Zone de libre-échange continentale : La quête d’une Aide à la décision pour la sous-région

Les experts gouvernementaux, académiques et de la CEA ont planché sur son processus d’élaboration au cours d’un séminaire organisé du 9 au 10 novembre dernier à Douala.

«Les échanges entre les économies de la sous-région Afrique centrale représentent seulement 2 à 3% du commerce intracommunautaire. Ce qui n’est pas bon». En relevant d’entrée de jeu cette réalité, Ekberg Coulibaly Adama, expert de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), entend insister sur l’urgence d’agir pour renverser la tendance. Et c’est entre autres pour faire écho à ce plaidoyer que les experts gouvernementaux (Bureau national de statistiques, ministères de l’Industrie, du Commerce et de la Planification), académiques et de la CEA ont éclairé le processus d’élaboration de la Decision support model (DSM, en français Aide à la décision, Ndlr) pour l’Afrique centrale.
Le séminaire y relatif s’est tenu du 9 au 10 novembre 2021 à Douala, avec l’ambition de faciliter l’édification et la mise en œuvre de cet outil d’aide à la décision, afin d’ouvrir la voie à l’industrialisation du continent. De fait, cet outil permettra par exemple de savoir avec «précision, quels sont les marchés à cibler», à en croire Ekberg Coulibaly Adama, expert CEA.

Le séminaire sur le modèle DSM comme outil d’alignement des politiques industrielles et commerciales pour le marché de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) a permis d’étudier comment restaurer, capaciter et bien orienter ces politiques. «Nous sommes à un stade où il faut que les experts de certaines administrations publiques, notamment du commerce et du développement industriel, prennent la mesure du défi. Parce qu’il s’agit de faire le lien entre le programme de stratégie de développement industriel de chaque pays et le commerce. D’autant plus que nous allons tous vers le marché commun qui est la Zlecaf», explique Dev-Ray Nkounkou, expert économique.

Méthodologie
Le modèle DSM est indispensable, car pour réussir un marché intracommunautaire, il faut d’abord former des experts. En effet, «cet outil d’aide à la décision peut faire en sorte qu’on puisse désormais mettre à la disposition un réseau d’experts locaux afin de former une masse critique d’experts en Afrique centrale qui soient capables d’utiliser non seulement les outils, les données, mais aussi de formuler des hypothèses et de pouvoir mettre à disposition des informations fiables qui peuvent aider à la prise de décision» précise Dr Adama Coulibaly Ekberg.

Le Cameroun, un modèle

Avec l’avènement de la Zone de libre-échange continentale africaine, plusieurs pays africains, notamment ceux d’Afrique centrale, ont adopté des stratégies nationales Zlecaf avec le soutien de la CEA et de ses partenaires. «En 2020, le Cameroun a été le premier pays de la sous-région à finaliser sa stratégie avec le concours de la CEA, mais aussi à revoir son Plan directeur d’industrialisation (PDI, 2015)», a-t-on appris. Par ailleurs, l’effort d’alignement des deux documents stratégiques s’est produit par l’identification du potentiel commercial des produits camerounais ciblés dans le PDI, ainsi que dans la stratégie Zlecaf sur le marché continental africain. Pour les experts, les résultats de l’approche DSM appliquée au Cameroun ont permis d’identifier les marchés nationaux africains où le Cameroun peut vendre des produits identifiés dans sa stratégie industrielle (PDI) et commerciale Zlecaf, et de faire des estimations du potentiel commercial.

Ils ont dit

Ekberg Coulibaly Adama, Cameroun

«Le DSM permet de prospecter et d’optimiser les ressources»

À travers cet atelier, le DSM est une opportunité de mettre à la disposition de la sous-région un outil qui permettra d’optimiser la démarche et de rechercher des débouchés pour les économies. Dans un contexte d’incertitude comme c’est le cas actuellement au niveau de l’environnement mondial, nos économies sont des économies dans un monde post Covid-19. Elles démarrent dans cette nouvelle ère commerciale des marchés, et il s’agit de générer plus de devises étrangères. Nos économies sont déjà handicapées au décollage par le fait que nous avons moins de moyens financiers et des ressources limitées pour accompagner nos industriels dans la recherche des débouchés. D’où l’intérêt d’avoir un outil qui permette d’aller prospecter, d’examiner comment on peut optimiser les ressources, mutualiser les moyens qui sont habituellement pris pour faire des études de prospection des marchés. Le DSM va donc permettre dans cet espace de plus d’une cinquantaine de pays, de rechercher et de mieux cibler les marchés. C’est un outil analytique dont nous avons besoin comme arme pour pouvoir véritablement donner à chaque industriel et exportateur de l’Afrique centrale, la possibilité d’être un peu plus armé pour aller compétir. Il y a donc urgence.


Arsène Lukusa, RDC
«Mener une politique d’industrialisation et trouver des marchés»

Le système DSM permet de mieux aligner les politiques commerciales et industrielles. Et donc, une telle approche intégrée des deux politiques permet d’une part de mener la politique d’industrialisation en identifiant de manière précise les produits pour lesquels on présente un avantage comparatif. Mais d’autre part, cette approche permet de trouver des marchés potentiels qui puissent faire l’objet de l’écoulement des produits qui ont été identifiés en amont.


Mallaye Douzounet, Tchad
«Analyser ce que la CEEAC peut offrir aux autres CERs»

Ce séminaire a deux avantages. Le premier c’est celui d’un partage d’expérience entre les pays de la CEEAC en termes de politique, d’industrialisation et de diversification économique. Pour s’inscrire dans la Zone de la libre échange continentale Africaine, il fallait un modèle qui allie réellement les politiques d’industrialisation économique. Ce modèle est le décision support model (DSM) qui permet réellement de tenir compte de la demande et de l’offre des produits au niveau de chaque État. Mais comme nous sommes dans l’espace de la CEEAC et qu’à l’avenir nous serons dans l’espace de la Zlecaf, il est important de pouvoir analyser ce que les pays de la CEEAC peuvent offrir aux autres Communautés économiques régionales pour que réellement nous ne soyons pas à la traîne. Le modèle DSM permettra à nos pays respectifs de pouvoir les implémenter.

Dev-Ray Nkounkou, Congo Brazzaville
«L’outil DSM est pertinent, mais il faut se l’approprier»

Il faudrait que nous ayons des outils pertinents qui vont nous permettre d’intégrer des opportunités d’exportation. À la base il faut renforcer d’abord la diversification économique dans chacun des pays pour que nous ayons la capacité d’avoir une production de qualité et des produits qui peuvent être compétitifs sur le marché Africain. En cela, l’outil DSM est pertinent, mais il faut se l’approprier. Nous lançons un appel à l’expertise de la CEA pour organiser si possible un atelier d’appropriation pratique ou la méthodologie DSM sera déroulée en bonne et due forme. C’est-à-dire l’identification des indicateurs jusqu’à la formalisation d’un certain nombre d’équations pour voir comment est-ce qu’on peut rassembler tous ces indicateurs aussi bien quantitatifs que qualitatifs.

Léopold Kouandongui, RCA
«La RCA est en retard par rapport au dossier Zlecaf»
Je suis présent à cet atelier pour voir comment ça se passe, puisque la RCA est en retard par rapport au dossier Zlecaf. On va aller appliquer avec nos collaborateurs et partenaires des ministères du Commerce et de l’Industrie et aussi prendre ces acquis pour intégrer dans le cadre de l’analyse commune du pays que les nations Unis font dans différents pays.

Propos recueillis par Diane Kenfack

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