‘’La Fotrac est une destination communautaire régionale”

Il y a juste quelques résistances du côté des grandes entreprises et multinationales qui hésitent encore surement du fait de la non perception des enjeux réels d’une activité de ce type

La présidente du Réseau des femmes actives de la Cemac est la promotrice de la Foire transfrontalière annuelle de la Cemac. Alors que la 9e édition de cet évènement se prépare, la Camerounaise évalue son apport dans l’intégration en Afrique centrale.

Danielle Nlate

 

Madame la présidente à quel niveau des préparatifs de la 9ème édition de la Fotrac êtes-vous rendu?

La Foire transfrontalière annuelle des pays d’Afrique centrale (Fotrac) pour sa 9ème édition, se tiendra du 27 juin au 07 juillet prochain avec une cérémonie protocolaire prévue le 29 juin. En rappel, la Fotrac est organisée par le Réseau des femmes actives de la Cemac (Refac) sous le haut patronage du Premier ministre, chef du gouvernement, et le parrainage du ministre du Commerce du Cameroun. Des réunions préparatoires ont été organisées par le ministère du Commerce, président du comité d’organisation, à Yaoundé et des correspondances ont été adressées aux ministres de la sous-région.

La communication est mise en branle par voies de télés, radio, presse, flyers, tracts etc… Des descentes sur le site sont effectuées et des réunions locales avec les autorités frontalières sont régulièrement tenues. La sensibilisation des opérateurs économiques et autres partenaires au développement se fait par voie de courriers. Les réseaux sociaux sont mis à contribution pour informer les populations.

Les missions diplomatiques des pays de la sous-région sont saisies pour diligenter les correspondances et motiver leur hiérarchie.  Des audiences accordées par les hautes autorités nous permettent de densifier notre plaidoyer administratif et politique.

Avez-vous le sentiment d’être compris par les citoyens, la société civile, les opérateurs économiques. Bref les non institutionnels ?

Nous devrons être compris par tous, nous savons aussi que tout est question de temps. Si l’institution Cemac, à la suite du gouvernement du Cameroun et de certains Etats comme la RCA, la Guinée Equatoriale nous ont compris, c’est parce que à la base déjà, le Refac que je coordonne regroupe en son sein toutes catégories de personnes ou d’entités. En rappel, la 1ère édition de la Fotrac avait déjà mobilisé des milliers de personnes.

Elles étaient issues de la société civile, de la classe d’affaire (opérateurs économiques), des citoyens de la communauté, etc. Il y a juste quelques résistances du côté des grandes entreprises et multinationales qui hésitent encore surement du fait de la non perception des enjeux réels d’une activité de ce type. Ou alors, du fait que la promotrice soit une modeste dame ?

(rire) ! Mais nous allons convaincre au fil du temps car la Fotrac a franchi les barrières de la sous-région Afrique centrale et se vend déjà à travers le monde. Nous sommes sollicités pour partager notre expérience avec d’autres régions d’Afrique et dans des grands fora notamment avec l’organisation internationale de la francophonie.

Quel accompagnement les Etats et les organisations d’intégration présents dans la région vous octroient-ils ?

La Cemac qui est l’institution mère de certains Etats accompagne techniquement et apporte depuis 2013 un appui financier non négligeable à l’organisation. Nous souhaitons bien sûr que ce concours soit renforcé dans les prochaines années. Nous avons fait un plaidoyer dans ce sens au cours d’une audience que nous a accordée le nouveau président de la Commission, Son Excellence Ona Ondo Daniel. L’espoir nous revigore. Les Etats comme celui du Cameroun et de la Guinée Equatoriale nous accompagnent en encadrant techniquement l’activité, mettant les moyens nécessaires à leurs actions.

En ce moment, la Guinée Equatoriale a programmé une présélection officielle de l’élection «Miss intégration Cemac 2018­­­­­­». Ce concours, qui se tient en marge de la Fotrac, est rendu à sa 3ème édition. Le Cameroun nous accompagne dans la structuration et la sensibilisation des différents acteurs au niveau local et sous régional. Un appui financier est octroyé par le biais du ministère du Commerce et couvre l’essentiel requis en matière de logistique. Il permettra à ce titre de rehausser l’éclat de la cérémonie protocolaire prévue le vendredi 29 juin 2018.

L’Afrique centrale est très peu dynamique. Quelle est votre point de vue sur le degré d’échanges et de mobilité ?

L’Afrique centrale est au contraire, plutôt assez dynamique. Allez voir les actions des opérateurs de tous les secteurs en RDC, au Cameroun, au Tchad et aujourd’hui au Gabon, en Guinée Equatoriale etc… Le problème réside sur les mécanismes pratiques de facilitation de ces échanges. Les actes sont signés par les chefs d’Etats, tous comme les décisions, pour la libre circulation des personnes, des biens et services en zone Cemac. A nous de nous mobiliser et de bouger les lignes.

Le degré des échanges est plutôt déplorable par rapport au potentiel et au capital humain et technique. Je vous épargne du taux proclamé par les experts en matière d’économie. Les verrous doivent être levés sur le plan pratique et sur le terrain, avec surtout la conscientisation par des actions de sensibilisation. Il y a des citoyens réfractaires et des protagonistes de la libre circulation qui exercent des pratiques de spoliation le long des corridors.

