20 ans après les attentats du 11 septembre, l’Afrique au front…

L’Afrique, prise en otage dans la guerre entre les terroristes d’Al-Qaïda et les États-Unis, n’a pas échappé aux conséquences de la «guerre contre la terreur», décrétée par George W. Bush après les attentats: renforcement des mesures de sécurité intérieure dans un bon nombre de pays d’Afrique avec le soutien des États-Unis et des Européens, mais aussi gel des financements aux associations musulmanes, discrimination et méfiance entre communautés.

Ministre plénipotentiaire, sous-directeur de l’Union africaine au ministère camerounais des Relations extérieures

Simon Pierre Omgba Mbida

Il y a vingt ans, les attentats du 11 septembre 2001 à New York et Washington ont été accueillis avec crainte et stupeur. Ils ont marqué un tournant majeur concernant la place du terrorisme dans les préoccupations internationales. Malgré leur portée symbolique, ils ne faisaient que s’inscrire dans une tendance évidente depuis plusieurs années. Ainsi par exemple, en 1998, l’Afrique de l’Est était touchée par le groupe terroriste al-Qaïda. Le 7 août 1998, des attaques presque simultanées, à 10 minutes d’intervalle, ont eu lieu à Nairobi et Dar es Salam. Des camions piégés ont explosé devant les ambassades américaines, tuant au moins 224 personnes (213 au Kenya, 11 en Tanzanie) et faisant plus de 4 000 blessés.

C’était le premier acte des terroristes sur le continent. À Nairobi, 23 ans plus tard, la mémoire de l’attaque est toujours douloureuse. Sur le site du drame, se tient désormais un mémorial en l’honneur des victimes. Un modeste musée et un jardin en plein cœur du centre-ville de Nairobi. Donc en réalité, les attentats du 11 septembre 2001 n’ont fait que porter au degré supérieur et plus global une pratique de la terreur déjà bien développée depuis le mouvement anarchiste, les guerres de libération, les luttes anti rébellions et les affrontements de la guerre froide. Ce n’était pas la première attaque terroriste perpétrée aux États-Unis, mais l’horreur des destructions et la détermination des terroristes font qu’une ère de plus grande incertitude s’est ouverte.

Il apparait quelque peu aisé de décrire et de cerner ce qu’est le terrorisme. Il s’agit d’un recours illégitime à la violence contre des individus ou des biens afin de contraindre et intimider des États et des sociétés pour des revendications politiques exprimées la plupart du temps en termes sociaux, économiques ou religieux. Il se distingue fondamentalement de la criminalité, organisée ou non, par le fait que son objectif premier n’est pas un gain financier. Sa forme varie sans cesse, notamment en fonction des cycles de la répression dont il fait l’objet. Un grand nombre d’organisations politiques ou criminelles ont recouru au terrorisme pour faire avancer leur cause ou en retirer des profits. Des partis tous bords politiques confondus, des groupes nationalistes, religieux ou révolutionnaires, voire des États, ont commis des actes de terrorisme.

À ce titre, on observe principalement quatre grands types de terrorisme :

• le terrorisme individuel, provoqué par des rebelles, des anarchistes, ou des nihilistes;

• le terrorisme organisé, prôné par des groupes défendant des idéologies différentes;

• le terrorisme d’État;

• le cyber terrorisme.

On s’interroge dès lors sur la nature et la signification de ces opérations terroristes: allaient-elles se multiplier dans les pays développés? Quelle parade pouvait-on leur opposer? À ce stade, l’onde des évènements du 11 septembre 2001 semblaient étrangère au continent africain.

L’Afrique, prise en otage dans la guerre entre les terroristes d’Al-Qaïda et les États-Unis, n’a pas échappé aux conséquences de la «guerre contre la terreur», décrétée par George W. Bush après les attentats : renforcement des mesures de sécurité intérieure dans un bon nombre de pays d’Afrique avec le soutien des États-Unis et des Européens, mais aussi gel des financements aux associations musulmanes, discrimination et méfiance entre communautés. Les attentats ont créé de puissantes vocations de djihadistes un peu partout dans le monde avec une multiplication de franchises se réclamant de l’organisation d’Oussama Ben Laden, AQPA (Al-Qaïda dans la péninsule arabique), AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique), etc.

Les djihadistes ont découvert ce jour-là la vulnérabilité des États modernes en général, et des États-Unis d’Amérique, en particulier. Le 11 septembre a traumatisé le monde occidental et ouvert des perspectives aux apprentis djihadistes, donnant l’occasion à Oussama Ben Laden et ses amis de s’ériger en une espèce de leader du djihad. Sans le 11 septembre, Al-Qaïda n’aurait jamais été l’organisation qu’elle a été. Elle a pu recruter des combattants et avoir une aura en Afrique, mais surtout au Maghreb. Cet événement a quasiment contraint les djihadistes isolés à faire allégeance à Oussama Ben Laden. Elle a eu soudain l’image d’une organisation super puissante, capable de changer les rapports de forces et multiplier les vocations.

