De la légitimité illégitime

Paul Atanga Nji qui annonce des représailles. Albert Mbida qui insiste. Le ministre de l’Administration territoriale (Minat) donne l’alerte. Contre le membre du gouvernement, le sénateur prend les armes du droit.

Le ministre
de l’Administration territoriale

Aujourd’hui, sa collusion avec le pouvoir prend une tournure tragi-comique, puisque, en réponse au Minat, celui qui dit être le seul à parler au nom de la Fédération camerounaise de football (FECAFOOT) a publié une note le 3 novembre 2021. Eu égard à sa tonalité, le document s’apparente surtout à un souverainisme hostile à l’intrusion du patron de la Territoriale dans les affaires gérées par l’actuel Comité exécutif provisoire, né de l’Assemblée générale «légitime» de la FECAFOOT du 12 octobre 2021. Dans ce climat délétère où intrigues galantes, scandales et secrets d’alcôve font souffler leurs vents, il est à prévoir que l’issue de ce bras de fer va s’apparenter à une course de vitesse entre Paul Atanga Nji et l’équipe d’Albert Mbida.

Au-delà, le sujet est vieux et immense. Malgré les engagements répétés des uns et des autres à mettre de l’ordre dans le football camerounais, la voie raisonnée de la réconciliation est loin d’être empruntée. Depuis au moins deux décennies, l’échelle de notre sport-roi est construite sur un désordre combinant déficit et/ou crise de légitimité. Tel est légitime, tel autre ne l’est pas.

À la FECAFOOT, la légitimité ne fait jamais l’unanimité. Pour en faire un concept opératoire, des camps se forment, chacun exigeant certains critères. À la Tour de Tsinga, dès lors que la légitimité est contestée, il n’y a plus de dialogue possible entre les adversaires, parce qu’ils ne parlent plus la même langue. Quand disparaît le consensus sur ce qui est considéré comme légitime, il ne reste plus le moindre terrain d’accord. Au finish, les débats deviennent idéologiques au lieu de demeurer pragmatiques. Parfois, des concessions peuvent être faites, mais elles passent pour un moyen tactique de raffermir sa propre position et de remettre en question la légitimité de l’adversaire.

Oui, à la FECAFOOT, depuis au moins deux décennies, les équipes dirigeantes changent à intervalles réguliers. Et, paradoxalement, cela est courant parce qu’il existe des règles en bonne et due forme qui régissent le remplacement d’un ensemble de dirigeants par un autre. Et à chaque fois, des hommes, exaltant leurs qualités exceptionnelles à reformer le football camerounais, ont empli les esprits et les cœurs d’espérances messianiques, en se répandant en déclarations fleuries sur la bonne gouvernance. Sauf que, de temps à autre, un scandale éclate, dont le bruit s’éteint vite, et, pendant ce temps, les pots-de-vin, commissions et autres bakchich continuent leurs parcours discrets.

Chacun peut s’en rendre compte facilement : à la FECAFOOT, les débats autour de la légitimité sont de plus en plus fréquents, qu’il s’agisse d’en revendiquer ou d’en contester une. Pas une réunion sans que des membres d’un clan reprochent un manque de légitimité à l’autre. Dans ce jeu, c’est le gouvernement qui rétorque que tel ou tel groupe n’a pas de légitimité à s’exprimer au nom de la FECAFOOT, parce qu’il n’est pas représentatif ou parce que lui seul, élu, a la capacité de dire l’intérêt général. Plus largement, c’est la demande de justifications de décision ou de prise de position qui devient de plus en plus fréquente: «au nom de quoi … faites-vous, dites-vous, pensez-vous … ceci ?», Desperate football house!

Jean-René Meva’a Amougou

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