Opérateurs de téléphonie mobile : Plus malins que le diable

Selon le Gouvernement, ils font de copieux bénéfices sans se soucier de leurs cahiers de charges respectifs.

La Minpostel à l’inauguration de l’Orange digital center

À Douala, le 15 octobre 2021, la cérémonie d’inauguration de l’Orange Digital Center Cameroun était un beau présage pour la célébration du partenariat public-privé. Dans l’euphorie voulue par la filiale camerounaise du géant français de télécoms, une phrase de Minette Libom Li Likeng a sonné comme un coup de tonnerre. «Les partenaires se doivent un impératif de vérité», a insisté la ministre des Postes et Télécommunications (Minpostel). En surcroît, cette dernière relève que «l’on comprendrait difficilement, les attitudes, si ce n’est de défiance vis-à-vis des autorités, du moins de non-respect des obligations contractuelles et, de résistance à des mesures gouvernementales». Entre les lignes, l’impression dominante est celle d’un marché de dupes.

Asymétrie
Comprendre les mécanismes qui conduisent Minette Libom Li Likeng à le dire, c’est se référer à la dynamique asymétrique entretenue par les opérateurs de téléphonie mobile au Cameroun. Sur cet aspect, le discours de la Minpostel grouille d’indices sur des attitudes et des actions aux conséquences parfois effrayantes: bases de données inexactes, grande vulnérabilité aux menaces de sécurité due aux mises à jour insuffisantes, aux certificats de sécurités non valides, à la non-maîtrise des techniques des hackers et malware, un faible débit entrant des paquets Internet, d’où des lenteurs de téléchargements et de partage de données, l’insuffisance des investissements par rapport à l’accroissement du nombre des abonnés (plus de huit millions d’utilisateurs Internet, un taux de pénétration du mobile de 90%, un taux de pénétration du Smartphone de près de 40% en 2020, selon l’Observatoire national des Télécommunications de l’ART, NDLR).

Mais, relève Minette Libom Li Likeng, il y a plus. À Douala le 15 octobre dernier, elle a notamment évoqué «le boycottage actif du Switch d’agrégation des communications électroniques ou le peu d’enthousiasme à participer aux sessions du Cercle de Concertation Permanente Public-Privé du secteur des Postes et Télécommunications (CPPT), les atermoiements dans la mise en œuvre des recommandations 12 12 de l’audit de la qualité de service prescrit par le président de la République, le non-respect du périmètre des conventions de concession par les opérateurs concessionnaires et le refus d’interconnexion des opérateurs titulaires de licences et de déclaration préalable».

L’on se rappelle qu’à Yaoundé le 7 juillet 2021, lors du forum d’information et d’échanges avec les députés sur la problématique de la qualité des services des communications électroniques au Cameroun, la Minpostel avait pointé «la médiocrité technique de l’offre Internet, le siphonage de crédit de communication, les difficultés à porter un numéro d’un opérateur à un autre, les difficultés à émettre des appels téléphoniques et les publicités mensongères».

À en juger par les faits, il n’en reste pas moins que les attentes de l’État du Cameroun vis-à-vis des multinationales de télécoms ne sont pas satisfaites au regard des bénéfices (par exemple, «l’opérateur Orange Cameroun a affiché en fin 2020, des revenus de 329 millions d’euros soit 216,38 milliards FCFA. Cette performance d’Orange Cameroun est en hausse de 5,16% par rapport à l’année 2019, avec un parc d’abonnés de 9,26 millions au mobile en hausse également», dixit Minpostel). D’où l’urgence de la mise en œuvre des recommandations de l’audit de la qualité de service des communications électroniques. Et pourtant, celles-ci ont été répercutées à chaque opérateur afin de corriger toutes les défaillances constatées. Jusqu’ici, aucun frémissement.

Jean-René Meva’a Amougou

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