À cause du Mfoundi, on souffre!

«Tôt ou tard, il faudra réinventer le Mfoundi, redessiner ses bords et ses canaux, pour les inscrire dans la modernité». Peu avant sa mort, André Fouda l’a confié à Paul Biya, au cours d’une causerie. Au quartier Fouda, dans le 5e arrondissement de Yaoundé, le 1er mars 1980, le Premier ministre du Cameroun de l’époque choisit la même phrase en guise d’hommage au premier délégué du gouvernement auprès de la commune urbaine de Yaoundé. Trente-huit ans plus tard, Paul Biya est le président de la République.

Le scénario s’avère être un écho aux mots prononcés par l’intéressé sur la place du deuil: «Cher André, la capitale que tu as aimée sera à l’image de ton vœu, nous porterons et réaliserons tes projets sur le Mfoundi».
En fin d’après-midi du 29 mai 2007, les eaux déchainées du Mfoundi ramènent ces propos à leur surface. Étalant leur furie au lieu-dit «Poste centrale» de Yaoundé, elles coincent le chef de l’État Paul Biya, de retour du Nigéria. L’inondation est remarquable par son coefficient. Jouée sur fond de happening spectaculaire, la scène fait gronder les puristes de l’urbanisme moderne*.

Le 20 septembre 2019, même tableau. Sauf que Paul Biya n’est pas passé par ici, ce jour. Ce jour justement, on dirait une grosse piscine. Cette fois aussi, le même Mfoundi a marqué les esprits parce qu’il est parvenu à occuper la route et les édifices de manière autoritaire, offrant une vision apocalyptique du paysage urbain. Cette fois encore, le Mfoundi (toujours lui) n’a ménagé ni efforts, ni les moyens pour éveiller les consciences en même temps que les sens, relativement à son «enterrement» sous l’actuel Boulevard du 20 Mai, entre 1978 et 1979. Quelqu’un a bien situé à cette époque le début de tous les problèmes d’inondation à la Poste centrale.

Or, à trop regarder ce qu’il s’est passé réellement, on est déçu par le répertoire des effets désagréables que cette rivière cultive depuis longtemps. À cause de ces effets-là, on souffre! On souffre! Surtout que, de tous les projets entamés ou oubliés, on ne distingue plus ni le dehors et ni le dedans; on ne distingue plus entre ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas, entre ce qui est net et ce qui est flou. Chaque jour, le tout est suivi par une stupéfaction outrée. Pourtant, à bien y regarder, après avoir lu attentivement les termes de référence soignés et très argumentés de ces projets, il est permis de s’étonner quand même que chaque année, c’est le même bling bling. À croire que pour éviter les inondations à la Poste centrale de Yaoundé, la désinvolture accompagne une malhonnêteté ponctuelle et… en quelque sorte ordinaire. Bien sûr, les considérations sur lesquelles certaines autorités s’appuient sont recevables. Mais elles n’arrêtent pas le halo de l’inondation. Dans l’opinion, il se murmure qu’il y a là comme un paradoxe de mauvais joueur, un aveu de faiblesse.

Et comme cela s’est reproduit le 20 septembre 2019, l’on imagine déjà d’autres monteurs de projets devant un tableau noir écrivant à la craie l’équation qui résoudra la question de l’inondation à la Poste centrale de Yaoundé. Au prix de quelques milliards de F CFA, ce sera comme si, avec eux, resurgissait une équipe d’urbanistes providentiels sortant de leurs besaces des idées pouvant miraculeusement venir à bout du désastre.

Et la saison des pluies? Elle est loin de finir. À la moindre goutte, quiconque circulera à la Poste centrale de Yaoundé se devra donc de faire une halte supplémentaire, les pieds dans l’eau, en attendant un vrai projet d’aménagement de la zone.

(*) Extrait de l’article publié dans Intégration du 9 juillet 2018.

Jean-René Meva’a Amougou

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