Akinwumi Adesina : les 100% de la dignité de l’Afrique !

«Nous allons guérir !», cette parole prononcée par le président de la Banque africaine de développement (BAD) après sa réélection renseigne sur l’état du héros au terme d’un film hollywoodien riche en rebondissements.

Il aura donc survécu, rétabli son honneur, sa dignité, son honorabilité, sa crédibilité, sa notoriété et son intégrité. Le continent aura également rétabli sa fierté. Après trois mois de couverture d’opprobre, après 12 semaines de remise en question de la gouvernance de l’institution panafricaine de financement du développement dirigée par des africains… la réélection inédite d’un président sortant de la Bad est éloquente. Hormis les pays africains pour lesquels toutes les voix étaient acquises, Akinwumi Adesina a obtenu 100% des voix des 27 pays non africains.

Inédit
Les 54 pays africains qui représentent près de 67% de l’électorat ont souhaité que l’élection se fasse par acclamation comme il est de coutume. Cette option n’a pas prospéré car des pays ont souhaité qu’un scrutin en bonne et due forme ait lieu. L’orientation rajoutera du prestige au mandat du président Akinwumi Adesina. Premier président de la Bad, réélu par vote et qui s’en tire avec 100% des voix totalement exprimées (pas d’abstention, pas de bulletin nul). Le tout par visioconférence.

Leçons
L’Afrique peut dicter sa volonté au monde sur ses affaires lorsqu’elle est unie. Le 22 mai 2020, par courrier, le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, a formellement demandé à la Banque africaine de développement (Bad) l’ouverture d’une enquête indépendante autour des différentes accusations qui pèsent sur son président, Akinwuni Adesina. En remettant en cause les institutions et les capacités de la Bad, tout en avouant publiquement ses soupçons à l’encontre du Nigérian, les Etats-unis d’Amérique ont rendu publiques leurs intentions inavouées pour le continent. Une fois de plus après l’épisode de l’exclusion des Etats et de l’insulte des dirigeants. Ces peaux de banane de plus n’auront été fatales que pour ces mêmes USA qui se sont sentis dans l’obligation d’entériner le choix de 41% des Etats du monde. Il ne fallait pas plus pour que la première puissance du monde se retrouve perdante et isolée alors que l’Afrique célèbre une victoire acquise contre elle avec le concours de quelques Etats non africains.

Déni du multilatéralisme
Le bras de fer géopolitique manqué des Etats-unis d’Amérique vient confirmer, si besoin en était encore, la farouche contestation que l’administration américaine (régime au pouvoir) voue au système multilatéral. Après la suspension des financements américains à l’organisation des nations unies, le retrait de l’accord de Paris et le retrait de l’organisation mondiale de la santé, très peu de doutes planent. D’autant plus que pour Donald Trump, les contributions financières des USA dans ces organisations ne lui profitent pas mais dynamisent le développement d’autres entités qui, plus tard, viennent lui faire un pied de nez.

L’action géoéconomique du Nigéria est à saluer. Le Nigéria qui a bouclé sa prise de participation à l’augmentation du capital. Le stratège Buhari a doublé les droits de vote du pays d’origine du président sortant candidat. Le capital de la BAD ayant crû de 125 %, Abuja s’est donc retrouvé avec 16,8 % des parts. Manœuvre qui a cloué au pilori plus d’un, donc l’oncle Sam. On ne plaindra pas cette Amérique, puissance vénérée jadis, qui régresse et se laisse comparer au premier venu. Make Africa Great Again.

Rémy Biniou

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