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Abandon de poste aux enseignements secondaires : 2326 enseignants font un trait sur leur paie

L’annonce de la ministre Nalova Lyonga prend effet dès ce mois de janvier.

 

Le scénario des représailles contre les enseignants en situation d’absence irrégulière s’est précisé le 31 décembre
2023. Ceci à l’occasion du traditionnel discours de fin d’année du président de la République, Paul Biya. Celui-ci y déclare alors: «Des mesures fermes vont à cet égard être prises pour veiller à ce que nos enfants ne se retrouvent pas victimes d’une éducation au rabais». Paul Biya semble ainsi avoir sonné le glas de l’anarchie qui a régné plusieurs années durant dans le secteur de l’éducation. Car moins d’un mois après, la ministre des Enseignements secondaires lance les hostilités. Elle suspend le versement de salaires à 2326 enseignants à compter de ce mois de janvier 2024.
Les concernés en ont été avertis et «se sont soustraits aux justifications de leurs positions administratives», indique Nalova Lyonga dans un communiqué daté du 17 janvier. Les pris en faute tombent entre autres sous le coup de dénonciations anonymes via la plateforme www.minesecdrh.cm, fait savoir un autre communiqué du membre du gouvernement le 23 octobre dernier. Dans l’ensemble, ces derniers sont épinglés pour abandon de poste, absence et non-reprise de service. Un grand nombre de ces fonctionnaires sont désormais établis hors des frontières nationales, mais continuent de percevoir indûment un salaire au Cameroun; selon ce que révèle la liste publiée par le ministère.
Le phénomène est bien connu. Des dispensateurs de savoir refusent de joindre des lieux d’affectation jugés trop éloignés.

Dans le même registre, certains profitent du climat d’impunité dans le pays pour se reconvertir sur le plan professionnel. Certains encore usent de procédés souterrains pour se maintenir en poste dans les grandes villes, au détriment de la campagne. Résultat, l’on dénombrait un sureffectif de 3000 enseignants à Yaoundé, selon des données officielles exploitées par le quotidien à capitaux publics Cameroon Tribune. Ce dernier relève un déficit de 2000 personnels observé dans la région de l’Adamaoua sur la même période. Question embarrassante Pendant ce temps dans le pays, le système éducatif est paralysé par un mouvement de fronde prolongé des enseignants du primaire et du secondaire. Lesquels réclament l’amélioration de leurs conditions de travail et le remboursement des arriérés de salaire. Ils observent de ce fait une opération dénommée «craie morte». Contre ces derniers, le chef
de l’État durcit aussi le ton. «Il sera dès lors difficilement admissible que l’éducation de nos enfants continue d’être prise en otage par une frange d’enseignants, dont les motivations réelles semblent s’écarter des objectifs affichés», déclare-t-il. Au-delà des faits évoqués, le secteur de l’éducation est source d’embarras pour le gouvernement. Robert Simo Kegne, directeur de la Dépense du personnel et des Pensions au ministère des Finances, en a dessiné les contours à l’occasion du Salon de l’action gouvernementale (Sago) le 28 juin 2022. «Au Cameroun, en 15 ans, la taille des effectifs des enseignants est passée de 23 000 à 99 000. C’est un problème! Il faut changer la donne», avait-il déclaré; expliquant dans la foulée qu’«il n’y a pas que les enseignants dans un pays. Il faut former dans tous les
secteurs. Le secteur de la santé par exemple est sinistré. On ne peut pas avoir une Fonction publique qui du jour au lendemain se fait phagocyter par un corps de métier. C’est tout! Ils étaient 14% des effectifs de la Fonction publique il y a quinze ans. Aujourd’hui, ils sont 33%. C’est un problème». Le gouvernement tente toutefois de répondre aux préoccupations des enseignants. Plus de 72 milliards de francs CFA ont été débloqués en 2023 pour apurer la dette due à ces derniers. Une provision de 102 milliards de francs CFA est également constituée dans le budget de l’État,
au titre de l’exercice 2024.

Louise Nsana

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