Viabilité de la filière banane en Afrique: le gouvernement camerounais sollicité

Le plaidoyer mené par Afruibana, une association de producteurs camerounais, ivoiriens et ghanéens, vise à obtenir son intervention auprès des organisations internationales sur un ensemble de problèmes parmi lesquels le salaire décent.

Ils sont producteurs et exportateurs de bananes et d’autres fruits au Cameroun, en Côte d’Ivoire et au Ghana, et ils sont réunis au sein de l’association Afruibana. C’est au nom de cette organisation qu’ils ont entamé ce 30 juin 2022 à Yaoundé, un plaidoyer auprès du gouvernement camerounais. L’objectif «depuis deux semaines, est de sensibiliser nos gouvernements et solliciter leur soutien pour l’appui  à nos producteurs et exportateurs, au regard des problèmes pressants que connaît notre filière, notamment ceux concernant le salaire décent», ont laissé entendre Joseph Owona Kono et George Kporye, le président et le vice-président d’Afruibana.

À les croire, le fond du problème est que «dans le système dans lequel nous évoluons à l’exportation, il est imposé des niveaux de salaires qui nous semblent évoluer en marge de nos législations et conventions collectives». Puisque selon Joseph Owona Kono, «ces salaires n’ont pas fait l’objet de concertations, ni avec les États, ni avec les travailleurs et encore moins avec les producteurs. Et cela est de nature à créer des troubles sociaux dans nos pays».

Pourtant, «nous les producteurs des trois pays que nous représentons ici, militons pour un salaire décent pour tous les employés, ce qui est notre crédo», assure la délégation de producteurs présente à Yaoundé. Ce qu’elle déplore surtout, c’est d’être «confrontée à une décision de Fair Trade et Rainforest Alliance, qui tend à imposer un niveau de salaire qui ne semble pas compatible avec nos propres économies et que nous ne sommes pas en mesure de payer».

Primature, Minader et Mincommerce

La tournée camerounaise fait suite à une autre déjà achevée en Côte d’ivoire et au Ghana. La première journée a connu son point d’orgue dans notre pays à l’Immeuble Étoile. Où les leaders d’Afruibana, parmi lesquels le vice-président, Jean-Marie Kacou-Gervais et le secrétaire général (Afruibana-Europe), Jean-François Billot, étaient reçus en audience par le Premier ministre camerounais, Joseph Dion Ngute.

La tournée a toutefois débuté au ministère de l’Agriculture et du Développement rural (Minader) et s’est poursuivie au ministère du Commerce (Mincommerce). Les ministres Gabriel Mbaïrobé et Luc Magloire Mbarga Atangana ont ainsi été briefés sur les contours des différents défis à relever par la filière banane. La principale attente formulée à leur intention est de faire jouer leur entregent.

Et notamment, «pour ce qui est du Minader, de s’adresser à la FAO et à toutes les institutions qui sont en mesure de connaître de ce problème», a énoncé Joseph Owona Kono en s’interdisant «de dicter d’avance au gouvernement ce qu’il a à faire, puisqu’il est dans son rôle de facilitateur». Au Mincommerce, les leaders d’Afruibana ont assuré avoir obtenu de Luc Magloire Mbarga Atangana «qui connaît bien la question, quelques pistes d’intervention ou de travail. Nous allons poursuivre et creuser ces pistes avec ses services et avec lui-même pour nous permettre d’apporter des réponses appropriées à cette menace».

Pour le Mincommerce en effet, «la question de la rémunération des employés de la filière banane est légitime. Mais elle ne peut pas être abordée de façon isolée, en faisant fi de tous les autres postes de coûts et de la question des revenus des producteurs». Luc Magloire Mbarga Atangana propose alors «en contrepartie de la question des salaires, d’obtenir de l’Union européenne le respect de ses engagements vis-à-vis des filières bananières africaines».

Programme

Ce 1er juillet 2022, il est prévu une rencontre avec l’ambassadeur, chef de délégation de l’Union européenne au Cameroun. En plus de la compétitivité de la filière, les exigences liées au Pacte vert et à l’interdiction du travail des enfants seront probablement au menu des échanges entre Philippe Van Damme et la délégation d’Afruibana. Ces aspects sont également censés être évoqués ce jour, avec le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat), Louis Paul Motaze, et le ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Grégoire Owona.

Théodore Ayissi Ayissi

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *