Africa Banking Forum: Brainstorming sur l’avenir des banques du continent

Un forum consacré à ces piliers de la finance africaine a, du 28 au 29 juin 2018 à Douala, balisé les pistes de mise en sécurité des actifs dans un contexte difficile et hautement concurrentiel.

«Comment concilier équilibre concurrentiel et situation d’efficacité maximale ?» Décliné en d’autres mots par Yaouba Abdoulaye, présidant la cérémonie d’ouverture des assises, insinuait là un vaste sujet de discussion. Pour le ministre délégué auprès du ministre camerounais des Finances, le sujet n’est pas dénué d’intérêt pour quiconque s’intéresse à la finance internationale. A Douala, la semaine dernière, les participants à l’Africa Banking Forum l’ont compris en donnant une impulsion à la réflexion sur l’avenir des banques basées sur le continent, notamment dans les volets gouvernance et performance.

En Afrique, la volonté de mettre en place les fondamentaux d’un système financier résilient qui joue pleinement son rôle dans le financement de l’économie et l’accompagnement de la croissance est un but ultime. Alphonse Nafack, président de l’Association professionnelle des établissements de crédit du Cameroun (Appec) propose la régulation. Une régulation qui intègre un paquet de réformes prudentielles et comptables. Des enjeux de pilotage, le coût de la mise en œuvre, le coût du financement et les interactions entre les banques sont autant de paramètres considérables pour une régulation. Dans ce chapelet de réformes, le système banquier ne peut être performant que si des orientations politiques claires et stratégiques sont définies.

Bien plus, dans les législations nationales, il faut prendre en compte les spécificités nationales. A l’exemple, des grands groupes d’Europe, des fusions transfrontalières entre les différents grands groupes Africains ou sous régionaux peuvent être envisageables. Le président de l’Apecc renchérit en ces termes: «10 milliards de capital suffisent pour créer une banque. La régulation est stratégique, politique et économique. C’est en 1990, pendant la crise économique que les premières banques à capitaux privées sont arrivées sur le marché. Plus tard la bousculade a évolué et très déséquilibrée dans le pays. La régulation est un élément de souveraineté. La crise pétrolière a l’économie la plus diversifiée et en Afrique Centrale, c’est le pays qui a l’économie la plus diversifiée qui a résisté (Cameroun).

Les micro finances ont joué un rôle très important, car implantées dans les zones inaccessibles aux banques classiques».La gouvernance et la performance, pré-requis pour la banque de demain, c’est le thème développé par Gwendoline Abunaw, Directeur Général de Ecobank Cameroun. Le dynamique de croissance passe avant tout par l’amélioration de la performance opérationnelle et l’instauration d’une bonne gouvernance au sein des banques. Ces dernières sont appelées à adopter des approches à la hauteur des challenges.

La stabilité, la transparence du secteur bancaire, l’approfondissement de l’institution bancaire et le renforcement du cadre juridique sont autant d’éléments nécessaires pour la performance. Dans la même veine, le renforcement des capacités des cadres des entreprises garantit l’organisation et la performance du cadre institutionnel privé. Le mobile money n’est pas en reste, parce que représentant 40% de taux d’inclusion financière. Le modus operandi de la commande au paiement impose un plan comptable bancaire révisé.

Pour la DG de la banque panafricaine, «la banque est universelle. Mais elle peut adapter l’offre aux spécificités Africaines telles Afriland First Bank et Ecobank».Le financement de la PME ne relève pas des banques classiques. La régulation est stratégique, orientée et politique. Le secteur bancaire se porte moyennement bien mais il faut une régulation qui leur permettra de sécuriser leurs fonds propres et de dégager des bénéfices pour payer les impôts et permettre aux banques de financer les projets.

Alain Biyong 

Grands groupes bancaires internationaux 

La rupture avec l’Afrique s’accentue 

L’absence des standards de leurs pays d’origine leur font perdre des sommes astronomiques en amendes. Tentatives d’explication avec Sabrina Medaghri-Alaoui, Account Manager chez Dow Jones, que nous avons rencontré vendredi passé à la dernière édition d’Africa Banking Forum à Douala.

Son séjour dans la capitale économique camerounaise est riche en enseignements. Elle partage son expérience et apprend beaucoup de ses confrères. Ce 29 juin 2018, Sabrina Medaghri-Alaoui est toute confiante dans le panel qui édifie sous le thème: «Les banques face aux enjeux de la conformité». Ce thème intervient au moment où plusieurs grands groupes de banques quittent le territoire africain, non sans revendre leurs filiales à des groupes africains, à cause de nombreuses amendes qu’elles paient dans leurs territoires d’origine pour non-respect des standards établis.

A en croire la Marocaine, le marché africain, bien qu’il soit fructueux, représente un énorme risque pour les grandes banques européennes, asiatiques et américaines. Celles-ci sont soumises à des règlementations extrêmement dures. Elles doivent s’assurer que toutes les tierces parties avec lesquelles elles travaillent, n’enfreignent pas leurs réglementations locales. Donc elles n’ont pas le droit de travailler avec une banque qui n’offre pas un minimum de conformité avec la réglementation de leur contrée.

Si cette démarche est biaisée, elles s’exposent à des sanctions parce que si jamais elles se retrouvent drapées dans des affaires de blanchiment d’argent en local (en Afrique, en Amérique du Sud, dans certains Etats asiatiques), elles vont payer une amende à la maison mère. «D’où les amendes que vous avez aujourd’hui, vous voyez 300 millions pour la Société Générale, je ne sais plus combien de milliards pour la BNP. Ça représente des sommes astronomiques», explique Sabrina Medaghri-Alaoui. A cause de ces nombreux risques, le marché africain ne vaut plus la chandelle pour certains grands groupes. Plusieurs paient plus de taxes qu’il en faut.

Pour mettre fin à cette menace, la Barclays, une banque anglaise, a vendu ses différentes filiales en Egypte et dans la majorité de ses antennes Afrique aux groupes bancaires africains. Un deuxième exemple, c’est la banque française BNP, qui est aussi en train de vendre une petite partie de ses filiales africaines. «Ça tourne, ça marche très bien, mais le risque qu’ils prennent, par rapport à l’implémentation des réglementations qu’elles sont soumises en Europe sur le territoire africain, elles disent: on n’a pas assez de visibilité. On préfère tout simplement s’en séparer.»

Les banques africaines doivent s’arrimer
Certes, il y a des règlementations nationales et même régionales, mais les banques doivent pouvoir faire des transactions internationales sans difficultés. «Une banque africaine aujourd’hui, si elle n’est pas capable de faire les transactions internationales, son activité est sérieusement tronquée», explique Sabrina Medaghri-Alaoui. En plus de respecter les standards nationaux et régionaux, la banquière recommande aux responsables des institutions financières, de voir au-delà du périmètre Franc CFA par exemple pour ce qui est de la zone franc. Elle souligne au passage qu’une activité bancaire enclavée, est considérablement handicapée. «Une banque aujourd’hui se doit de fonctionner à l’international. Ça peut être panafricain, ou encore plus global. On peut aujourd’hui capter des investissements chinois par exemple. La Chine investit énormément en Afrique. L’Europe s’y intéresse aussi considérablement», constate-t-elle.

Didier Ndengue

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