Covid-19 : Le «coach invisible» de la CAN

La pandémie impose une résilience au pied levé aux équipes et à leurs encadreurs.

Séance de dépistage au sein de l’équipe tunisienne

La gestion d’un vestiaire comme celui des Aigles de Carthage? «Un casse-tête lorsqu’on a six précieux éléments suspendus par le Covid-19», répond Mondher Kebaier approché par Canal+Sport. Le sélectionneur tunisien qui espérait s’appuyer sur ses éléments «top niveau» afin d’alterner les compos et les schémas de jeu au gré des adversaires, n’a joué qu’avec deux récupérateurs face au Mali. «Et avec ce dispositif, on a dû pianoter sur plusieurs options tactiques en cours de match», explique Mondher Kebaier en conférence de presse.

Contrariés
«Dans la nécessité de proposer un combat aux quatre coins du terrain et agresser, on est obligé de changer de schémas au fil de la rencontre, surtout lorsqu’une équipe est amputée de six joueurs clés», décrypte Vincent Ongandzi sur CRTV Sports. Pour l’ancien portier des Lions Indomptables, «les changements, innovations et adaptations déployés lors des matches de la CAN en cours aident à comprendre la difficulté qui est celle des sélectionneurs à mettre sur pied une équipe capable de ressortir le ballon et offensivement à la hauteur». «Le coach invisible qui est à l’origine de cette situation est incontestablement le Covid-19», accompagne ironiquement Michel Kaham. Invité sur le plateau de CRTV Sports le 13 janvier 2022, le technicien camerounais, postule que «la pandémie contrarie le choix tactique des coaches». «Ce que l’on voit pendant cette CAN, ajoute-t-il, c’est une sorte de résilience au pied levé avec un interminable ressassement épris de rigueur et sacrifiant toujours l’agréable à l’utile».

Du bon aussi…
Pour mettre son grain de sel dans l’affaire, Jules Denis Onana l’analyse autrement. De son point de vue, «la pandémie de Covid-19 met les entraineurs des différentes équipes au défi de savoir jouer le pompier de service; capable de construire quelque chose de solide sur des fondations branlantes; de développer un projet dans un délai réduit sans disposer des meilleurs joueurs». Sur ce plan, l’ex-défenseur des Lions indomptables salue l’animation défensive d’une équipe du Sénégal privée de ses pièces maîtresses lors du duel entre les Lions de la Téranga et les Warriors du Zimbabwe (1-0). «Avec ses pièces de rechange, je pense que Aliou Cissé s’est montré au rendez-vous du défi physique avec des défenseurs qui ne balancent pas et qui cherchent à ressortir proprement».

Proche de cette lecture, Maurice Timegni montre combien les procédés tactiques des entraîneurs dont les effectifs ont été éprouvés par le Covid-19 ont réussi leur opération. En filigrane de son regard, la qualité du jeu. «Sur le terrain, sans briller certes ou sans convaincre avec le trop d’application, pas assez de rythme et de folie, diront les plus exigeants, mais les différentes stratégies mises sur pied par les différents coaches ont suffisamment de mordant», glisse l’ancien chroniqueur sportif de la CRTV.

Jean-René Meva’a Amougou

 

Hauts débats

En voulant dépasser un paradoxe, Kalidou Kouliably n’a pas d’autre choix que de planter des flèches dans les failles de la gestion de son infection au Covid-19 par la CAF. «Du vrai n’importe quoi!», fulmine-t-il ce 14 janvier 2022 dans les colonnes de Onze Mondial. Sur le fond et sur le ton employé, le défenseur central des Lions de la Téranga se pose comme un témoin des décisions drastiques prises par l’instance faîtière du football africain à l’occasion de la CAN TotalEnergies 2021. Ce tournoi est, dit-il, soumis à un protocole sanitaire injuste. Avant, Bertrand Traoré avait parlé de «scandale». Émis à la veille du match Cameroun-Burkina Faso, le mot du capitaine des Étalons préfigurait du ressenti des autres délégations par rapport à la gestion (par la CAF) des cas de Covid-19. Absents du match gagné contre les Comores car positifs au Covid-19, les Gabonais Pierre-Emerick Aubameyang et Mario Lemina ont manqué aussi le second, joué vendredi 14 janvier durant cette CAN 2022. Bien que négatifs, ils conservent «des traces» du Covid, d’après la CAF.

Très vite s’est donc posée la question des inégalités. Enrobés dans plusieurs polémiques, des observations et des recueils de témoignages ont été publiés. Le discours la CAF a produit une rhétorique de la fermeté. Dans le même temps, les données factuelles les plus médiatisées ont signifié la situation de détresse à laquelle sont confrontées plusieurs équipes. Dans le même temps aussi, la qualité du spectacle et le caractère populaire de l’événement ont pris des coups. Entre temps aussi, une opinion croit que le protocole sanitaire doit être appliqué dans les stades. Mais, nuance-t-on, on ne doit pas en faire quelque chose de rigide parce qu’au bout du compte le virus, quand bien même il circulerait, il ne devrait pas être épouvantable pour la CAN.

 

Covid-19 pendant la CAN

Le jeu du mensonge et de la vérité

Soupçonnée d’être jaunie par les tromperies en tous genres, le protocole anti-Covid-19 promu par la CAF peine à incarner la solution.

 

«Aujourd’hui, le Cameroun a passé la 3ème vague et il n’y a pas plus de 50 nouveaux cas par jour. Donc nous contrôlons réellement l’épidémie». En intervenant sur France 24 le 22 décembre dernier, Dr Yap Boum II, responsable de la coordination sanitaire de la CAN 2021, semblait vouloir démontrer que ce n’est pas le Covid-19 qui gouverne la CAN, mais le football. De cette manière, une certaine opinion ne manque pas de soupçonner la CAF d’imposer des jauges à la CAN TotalEnergies 2021 non pas pour des raisons sanitaires, mais parce qu’elle veut montrer à ses bailleurs qu’elle est active contre la pandémie.

Sur l’air de «Nous faisons quelque chose de visible», elle semble s’être protégée à l’ombre de la cloche géante qui recouvre désormais la planète: la lutte contre le coronavirus. «Parce que ce combat est porteur de sens ou de non-sens, une compétition comme la CAN est une cible naturelle, parce que le football a un large rayonnement», disserte Dr Honoré Malondo. «Seulement, développe l’épidémiologiste camerounais, on se prend à redouter que les rumeurs autour de la crédibilité des méthodes des médecins de la CAF ne soient valides. Bien plus, désigner les tribunes comme lieu de contamination est malhonnête, car le risque d’infection dans les stades est très faible, parce que les spectateurs sont en plein air et que l’on n’y admet que des personnes vaccinées ou guéries, de surcroît testées et portant des masques».

Revendiquée par certains, une autre opinion montre bien que les fausses apparences dominent la CAN TotalEnergies 2021. À la clé, une suspicion généralisée sur le crédit de la parole et la sincérité de la démarche de la CAF. «Ici encore, il ne faut pas être naïf. Comment comprendre que des dispositions particulières soient prises par les autorités locales pour remplir les stades en dépit des directives de la CAF?», s’interroge un communiqué de la fédération sierra léonaise de football, cité par Onze Mondial du 14 janvier 2022.

JRMA

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