Faute de drêche : Le cheptel porcin de Yaoundé menacé d’extinction

Le principal aliment dans l’alimentation des porcs est introuvable dans la capitale camerounaise depuis près d’un mois. La faute à la fermeture des turbines d’évacuation de la Société anonyme des Brasseries du Cameroun.

Chargeurs, vendeurs d’emballages et éleveurs de porcs sont dans le désarroi à Yaoundé. Et pour cause, leurs activités tournent au ralenti, et risquent de s’arrêter. En effet, la drêche, l’aliment prisé dans l’élevage des porcs n’est plus disponible. Désormais «deux semaines peuvent passer avant de voir cette denrée sortir des turbines de déchèteries de SABC de Yaoundé», apprend-on.

Sur les lieux, le constat est saisissant. L’on peut alors voir des camions d’une capacité de 10 à 11 tonnes de drêche stationnés pendant des heures. Leurs conducteurs sont assis aux côtés des chargeurs jouant aux cartes, tout en gardant une oreille attentive sur les bruits des turbines d’où provient le précieux sésame. «Nous sommes confrontés à cette pénurie depuis près d’un mois, et c’est devenu un hasard de trouver la drèche ou la levure de bière», explique Claude Messi. Sonna, lui aussi chargeur, dit sortir de la maison pour tuer le temps et éviter des problèmes avec sa femme.

Pour ce qui est de l’explication de cette pénurie, la raison «est liée à la maintenance des machines et le remplacement de celles qui sont défectueuses», argumente Claude Messi. Papa Joseph, propriétaire de plusieurs camions commis à la livraison de cet élément nutritif dans la capitale et ses environs, voit une autre explication. Pour ce quinquagénaire, il faut «qu’on nous dise la vérité, je paris que les brasseries et le Gouvernement vont dire que c’est la guerre en Ukraine qui est à l’origine de cette pénurie».

Conséquences
L’impact est remarquable non seulement sur le coût de la drêche, mais plus encore sur la croissance et la survie des cheptels porcins dans la capitale camerounaise. Pour le coût, il faut désormais débourser 2500 FCFA le sac, alors qu’au mois de février et en début mars le même sac coûtait 1500 FCFA. L’augmentation des coûts est de plus de 45%. «Il faut être chanceux pour avoir un sac, parce que les sacs ne font pas une heure dans les dépôts et points de vente, et tout est parti», renseigne Adeline Kamdem, vendeuse en détail.

Au quartier Madagascar, dans le troisième arrondissement de la capitale, Jacob, taximan et éleveur de porcs, explique les larmes aux yeux que «mes porcs sont en train de mourir, l’argent n’est pas un problème, mon cheptel est important, soit plus de 50 têtes. Je fais comment?», se demande l’éleveur dépité. La crise dans ce secteur fait craindre le pire aux éleveurs parce que la grippe porcine trouvera les acteurs sans moyens financiers.

André Gromyko Balla

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