La Fotrac pourrait-elle se positionner comme destination communautaire régionale ?

La question ne se pose pas ! La Fotrac est une destination communautaire régionale sans prétentions aucunes. Beaucoup l’ont compris comme l’Association internationale des maires francophones (AIMF) qui m’a donné l’occasion de m’adresser aux maires de l’espace francophone international et aux patrons des grandes métropoles à Brazzaville du 24 au 26 mars 2017.

La même opportunité nous a également été donnée par les maires d’Afrique centrale, réunis du 25 au 26 octobre 2017 à Libreville sous l’égide de l’Association des Villes et Collectivités de la Cemac (Association des Villes et Collectivités de la Cemac). Au cours de ces rencontres, nous avons présenté la Fotrac comme élément d’intégration socioéconomique en Afrique centrale. Bien plus, elle est un instrument facilitant la coopération transfrontalière entre les communes, en intégrant les actions de la société civile.

En somme, de multiples catégories ont intégré cela : ce sont les associations partenaires de divers pays, les amoureux du tourisme, des citoyens, des Etats et des institutions. Malgré les difficultés financières et pas moins administratives, nous continuons, à la limite de notre énergie, de mener la bataille de la sensibilisation et multiplions les échanges sur le terrain.

Interview réalisée par

Zacharie Roger Mbarga

 

Fotrac, dynamique d’intégration par le bas

Face à la conduite laborieuse du processus institutionnel en Afrique centrale, la Fotrac, après huit éditions, se positionne résolument comme un vecteur d’implication fonctionnelle des citoyens. Analyse.

Le canal d’analyse de l’action des femmes actives de la Cemac échappe aux observations classiques et dominantes. Fondées sur les objectifs institutionnels d’une organisation supranationale, les initiatives du Réseau des femmes actives de la Cemac (Refac) appellent des examens contextualisés où le processus d’intégration, portée par des non institutionnels, aurait une capacité à agir sur les territoires et sur les hommes.

L’intégration par le bas renvoie aux dynamiques plus profondes d’association et de réseautage des acteurs sociaux qui, par des méthodes et moyens citoyens, parce que non administratifs, concourent au brassage des populations et à l’intensification des mouvements transfrontaliers de biens, de personnes et des services divers.

Contribuant de ce fait à une intégration des territoires et des populations qui a une influence significative sur le développement et donc sur la stabilité de la zone géographique concernée. Le Refac, à travers son objectif de mise en réseau des actrices sociales de la production et de la protection des richesses dans la région Afrique centrale, se positionne comme un projet intégrateur citoyen d’interconnexion.

Là où il n’y en a pas beaucoup. Or, les projets intégrateurs ont pour objectif et particularité de créer des brassages de population, faire reculer la pauvreté par la création des gains d’efficience. Mobilité Par le truchement de la Foire transfrontalière annuelle des pays d’Afrique centrale (Fotrac), l’Afrique centrale pourrait se doter d’un hub concentrique.

6 à 11 nationalités se retrouveraient, sous l’application de mesures préférentielles, pour consolider les liens culturels, l’interdépendance économique et commerciale, le partage des savoir-faire… Mais surtout fluidifier les interactions entre des pays dont les intérêts à s’associer semblent toujours contingents.

L’un des défis structurels en Afrique centrale, malgré les évolutions institutionnelles de ces derniers mois, demeure la complémentarité économique. Disposant d’une structure de production quasi identique, les pays d’Afrique centrale, différentes configurations comprises (Cemac, CEPGL, CEEAC), présentent une homogénéité des pôles de croissances. Lesquels gravitent autour des produits de base et de l’investissement dans certaines infrastructures.

Par conséquent, les échanges intracommunautaires, levier de dynamisation et de protection économique, demeurent très faibles. Des produits manufacturiers et du cru respectant la réglementation, circulent tout de même mais à un degré bien trop négligeable. Dans ce contexte, la fotrac, avec l’implication de la chaine entière des bénéficiaires (citoyens, société civile, producteurs, opérateurs économiques, Etats, organisation sous régionale et régionale), est une rampe de lancement pour l’intensification de la circulation en franchise des personnes, des biens et des services.

Vivre ensemble Avec des proximités linguistiques et culturelles partagées, l’existence des peuples frontières, la géographie commune (foret, savane, cours d’eau), l’Afrique centrale est un espace structurant plein d’atouts pour une intercompréhension entre les populations. L’Afrique ambitionne chaque jour d’être une communauté. Et l’objectif politique pour matérialiser ce dessein est la réalisation d’une intégration des peuples. Aujourd’hui, la méfiance mutuelle et les clichés d’inhospitalité dévoient ce projet.

La valeur ajoutée de la Fotrac serait donc de rechercher l’expression de la fraternité et le dialogue des peuples. Ceci par l’exacerbation des similitudes culturelles et donc des origines ancestrales communes. Un gage d’acceptation mutuelle et mécaniquement de paix et de sécurité, thème choisi pour la 9ème édition en gestation.

 

Zacharie Roger Mbarga

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