À cet égard, il est loisible de citer avec amertume la sinistre et meurtrière attaque terroriste du centre commercial Westgate perpétrée du 21 septembre 2013 au 24 septembre 2013 à Nairobi au Kenya, tuant 68 personnes et en blessant plus de 200 autres. Le groupe djihadiste islamiste al-Shabaab d’origine somalienne avait revendiqué ces attaques qu’il présenta comme une riposte aux actions menées en Somalie par l’armée kényane.

Tout au long de l’année 2014, Boko Haram est régulièrement entré au sein du territoire camerounais, à la frontière nord, pour y effectuer de légères démonstrations de forces (vol de bétail, destruction de récoltes) puis disparaitre aussitôt.

Les pays du Golfe de Guinée sont clairement dans le collimateur de ces organisations. Elles veulent s’en prendre aux intérêts des États occidentaux, principaux défenseurs des régimes en place. L’État islamique a l’objectif de terroriser, conquérir des territoires et soumettre des populations. Ces pouvoirs fragiles, sans ressources comme au Sahel, corrompus et favorisant les inégalités sociales pourraient bien s’écrouler. Les djihadistes semblent être aujourd’hui la force la mieux organisée dans la région. La plupart de ces groupes islamistes ont émergé en Afrique dès le début des années 2000. On en trouve certes ailleurs dans le monde, mais c’est en Afrique que les combattants sont le plus actifs : du Burkina Faso au Mali en passant par le Cameroun, le Tchad, le Kenya et la Somalie.

Comme conséquences dommageables, préjudiciables et directes des attentats du 11 septembre 2001 en Afrique subsaharienne en général et dans le Golfe de Guinée puis le Sahel en particulier, on peut relever pour le déplorer les activités terroristes et criminelles du groupe sunnite pour la prédication et le djihad, plus connu sous le surnom de Boko Haram, qui est un mouvement insurrectionnel et terroriste d’idéologie salafiste djihadiste. Ce groupe lugubre est formé en 2002 à Maiduguri par le prédicateur Mohamed Yusuf, le groupe est à l’origine une secte qui prône un islam radical et rigoriste, hostile à toute influence occidentale. En 2009, Boko Haram lance une insurrection armée dans laquelle Mohamed Yusuf trouve la mort. En 2010, Abubakar Shekau prend la tête du mouvement, qui devient un groupe armé et se rapproche des thèses djihadistes d’Al-Qaïda, puis de l’État islamique.

Le 7 mars 2015, Boko Haram prête allégeance à l’État islamique, que ce dernier reconnaît officiellement cinq jours plus tard. Le groupe prend alors le nom d’État islamique en Afrique de l’Ouest ou de Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique. Mais en août 2016, il se scinde en deux : Abubakar Shekau est écarté par l’État islamique pour «extrémisme» et est remplacé par Abou Mosab al-Barnaoui. Opposé à cette décision, Shekau prend alors la tête d’une faction qui ré-adopte son ancien nom de «Groupe sunnite pour la prédication et le djihad», tout en maintenant son allégeance à l’État islamique. Des combats finissent cependant par éclater entre les deux factions et Shekau est tué par les hommes de Barnaoui en 2021.

Le mouvement est à l’origine de nombreux massacres, attentats et enlèvements à l’encontre de populations civiles de toutes confessions, au Nigeria mais aussi au Cameroun, au Niger et au Tchad. Il est responsable de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et est classé comme organisation terroriste par le Conseil de sécurité des Nations unies le 22 mai 2014.
Tout au long de l’année 2014, Boko Haram est régulièrement entré au sein du territoire camerounais, à la frontière nord, pour y effectuer de légères démonstrations de forces (vol de bétail, destruction de récoltes) puis disparaitre aussitôt.
Ainsi donc, suite à ces nombreuses incursions, à la faveur d’un mini-sommet sur la sécurité dans la sous-région d’Afrique centrale tenu à Paris à l’initiative de la France le 17 mai 2014, le Cameroun, à travers son chef d’État, chef des armées, chef de la diplomatie, le président de la République Paul Biya, déclare la guerre à Boko Haram. Il faut cependant rappeler que l’armée camerounaise et Boko Haram s’affrontent pour la première fois le 2 mars 2014, lors d’un combat à Fotokol. À la fin du mois de mai, le Cameroun déploie 3 000 soldats pour protéger l’extrême nord de son territoire des incursions djihadistes.

Les événements tragiques du 11 septembre constituent une césure historique. Il y a un avant et un après 11 septembre, car la donne politique est durablement bouleversée par ces attentats. Sur le plan politique, la violence extrême infligée à des civils sous les yeux des médias devient un phénomène récurrent qui s’universalise. Sur le plan stratégique, le terrorisme et l’anti-terrorisme deviennent pour deux décennies, les deux forces qui se livrent une gigantomachie à savoir selon la mythologie grecque, la guerre entre les géants et les olympiens sur tous les continents: en Amérique du Nord, puis en Europe, en Asie et aujourd’hui en Afrique. Le terrorisme, ses réseaux, ses objectifs, ses chefs et ses modes d’action deviennent par conséquent le phénomène politique majeur.

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