Éléments de vérité

«La célébrité, c’est humiliant. On s’inscrit rarement dans la légende sans une once de soufre».

Cette phrase du regretté Pr Jean-Baptiste Obama mérite de paraître en gras dans les archives de notre société où, depuis quelques jours, l’heure sonne avec des histoires de sexe sur la toile. Au-delà de la recherche d’un certain exotisme et d’une curiosité légitime, l’élément de vérité est que voilà des scandales qui révèlent une question sensible plus ou moins abordée : quelques-uns de nos fils et filles sont-ils des icônes exemplaires?

De prime abord, l’élément de vérité est que la période actuelle semble se caractériser par une inflation de l’intérêt porté aux figures dont la notoriété ne provient plus de leurs activités publiques. Dans tous les cas, ce que font des personnes longtemps présentées comme des icônes est sanctionné par l’emploi d’un vocabulaire spécifique, dont les évolutions dessinent les différents visages pris par les phénomènes d’homosexualité, de pédophilie et de publication de scènes intimes au Cameroun depuis peu. Il faut bien le dire, quelques-unes de nos icônes cherchent à accroître leur propre renommée, en puisant dans le réservoir de leurs images érotiques personnelles.

Corrélativement, l’étalage sur la toile des pratiques sexuelles (celles, en particulier, qui sont les plus ostensiblement contraires à nos interdits) va de pair avec une économie du sexe qui s’épanouit déjà très bien chez nous. Dans ce marché-là, quelques-unes de nos icônes du sport, de la musique, du clergé, des médias et même de la politique, via une jubilation profanatrice de nos mœurs, ont choisi d’instrumentaliser leurs pulsions et de saturer l’espace public avec des images moralement indigestes. Entre-temps, certaines voix dénoncent un phénomène hors de contrôle. Tandis que d’autres voix craignent l’imminence du chaos, puisque déjà, même des jeunes collégiens et lycéens travaillent pour la massification de la production.

L’élément de vérité est que, parmi ceux ou celles que notre société a érigés en modèles, il y en a qui ne sont pas exemplaires. Ce qu’on voit ou entend au Cameroun, depuis au moins deux décennies, est bien plus qu’un simple témoignage du dévergondage de quelques-uns de nos grands noms du sport, du clergé, de la musique, des médias et de la politique. Dans ces milieux-là, si le temps de la crainte de poursuite pour «outrage aux bonnes mœurs» est bien loin, celui des orgies et orgasmes mystiques sur la toile ne date pas. Ainsi, nous sommes entrés dans l’ère des libidos errantes, offrant de multiples expressions médiatisées à une sexualité qui se veut sans tabous.

Où les pratiques vécues ou fantasmées ne reculent devant rien. Où les corps, les organes sexuels et l’acte sexuel sont brutalement, immédiatement donnés à voir, c’est-à-dire absorbés ou résorbés du même coup. Où l’on veut exposer, sans états d’âme et sans fioritures, ce qui relève du plus intime de l’univers sexuel. Où les repères normatifs sont en réelle perte en vitesse. Où les notions d’indécence, de transgression apparaissent désuètes au regard de l’exploitation démoniaque du sexe, dont l’interprétation triviale consiste à dire que «les gens sont libres de faire ce qu’ils veulent de leurs corps». Celui qui se lève pour indiquer les désastres produits par cet état de choses est vite «recadré» par des associations des droits de l’homme. Et pourtant, l’élément de vérité que ces associations taisent est que l’exploitation démoniaque du sexe est interdite chez nous.

Jean-René Meva’a Amougou

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