PANORAMAPORTRAIT DÉCOUVERTE

Alain NGONO : CAN ou vitrine du panafricanisme

La messe sportive peut-elle enfin devenir le Babel de l’unité continentale?

 

Depuis le passage de la CAN à 24 équipes lors de la 33ème édition en 2022 au Cameroun, l’événement sportif majeur du continent s’est affirmé un peu plus comme un rassemblement linguistique et culturel gigantesque qui réunit le continent dans sa diversité linguistique et culturelle pendant un mois pour célébrer le football.

L’un des enjeux désormais, au-delà du succès financier incontestable, c’est d’en faire un puissant instrument de renforcement du sentiment de communauté de destin loin de l’attrait évanescent des futiles chauvinismes nativistes observés ça-et-là sur les réseaux sociaux.

Fête de la diversité culturelle et linguistique Commençons par les langues. Cette édition couvre toutes les cinq langues officielles de l’Union africaine, à savoir : l’anglais, l’arabe, le français, le portugais et le swahili. Ainsi, l’on dénombre 10 pays francophones contre 11 en 2022, 8 anglophones contre 9 l’édition précédente, 5 luso-
phones contre 4, et 5 arabophones contre 4. Les swahilophones qui n’étaient presque pas représentés, si l’on exclue le fait qu’une partie de la RDC parle swahili, ont vu leur représentativité améliorée avec la qualification de la Tanzanie. C’est dire donc que du point de vue linguistique, la diversité du continent est amplement respectée.

De même, toutes les quatre sous-régions y sont bien représentées avec l’Afrique de l’ouest qui, du haut de ses dix représentants, occupe le peloton de tête. On retrouve donc, outre la diversité linguistique, une représentation des grandes aires géographiques du continent où se côtoient chrétiens, musulmans et traditionalistes, hommes et femmes, jeunes et vieux pour magnifier et communier autour de la magie du football. Historiquement, le sentiment que la CAN est un événement qui va au-delà de l’aspect sportif a bien souvent été exprimé lors des cérémonies d’ouverture riches en couleurs alliant magnifiquement les apports culturels locaux et de la diaspora. La nouveauté de
cette édition réside dans le fait que le nombre de fédérations d’Afrique subsaharienne semble avoir fait le pari d’habiller leurs différentes délégations en tissu pagne confirmant ainsi la tendance croissante à considérer la CAN aussi comme une vitrine pour montrer ce que l ‘ L’Afrique a d’unique à elle-même et au reste du monde.
En 2022 au Cameroun, l’ensemble des pays représentés à la CAN totalisaient 788 millions d’habitants sur une population africaine estimée actuellement à près d’un milliard et demi. Un nombre aussi important de personnes concernées par un événement par essence significatif peut cependant charrier de nombreuses passions antagonistes et renforcer la primauté des identités nationales sur les valeurs partagées et les enjeux communs. La tentation est bien grande, mais surmontable. CAN comme catalyseur de l’unité et de l’émancipation
de l’Afrique À défaut de la promotion des infrastructures à caractère sous-régional voire régional dans les préparatifs
de chaque CAN, du fait que l’événement est généralement organisé par un ou Deux États, il demeure qu’une énorme opportunité s’offre aux Africains.

L’utilisation des Nouvelles technologies de l’information et de la communication, l’extrême jeunesse du continent et le niveau d’alphabétisation sans cesse croissant des populations africaines peuvent permettre de briser les barrières physiques, culturelles, religieuses ou linguistiques afin de transformer cette grande messe sportive en une opportunité pour les filles et fils du continent de se découvrir, se parler, se comprendre et agir davantage ensemble pour la transformation du continent. CAN, pas une imitation de la coupe de l’UEFA Car, en effet, le sport à travers ses grands événements ne peut pas avoir le même sens en Afrique qu’en Occident. Il ne devrait pas se limiter à sa dimension financière et ludique. Empruntant à Frantz Fanon dans Les Damnées de la terre, l’on pourrait soutenir
avec lui que la priorité de nos dirigeants ne doit pas tant être de fabriquer des sportifs, que des hommes conscients qui, par ailleurs sont sportifs. De sorte que le football s’intègre harmonieusement dans la construction d’un idéal commun continental et échappe au piège de se laisser gangrener par le commercialisme, le professionnalisme, les nationalismes ombrageux, le chauvinisme ethnique, l’inculture grossière et la grossièreté. Au regard du soutien instinctif – détermination des nations, ethnies, religions et des langues que reçoivent les sportifs africains en général et les footballeurs en particulier lors des compétitions africaines et mondiales, il apparaît clairement que la CAN peut générer des énergies et des valeurs positives transcendantes. . les clivages politiques et le pouvoir de
l’argent. Autour de ces énergies positives, d’autres initiatives parallèles orientées sur le génie social, culturel et intellectuel africain peuvent être organisées par une société civile transgénérationnelle basée sur le continent et dans sa diaspora avec l’appui des pouvoirs publics et du secteur privé. A ce titre, partant de l’hypothèse selon laquelle l’Afrique est peu ou mal connue de ses propres fils et filles, de gigantesques foires culturelles panafricaines, des festivals d’art, de musique, de cinéma, de peinture, des hackathons, et d’autres grands rendez-vous exposant le génie africain dans sa diversité peuvent être encouragés autour des enjeux de mémoire tels que le patrimoine panafricain, les nuits des musées, l’Afrique dans la Science. Ainsi à travers des manifestations aussi bien virtuelles que physiques, la CAN peut aussi être l’occasion de créer d’autres temps forts hors des stades permettant aux publics sportifs et non sportifs de se retrouver et de construire une autre forme de dialogue autour du génie. . culturel africain, notre communauté de destin et notre patrimoine commun. À tout prendre, gagons que dans une telle perspective chaque rendez-vous de la CAN pourrait bien être l’occasion de s’éloigner des vieilles rancœurs et d’inutiles querelles sur les réseaux sociaux. Au contraire, elle devrait approfondir les nobles mais panafricains autour de la tolérance, la solidarité, l’hospitalité, l’éthique, l’excellence et offrir l’opportunité de reconstruire le sentiment africain où l’Afrique se parle à elle-même et se connaît mieux du cap Blanc en Tunisie au cap des Aiguilles en Afrique du Sud en passant par le Ras Hafun en Somalie et Santo Antão au Cap-Vert.

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