Alternance au Cameroun : Achille Mbembe contre une succession de père en fils

Le temps passant, l’idée d’une succession dynastique gagne en épaisseur dans la capitale camerounaise. Les mouvements acquis à cette option sortent de terre chaque jour qui passe.

Dans  ce registre, on a le mouvement citoyen franckiste pour la paix, créé en 2013 et le mouvement fébiste pour « Frank Emmanuel Biya », né récemment. Tous ces regroupements appellent à la candidature de Franck Biya, fils aîné du président Paul Biya, à la présidentielle de 2025 ou avant, au cas où cette élection est anticipée. Mais jusqu’ici, le principal concerné continue à entretenir le flou sur sa position à ce propos. Cette hypothèse ne trouve pas, par ailleurs, grâce aux yeux du sherpa du président français sur la refondation des relations entre la France et l’Afrique, Achille Mbembe. Pour lui, l’implémentation de cette vision pourrait conduire le Cameroun dans un mur. « Une succession de gré à gré ou une succession de père en fils conduiraient inexorablement vers l’irréparable »,  avertit-il dans un article publié dans la version web du  magazine Jeune Afrique.

En sus, pour l’auteur d’Afriques indociles, cette transition doit se faire de manière paisible. Pour ce faire, « tous les efforts devraient porter sur la construction d’une plateforme de dialogue inter-camerounais. Bien conçu et bien mené, un tel dialogue continu ouvrirait la voie à une période de détente, qui jetterait les bases d’une réconciliation entre les Camerounais », suggère-t-il. Et, il va plus loin. « L’érection d’une telle plateforme s’accompagnerait de gestes concrets et d’un ensemble de mesures visant la libération progressive de tous les prisonniers politiques, une amnistie pour tous ceux qui ne sont coupables d’aucun crime de sang, un effort renouvelé en vue de l’éradication de la corruption et, surtout, une réforme du code électoral par consensus et le transfert du pouvoir par la voie des urnes .»

Par ailleurs, pour l’historien et politologue camerounais, le rapport de la France à la réussite de cette alternance sera le test de la refondation des relations franco-africaines. « Accompagner et, surtout, réussir la succession de Paul Biya est un objectif politique stratégique du quinquennat d’Emmanuel Macron. Un tel succès ouvrirait un vaste champ de possibilités à tous les acteurs impliqués dans le projet de la refondation des rapports entre l’Afrique et la France. Surtout, il donnerait un cours moyen à l’histoire d’une sous-région en panne d’intégration, menacée par l’enkystement de régimes vieillissants et par la métastase progressive de foyers de tensions de plus en plus difficiles à éradiquer », conseille-t-il.

Julien NGA EBEDE

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