Can 2021 : Le chemin escarpé vers le «Jour dit»

1- La CAN taille patron

Chronique d’une mise en scène pensée dans le haut-lieu du pouvoir.

Paul Biya, le 10 août 2017: «Le Cameroun sera prêt le jour dit»

D’un ton décidé, les deux pieds bien plantés devant quelques jeunes médaillés des compétitions internationales, Paul Biya se pose en combattant et attaque rudement un détracteur inconnu. «La CAN 2019, c’est déjà demain; vous avez rendez-vous avec l’Afrique sportive ici même au Cameroun. Et le Cameroun sera prêt le jour dit, j’en prends l’engagement !», assène-t-il. Souriante, Chantal, son épouse, semble se satisfaire de la lecture des enjeux faite par le président de la République. En face, le gratin politico-administratif, religieux et diplomatique de la capitale est heureux que, sortie de la bouche la plus autorisée, la tenue de la CAN ne se conjugue pas au conditionnel. Tout le monde applaudit.

Prêt
Paul Biya s’est-il approprié la ligne selon laquelle lorsque l’odeur de la poudre se rapproche, il faut créer des conditions de réassurance par rapport à l’adversaire? Peu importe. L’important est l’impact politique de «le Cameroun sera prêt le jour dit» qui indigne les adversaires et embarrasse les détracteurs. En tout cas, il lui fallait dire quelque chose. Quelque chose pour ne pas être aphone et invisible au moment où se forge une partie de l’histoire sportive du pays.

Pour ceux qui l’observent de loin, Paul Biya réinvente ses propres illusions sur la trame d’un réel qu’il entend dompter par l’imposition de son imaginaire. Les uns et les autres se posent la question de savoir si l’assurance du chef de l’État, pleinement assumée, n’arrive pas trop tôt. Dans la presse, il est démontré que le temps dévolu à la construction des stades, hôtels, routes et autres infrastructures de télécommunications s’empresse d’égorger le rêve présidentiel. Présent pendant plusieurs semaines à la une des journaux, le retard accusé par les différents chantiers pèse lourd.

On crie pour Paul Biya, candidat à sa propre succession à la tête du pays. Chez ses ministres et autres valets, tout est prétexte à communiquer autour de la CAN. Grâce à celle-ci, le défi consiste, d’une part, à estomper les aspérités d’un précédent mandat percuté par les divers chocs et, d’autre part, à neutraliser les outsiders qui mettent en doute sa légitimité à se faire le «propriétaire de la CAN». Grâce à celle-ci, le chef de l’État entend transfigurer son bail à Etoudi et accréditer l’idée d’une résurrection sur les décombres d’un bilan qui, aux yeux de ses opposants, s’apparente à autant d’années perdues. Avec la CAN, Paul Biya espère dissoudre toute référence au passé.

Émoussé
Au fil du temps, «le Cameroun sera prêt le jour dit» se vide de sa substance. Via ses ministres, le président de la République assure la promotion de programmes attrape-tout. Dans les réseaux de pouvoir, au nom de la CAN, on se dévore. La gestion de l’argent de la CAN devient un terrain d’affrontements dantesques entre «géants», chacun cherchant à prouver sa virginité pour occuper une position centrale. Comme dans les séries américaines, tout le monde menace tout le monde de procès. Dans les factums, tout le monde jette la suspicion sur la pureté des intentions de tout le monde. Ceux qui côtoient ce «tout le monde soulignent que le but de ce désordre organisé est de permettre à Paul Biya de se refaire une santé politique, tout en évitant de promettre (encore) des lendemains qui chantent aux fans du football.

Jean-René Meva’a Amougou

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