Dona Simoa : Nouveau prétexte à de vieux différends

De l’avis des experts, l’interpellation, il y a un an, du navire battant pavillon camerounais relève des anciennes problématiques frontalières entre la Guinée Équatoriale et le Cameroun.

Francis Metou’ou est certainement heureux de retrouver son Cameroun natal après de longs mois de détention à la prison de Black Beach à Malabo. Le capitaine et six membres de l’équipage (Etienne Simplice Nankeng, mécanicien en çhef; Junior Mbem Hob, officier en chef; les matelots Joseph Nkeng; Fabrice Jiogho Njiokeng; Jean Bonolock Ba Nkot et Yenda Patll) du navire battant pavillon camerounais ont définitivement quitté ce haut-lieu de détention de la capitale équato-guinéenne le 27 septembre 2021 dans l’après-midi. Depuis le 17 octobre 2020, ils y croupissaient sous les charges de «violations du droit maritime international». «Leur libération n’a été ni un exercice simple, ni le fruit du hasard», affirme (ce 6 octobre 2021) une source de première main au ministère camerounais des Relations extérieures (Minex).

Pour mieux se faire comprendre, notre interlocuteur parle de «négociations lentes, rarement certaines, suscitant de fortes répercussions diplomatiques, tant à Yaoundé qu’à Malabo». Menées par Désiré Jean Claude Owono Menguele, l’ambassadeur du Cameroun en Guinée Équatoriale, lesdites négociations ont duré près de onze mois. «Le message s’adresse aux Camerounais qui font du transport afin qu’il respecte la circulation maritime internationale. Parce que si ceci est arrivé, c’est par rapport à un certain nombre d’éléments vus par les autorités de Guinée Équatoriale comme des violations du droit maritime international», a dit le diplomate sur la chaine de télévision privée Canal 2 International, le 30 septembre dernier.

Bon voisinage
À l’épreuve du décryptage, ce propos montre que les autorités camerounaises ont dû faire profil bas: «Yaoundé s’étant surtout attaché à entretenir les meilleures relations avec ses voisins immédiats», souffle notre source au Minrex. Cette dernière s’arrête d’ailleurs sur le droit maritime: «la haute mer est un espace dont le périmètre est déterminé par défaut par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM). Son champ d’application comprend toutes les parties de la mer qui ne sont comprises ni dans la zone économique exclusive, la mer territoriale ou les eaux intérieures d’un État, ni dans les eaux archipélagiques d’un État archipel».

Nouveau théâtre d’affrontement
Une autre argumentation de notre informateur ne manque pas d’intérêt. «La persistance des litiges frontaliers est l’un des facteurs explicatifs de l’ingouvernabilité maritime en Afrique centrale. En effet, les litiges dans le domaine maritime participent du maintien des tensions entre les États et freinent la libre circulation dans les espaces considérés. Pourtant, il y a la convention de la Cemac sur la marine marchande de 1992, qui a été ratifiée par la Guinée Équatoriale et qui entre en droite ligne avec celle de 1952 sur le droit de la mer», dit-il.

Sur le coup, l’interpellation (il y a un an) de Dona Samoa «résonne comme le prolongement des différends antérieurs entre le Cameroun et la Guinée Équatoriale», démontre Luc Fagnigni. Aux yeux de l’expert camerounais des questions de géostratégie, «les considérations de géopolitique sous-régionale n’ont pas été sans influence sur la réaction de Malabo contre l’équipage de Dona Samoa et ont constitué, à coup sûr, un élément supplémentaire dans la sédimentation de la tiédeur dans les relations bilatérales entre les deux pays. La Guinée Équatoriale est aujourd’hui impliquée dans des conflits portant sur la détermination de ses frontières nationales maritimes avec le Nigeria et le Cameroun. Il va de soi que ce statut ambigu n’est pas en voie de clarification. Au contraire, tous les efforts pour mieux définir le statut de la Guinée Équatoriale au regard de l’économie politique mondiale et des dynamiques régionales de pouvoir ont jusqu’à présent échoué».

Tout en reconnaissant que Yaoundé et Malabo ont signé un ensemble de documents (traité de bon voisinage en 1980; accord portant création de la Commission mixte permanente de sécurité transfrontalière et le règlement intérieur du comité de suivi des questions consulaires conclu en 2012) permettant de résoudre pacifiquement et par voie diplomatique des problèmes qui pourraient surgir entre les deux pays, Luc Fagnigni admet aussi que «Malabo semble déporter les différends terrestres en mer en bafouant le droit de la mer, en imposant ses propres notions; surtout lorsqu’on sait que depuis la rétrocession le 14 août 2008, de la péninsule de Bakassi au Cameroun par le Nigéria, se pose toujours le problème de la délimitation de la frontière maritime entre la Guinée Équatoriale et le Cameroun».

Jean-René Meva’a Amougou

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