Maintien de la paix et la sécurité: Appel à la tropicalisation des solutions

C’est le plaidoyer et le maitre mot de la 7ème édition du forum Tana sur la paix et la sécurité en Afrique qui vient de s’achever à Bahir Dar en Ethiopie.

Allocution d’ouverture du président de la Commission de l’UA.

I/ Une plateforme de réflexion en consolidation
Tenu du 21 au 22 avril 2018 sur le thème «l’appropriation des solutions de paix et de sécurité en Afrique: financer et réformer l’Union africaine», le 7ème forum Tana vient de réunir en Ethiopie un parterre de hauts responsables.

Au nombre desquels Abiy Ahmed Ali, Premier ministre de l’Éthiopie ; Omar al-Bashir, Président du Soudan ; John Dramani Mahama, ancien Président du Ghana ; Dr Aminata Touré, ancien Premier ministre du Sénégal, Kgalema Motlanthe, ancien président d’Afrique du Sud ; Louise Mushikiwabo, ministre des Affaires étrangères du Rwanda ; Workneh Gebeyehu, ministre des Affaires étrangères de l’Éthiopie ; Eusebio Lambo, ministre des Combattants du Mozambique ; Graça Machel, fondatrice et directrice du Graça Machel Trust ; et Moussa Faki Mahamat, président de la Commission de l’Union africaine.

Dans son allocution d’ouverture, Abiy Ahmed Ali a félicité le forum de Tana pour avoir «prouvé qu’il méritait d’être pris au sérieux en tant que véritable plateforme de discussions animées et ciblées sur les défis urgents, concrets et pertinents de la paix et de la sécurité auxquels l’Afrique est confrontée».

Dans son propos, Moussa Faki Mahamat note que «les seules réponses viables aux défis auxquels nous sommes confrontés seront endogènes». Et d’ajouter que «l’expérience a montré trop souvent la futilité des solutions qui font fi des contextes dans lesquels elles sont censées être mises en œuvre», a déclaré Moussa Faki Mahamat.

Cette appropriation ne se fera certainement pas sans le concours des partenaires dont le rôle «ne doit pas être minimisé ou négligé. L’indépendance signifie un engagement constructif avec différentes parties prenantes intéressées par l’Afrique, sur un pied d’égalité» précise le président de la Commission de l’UA.

Dans cet élan, Moussa Faki Mahamat annonce la formalisation d’un Accord de coopération sur la paix et la sécurité entre l’institution qu’il dirige et la Commission européenne en ce mois de mai. Il permettra de «formaliser les relations déjà étroites qui existent entre nos deux institutions», a-t-il précisé. John Dramani Mahama, ancien président de la République du Ghana, lui, est péremptoire et affirme sans ambages que «le forum de Tana a pris de l’ampleur et est devenu le premier groupe de réflexion

Management

Au terme de cette édition, la présidence du conseil de ce forum a vu son dirigeant le président Obasanjo céder son fauteuil après sept années de fondation. Son mandat, qui a débuté en 2012 avec la création de la plateforme, a vu le forum Tana devenir l’une des cadres les plus pertinentes sur la paix et la sécurité en Afrique.

La cérémonie de passation a été conduite par l’ancien Premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn, qui a remercié Obasanjo pour son engagement. L’ancien président ghanéen John Dramani Mahama lui succèdera à ce poste. Pour Hailemariam Desalegn, le nouveau venu est une personnalité avec «un pedigree de panafricaniste éprouvé et engagé, mais aussi d’homme d’État respecté».

Le nouveau patron a tout de suite souligné l’importance des systèmes de connaissances traditionnelles africaines en tant que «riches répertoires de la science, de la technologie et du savoir en général. Vous y trouverez des leçons de gouvernance, de stratégie, d’inclusivité, de spiritualité, de responsabilité et de leadership».

Il a en outre appelé à un «changement de mentalités pour s’approprier et promouvoir notre savoir traditionnel africain et intégrer également les meilleures pratiques d’ailleurs dans le renforcement des capacités de nos peuples et de nos institutions».

Une expression qui semble donner un aperçu de l’orientation qu’il donnera à la tête du forum. Si le baobab fait partie de l’identité africaine, il en est de même du lieu où se tient le forum. Le lac Tana, le plus grand d’Ethiopie et le quatrième d’Afrique, a donné son nom à la plateforme. Source du Nil Bleu, le lac Tana compte plus de 21 îles dont celle de Bahir Dar.

L’Institut des études de paix et de sécurité (IPSS) de l’Université d’Addis-Abeba sert de secrétariat au Forum. L’IPSS gère également le Programme de paix et de sécurité en Afrique (APSP), un projet conjoint avec l’Union africaine. L’APSP vise à renforcer les capacités africaines pour développer et mettre en œuvre des solutions africaines en matière de paix et de sécurité en Afrique.

Dans ce contexte, les résultats du forum alimentent les activités de l’institut en matière d’éducation, de recherche et de dialogue politique, dans le cadre d’objectifs plus larges d’information, de formulation et de mise en œuvre des politiques à l’Union africaine, et des communautés économiques régionales (Cer).

II/ Finances et réforme de l’Union africaine
Reconnaissant la nécessité pour les États membres de financer leur propre sécurité, Abiy Ahmed Ali, Premier ministre éthiopien, estime que «Ce n’est que grâce à un financement à long terme durable que l’UA pourra suivre un programme indépendant qui réponde aux pratiques et besoins communs de ses États membres».

Dans une mise à jour aux participants sur l’état actuel du plan de réforme, le président de la Commission de l’UA a indiqué que «41,6 millions USD ont été versés au fonds pour la paix, avec pour objectif, la mobilisation de 65 millions USD pour l’année en cours. C’est la plus importante contribution jamais versée au Fonds pour la paix depuis sa création en 1993».

Concernant l’ambitieux prélèvement de 0,2% sur les importations admissibles qui serviraient de contribution des États membres à l’UA, il a reconnu que «davantage de négociations politiques» seraient nécessaires pour s’assurer que les États appliquent «fidèlement» la taxe.

Dans un environnement politique mondial en constante évolution, il existe un besoin manifeste de disposer d’institutions plus puissantes et efficaces et ayant la capacité d’assumer une forte appropriation des questions continentales et mondiales. L’UA a un agenda très chargé et ambitieux qui comprend, entre autres, la paix et la sécurité, la libéralisation du commerce, la sécurité alimentaire, l’utilisation durable des ressources naturelles et de l’énergie, les changements climatiques et les migrations.

Ces activités ont abouti au développement de plusieurs initiatives de réforme, telles que le nouveau programme de financement de l’UA, ainsi que sa réforme institutionnelle. Ces réformes aspirent à une intégration à l’architecture mondiale de la paix et de la sécurité où l’Afrique assume la responsabilité principale de sa propre sécurité par opposition à la situation actuelle où il existe encore une forte dépendance envers des partenaires et des acteurs extérieurs.

Zacharie Roger Mbarga 

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