Dans les stades : Le public… Nulle part partout

Le protocole sanitaire imposé par la CAF et la grille tarifaire des tickets d’accès aux matches sont pointés du doigt. Des voix s’élèvent pour demander un changement de paradigme au plus vite.

Une vue du plus grand stade de football au Cameroun, le complexe sportif d’Olembé, 60 000 places

Maroc-Ghana ! À sa seule évocation, cette affiche du groupe C de la CAN Total Energies 2021 signifiait un grand moment de football au Stade Ahmadou Ahidjo de Yaoundé. Ce 10 janvier pourtant, c’est un public clairsemé qui assiste à la rencontre. «Sur 40 000, moins de 20% des places étaient occupées», évalue Radio France Internationale (RFI). «Tout le monde aimerait jouer dans un stade plein, mais ce n’est pas le cas malheureusement», déplore Sofiane Boufal (auteur de l’unique but de la partie) dans les colonnes du quotidien français Le Point.

Selon des médias locaux, le Comité d’organisation (Cocan) et la CAF (saisis par le gouvernement camerounais) ont réussi à sauver les apparences en ouvrant les grilles du stade d’Olembe à une importante foule de jeunes le 9 janvier dernier. Pour l’apparence donc, le nouvel écrin a fait le plein et s’est chauffé à blanc par la victoire des Lions Indomptables. Mais à peine une heure plus tard, au même endroit, l’Éthiopie et le Cap Vert joueront devant des tribunes tristement vides. «Les stades sont vides. Inimaginable au Cameroun!», crie Cabral Libii, homme politique camerounais sur sa page facebook.

Les raisons
Si l’on en croit des indiscrétions du Comité exécutif de la CAF tenu à Douala le 7 janvier dernier, il est admis que l’absence du public est un mal structurel pour la CAN depuis au moins deux éditions. En acteur de terrain, Djamel Belmadi estime qu’en plus de cette réalité, la 33e édition de la CAN est davantage sous le coup de la jauge imposée par la CAF (60 à 80%). Pour le sélectionneur algérien approché par le journal suisse le Temps, «c’est l’arsenal restrictif Covid-19 qui prive les amateurs de football de leur spectacle préféré».

Pour sa part, Simon-Pierre Etoundi (journaliste de Cameroun Tribune cité par RMC Sport du 10 janvier 2022) s’attarde sur un détail. «Un Maroc-Ghana devant un stade vide, ce n’est pas le Cameroun ça! Je pense que les mesures gouvernementales drastiques liées au Covid ont découragé beaucoup de monde. Peu de personnes sont vaccinées au Cameroun. Il faut présenter le pass vaccinal et un test PCR de moins de 48h… C’est compliqué! Venir au stade, ça doit être du plaisir, une fête, personne n’aime les difficultés!», explique l’homme de média camerounais.

Sur une autre antenne (ABK radio émettant à partir de Douala), Dr Dominique Yamb Ntimba parle de «raisons conjoncturelles». Pour expliquer l’absence du public dans les stades, l’économiste-chercheur camerounais (interviewé au cours de l’émission ABK Matin du 10 janvier 2022) estime que «les prix des tickets d’accès au stade, entre 3 000 et 20 000 FCFA, c’est vraiment prohibitif dans un pays où le SMIG arrive à peine à 36 000FCFA».

Que faire ?
Est-on condamné, alors, à assister à des rencontres dans des stades fantômes jusqu’en finale, le 6 février 2022 ? Cabral Libii croit qu’«il est encore temps de rectifier». En lisant la publication de l’homme politique sur sa page facebook ce 11 janvier 2022, il apparait que le niveau d’expérience autorise une révision du protocole sanitaire validé par la CAF. Car, assume-t-il, ce protocole est «inopportun» et «produit des effets désastreux». Pour ces raisons, quelques spécialistes proposent d’intégrer le port du masque comme seule et unique mesure anti-covid à l’entrée des stades.

Pour sa part, Dr Dominique Yamb Ntimba s’en prend à la grille tarifaire en vigueur. «Celle-ci est, dit-il, n’est pas appropriée pour un événement érigé au rang d’événement populaire». «Le prix des billets est évidemment une part importante de l’équation et je pense qu’il est bon de trouver un équilibre des tarifs qui permettra de générer les entrées nécessaires, sans exclure ni pénaliser les supporters», suggère l’économiste.

Jean-René Meva’a Amougou

 

Chronique de la CAN

Projet premier

 

Des lieux, des dates, des personnages, des chansons, des occasions. D’emblée, tout cela vient en tête. Au Stade de France, Youssou N’Dour et Axelle Red (Fabienne Demal de son vrai nom) jouent leur coupe du monde. En ouverture de la 16e édition de la compétition, le 10 juin 1998 à Paris, le Sénégalais et la Belge chantent «La cour des grands». La chanson est d’une variété immense: endiablée, poétique … Le refrain enjoué convainc le monde entier que le choix porté sur Youssou N’Dour et Axelle Red n’est pas mauvais. Toute l’Afrique est contente de retrouver l’un de ses rejetons à un tel niveau.

Stade Soccer City de Johannesbourg, 11 juin 2010. Robert Sylvester Kelly alias R. Kelly fait fredonner «Sign Of A Victory» à l’ouverture de la première coupe du monde de football en terre africaine. En guise d’hommage à l’auteur-compositeur américain, UmAfrika (l’un des titres célèbres de la presse zouloue) écrit: «Belle chanson. Bon choix. Pari réussi pour le comité d’organisation».

14 janvier 2017 à Libreville, la Sénégalaise Coumba Gawlo, la Malienne Rokia Traoré, l’Ivoirienne Josey et la Camerounaise Charlotte Dipanda célèbrent l’Afrique et l’unité du continent, tout en rendant hommage au sport et à la compétition lors de la cérémonie de clôture de la CAN Total Gabon 2017. Le lendemain, la presse gabonaise saisit l’occasion pour loger ces bêtes de scène majuscules aux échelons supérieurs de l’intégration africaine par la musique.

CAN TotalEnergies 2021 à Yaoundé ce 9 janvier 2022, le Congolais Fally Ipupa Nsimba chante l’amour au stade d’Olembe. Il n’en faut pas plus pour faire éclater le scandale. On en parle à longueur de journée. Les débats sont alimentés par de faux-fuyants et de récits qui foisonnent de références contraires au projet premier de la CAN : fédérer les peuples africains via le football. Ceux qui dénoncent le respect «trop absolu» pour les artistes étrangers ne sont victimes que de ceux qui les attirent vers le gouffre de la xénophobie. Il est fécond de penser ainsi, même si à côté, on peut comprendre le sens des locaux en quête de dignité de bon aloi appropriée à leur fonction représentative.

Jean-René Meva’a Amougou

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