Action climatique en Afrique centrale: de gros financements au bout des réformes

La Banque mondiale propose un changement de modèle de développement qui le mettra en avant le secteur privé. Le Cameroun pourrait doubler son taux de croissance du PIB et le porter à 9%.

 

Sur une certitude à la Banque mondiale pour le Cameroun que la question relative au financement de l’action climatique « sera l’un des thèmes les plus importants de la Conférence de Charme El-Cheikh ». Nabil Chaherli la présente d’ailleurs comme « l’objectif ultime du Rapport national sur le Climat et le développement ». La préoccupation est précisément de savoir comment faire pour obtenir les 58 milliards de dollars attendus de la Communauté internationale et des pays industrialisés ?

Lorsqu’on sait que ce pays pivot de l’Afrique centrale peine à avoir 1 milliard de dollars d’investissements directs étrangers par an. Et que les pays du Bassin du Congo dans l’ensemble, ont obtenu à Glasgow une promesse d’investissements de l’ordre de 100 milliards de dollars par an. Sans avoir obtenu jusqu’ici satisfaction. Pour adresser ce problème, la Banque mondiale se montre pleine de ressources. En partageant d’entrée de jeu sa conviction qu’« avec des réformes rapides, le Cameroun (et les autres pays du Bassin du Congo, Ndlr) peut transformer ses richesses en un avenir vert et résilient pour tous », rapporte le communiqué de presse .

Modèle de développement
La note d’espoir de l’institution de Bretton Woods repose sur des préalables. En d’autres termes, « le Cameroun peut arriver à doubler son taux de croissance pour arriver à peu près à 9 %, si certaines conditions sont réunies ». Nabil Chaherli évoque à cet égard «l’importance d’un changement de modèle de développement. C’est à ce niveau que la bataille doit être engagée». L’économiste en chef assure être «conscient que le Cameroun à la SND30. Le début du processus commence justement par la mise en œuvre de ce qui y est déjà prévu. Avant d’essayer d’enclencher un nouveau modèle de développement qui ne soit pas basé sur le secteur public, mais qui donne au secteur privé des possibilités de participation plus efficaces au modèle de croissance et aussi à la réduction de la pauvreté».

On défend donc l’idée au sein de l’institution bancaire mondiale que ce n’est que «lorsqu’on a ce modèle de développement engagé et que l’on met en branle cette ambition au niveau de l’action climatique, que l « on peut commencer à travailler sur la mobilisation des investissements ». Ou en l’état, confesse le responsable international, « il faut dire que nous avons besoin au niveau du Cameroun de plus d’ambitions ». «L’action climatique ce n’est pas juste d’apporter des dons et de l’argent au pays. L’action climatique, ce sont des changements de politique, des réformes institutionnelles et la préparation d’un paquet d’investissements très clair qui peut donner une idée des actions très précise et très concrète en ce qui concerne l’adaptation et la réduction des GES au Cameroun», précise-t-il.

Domaines prioritaires
À en croire Nabil Chaherli, « le Rapport essaye de dire que si on va aujourd’hui à Charm El-Cheikh pour réclamer des dons, il faut aussi mettre en avant que le Cameroun est en train de mettre en place un système pour pouvoir accueillir ces financements de l’action climatique. Et qu’il est vraiment en train de faire ce travail pour pouvoir canaliser ces efforts ». La Banque mondiale pour le Cameroun propose dans ce sens, des actions dans quatre domaines prioritaires. À savoir « le capital naturel, avec l’agriculture, la forêt, le foncier ; le développement urbain (développement des villes prospères et résilientes en sachant cibler les populations); le capital humain et enfin l’infrastructure ». Le communiqué de presse souligne que « la gouvernance représente un domaine de réforme transversale ».

S’agissant du premier domaine prioritaire, « le Cameroun doit par exemple faire la démonstration à Charm El-Cheikh que les technologies sont disponibles aujourd’hui, que les investissements attendus sont nécessaires et qu’on peut les mettre en œuvre sur le terrain » , plaide Nabil Chaherli. Il est indiqué dans le détail que « la déforestation est un grand chantier au Cameroun. De même que l’agriculture. Nous avons identifié 9 grands projets prioritaires pour aider les millions d’agriculteurs dans le pays. La gouvernance forestière est aussi un chantier critique. Il faut évaluer la mise en œuvre et l’impact des politiques actuelles et des institutions qui opèrent ». La Banque mondiale se soucie par ailleurs de « la dimension genre ».

La relation entre l’adaptation et les conflits (humain-nature et communautés) est aussi à l’ordre du jour. D’où la nécessité de donner « la possibilité à l’échelle locale aux communautés et aux communes d’adapter leurs propres plans d’action », souligne-t-on. Étant entendu que ce qui vaut pour le Cameroun vaut pour l’ensemble du Bassin du Congo.

Accompagnement de la Banque mondiale
« La Banque mondiale est le plus important bailleur pour le secteur et s’engage aux côtés du continent dans sa transition vers une économie résiliente et à faibles émissions de carbone ». La satisfaction d’Ousmane Diagana va bien au-delà de ce constat. Pour concerner aussi le fait qu’« en Afrique de l’Ouest et du Centre, 4,9 milliards de dollars de financement climatique à travers 92 projets ont été mobilisés entre juillet 2021 et juin 2022 ». Le vice-président de la Banque mondiale se réjouit dès lors de ce que « la région affiche un portefeuille solide d’investissements verts, résilients et inclusifs au service de la transformation et de l’innovation ». On peut notamment y inclure selon Odilia Hebga, chargée des relations extérieures, les projets tels « Viva Benoué, Viva Logone ou encore le barrage de Nachtigal… ».

 

Théodore Ayissi Ayissi

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