Libye: pompier et pyromane comme Paris

«Pour permettre de tourner enfin la page de la crise libyenne après une décennie d’instabilité», Paris a eu l’idée d’organiser une conférence internationale.

Dans la capitale française le 12 novembre dernier, l’Élysée, maître d’œuvre de la rencontre, a juste recyclé le libellé des assises tenues à Tripoli le 21 octobre dernier. À Paris, en effet, du beau monde était présent pour une «conférence internationale sur la Libye» après la «Conférence de soutien à la stabilité de la Libye» à Tripoli. En toile de fond, le même objectif: obtenir le départ des troupes russes et turques du pays de Mouammar Kadhafi.

Du point de vue médiatique, la séquence du 12 novembre dernier était néanmoins parfaite aux yeux des observateurs. Une bonne partie de la presse française a vite fait de scander une approche désintéressée, humaniste, innovante de Paris par rapport au chaos libyen. Côté africain, on a retenu le spectacle et l’aptitude de Paris à faire rêver. Dans leurs éditoriaux, plusieurs journalistes du continent ont souligné le décalage entre l’aspect extérieur et les intentions inavouées de la France. Laquelle est accusée de cacher son ambition sous une bonne mine. D’autres commentateurs de cette actualité ont tranché sur le vif. Ils n’ont pas hésité à qualifier cette «conférence internationale sur la Libye» d’«instrument de désignation des gouvernants», de «substitut au tirage au sort», d’«alternative viable à l’auto-désignation».

Il reste que, sur le terrain, la situation en Libye semble démentie et justifie qu’on se pose la question de savoir pourquoi Paris, qui a allumé le feu dans ce pays, prétend avoir des moyens crédibles pour y instaurer la paix. Partant de cela, les bonnes intentions de la France s’éclipsent rapidement devant les déceptions et régressions engendrées par d’autres acteurs. «La Turquie et la Russie doivent retirer de Libye sans délai leurs mercenaires dont la présence menace la stabilité et sécurité du pays et de toute la région», a déclaré Emmanuel Macron. «Nos militaires sont là-bas dans le cadre d’un accord avec le gouvernement libyen. Ils ne peuvent donc pas être mis sur le même plan que des mercenaires qui sont emmenés d’autres pays», a rétorqué Ibrahim Kalin. Le porte-parole de la présidence turque n’a pas manqué de questionner la présence de Wagner. Entre-temps, le Kremlin dément, lui, tout envoi de militaires ou mercenaires en Libye ainsi que tout lien avec le groupe Wagner. Dans cette optique, d’aucuns pensent que Paris brille par une rhétorique dénuée de sens.

L’impression générale qui s’en dégage est qu’on se joue de la Libye et des Libyens. Ceux-ci pensent que le moment n’est pas de refaire leur pays, mais d’empêcher qu’il ne se défasse sous les coups de boutoir de médiocres médiateurs pouvant encore tout détruire, car ne sachant plus convaincre dès lors qu’ils se sont abaissés jusqu’à se faire les servants de la haine. «Parce qu’on sait comment Paris est parvenue à confiner les Libyens dans la culture d’une guerre civile prescrite et figée dans des stéréotypes reconstruits à l’aune de son interprétation de la lutte contre le terrorisme, une nouvelle ingérence de la France dans les affaires libyennes fait craindre encore l’aggravation des inégalités et des logiques d’exclusion, créant en retour autant de frustrations et de révoltes. Toutes choses qui ont provoqué le tremblement de terre géopolitique qui secoue l’espace maghrébo-sahélien aujourd’hui et dont les secousses sont ressenties jusqu’au rivage sud du Sahel. Les fragilités sociopolitiques, territoriales et sécuritaires font tache d’huile chez les voisins de la Libye, faisant toujours planer un risque sécuritaire transnational du fait de la prolifération d’armes», écrit le quotidien algérien Al-Watan.

Ongoung Zong Bella

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