurant des droits de douane sur les importations de certains produits américains. La Chine a même lancé un appel pour une action collective contre l’agression commerciale américaine.

La guerre fiscale
Les Etats qui hébergent des entreprises florissantes sont quasiment assurés de récolter des recettes fiscales consistantes sur la richesse créée par elles. Il en résulte que les tensions observées entre les Etats trouvent également leur origine dans la bataille pour la compétitivité des économies et le contrôle des ressources fiscales dans un environnement mondial pollué par les paradis fiscaux et l’évasion fiscale internationale. Avec la FATCA votée en 2010, environ 300 000 européens «américains accidentels» vivent un casse-tête fiscal sans précédent de la part du Trésor américain.

Le mouvement de dumping fiscal en faveur des plus riches et des plus mobiles a atteint sa vitesse de croisière. Aux USA, la réforme fiscale TRUMP prévoit cinq mesures emblématiques dont l’objectif est de décourager les sociétés américaines à déplacer des activités et/ou des capitaux hors des Etats-Unis, et d’encourager les entreprises étrangères à investir et à produire sur son territoire. D’ailleurs, pour certains analystes, les hostilités tarifaires lancées par le Président TRUMP ont pour objectif, non pas de provoquer une guerre commerciale, mais plutôt d’amener les entreprises européennes et chinoises à s’implanter et à produire aux Etats-Unis afin de ramener son pays à la gloire des années 1960. Dans le même ordre d’idées, presque tous les pays européens suivent ce mouvement de dumping fiscal. Les autorités françaises, luxembourgeoises, anglaises, etc. envisagent de réduire graduellement leurs taux d’imposition des sociétés.

Dans cet environnement, aucun pays ne peut se targuer d’avoir les mêmes alliés sur tous les fronts. Les alliés sur le front du terrorisme sont des concurrents ou des ennemis sur les fronts migratoire, numérique, commercial et/ou fiscal. Le plus inquiétant, c’est qu’en se retirant de certaines organisations et en bloquant d’autres, en dénonçant certains engagements multilatéraux pour privilégier les négociations bilatérales, les Etats-Unis détricotent progressivement le multilatéralisme qui protégeait le monde contre une troisième guerre mondiale.

Alain Symphorien Ndzana
(www.asndzanabiloa.com)

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