De Kyé-Ossi à Ebebiyin : Une virée entre les «deux cousins»

Dans le cadre de la matérialisation de l’intégration communautaire, le Réseau des femmes actives d’Afrique centrale a visité Ebebiyin le 26 août dernier. Objectif: partager et échanger avec le peuple frère et voisin de Guinée Équatoriale. Un carnet de route riche en cultures et en moments intenses.

Presvualie Ngo Nwaha (stagiaire)

À l’occasion de la 12e édition de la Foire transfrontalière annuelle d’Afrique centrale (Fotrac), Kyé-Ossi (dans le département de la Vallée du Ntem) s’est érigé en site d’accueil de l’évènement socioéconomique et festif présidé le 21 août 2021 par le gouverneur du Sud (représentant le ministre du Commerce), Félix Nguele Nguele.

D’autres autorités administratives locales et étrangères ont pris part au lancement de ladite édition telles que le gouverneur du département de Woleu-Ntem (République du Gabon), le Consul général de la Guinée Équatoriale, les représentants du bureau régional des Nations unies pour l’Afrique (Unoca), ceux de la GIZ et d’autres organisations internationales, en plus des membres du Réseau des femmes actives d’Afrique centrale et la Communauté économique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC).

La commune de Kyé-Ossi n’a pas été choisie au hasard pour abriter les activités et les invités de la Fotrac. Elle représente la ville des trois frontières, située entre le Gabon, la Guinée Équatoriale et le Cameroun. Raison pour laquelle le comité d’organisation a prévu des descentes dans les pays voisins du Cameroun.

Direction Ebebiyin
À midi, ce 26 août 2021, environ une centaine de personnes se font enregistrer. Près d’une dizaine de véhicules disponibles. Pour l’embarquement, Danielle Nlate et sa secrétaire veillent aux grains. «Assurez-vous que les étrangers soient pris en charge les premiers. Lorsqu’on est chez soi, on accueille les étrangers. Ne vous inquiétez pas nous seront tous du voyage», prescrit la présidente du Refac. Centrafricains, Tchadiens, Gabonais, Rwandais, Camerounais se sont mis ensemble, prêts à aller à la découverte de la Guinée Équatoriale. Minibus et voitures roulent en chaîne vers la frontière Cameroun-Guinée Équatoriale.

Moins d’un quart d’heure de route, le cortège emprunte l’axe central menant au marché de Kyé-Ossi à la frontière encore appelée «Shell de Kyé-Ossi Guinée-Cameroun». Danielle Nlate, présidente des femmes actives d’Afrique centrale prend acte des formalités. Elle arpente les routes accompagnée de son comité d’organisation. La secrétaire de cette dernière passe et repasse avec des listes en mains, d’autres se chargent de compter les passagers qui prennent part au voyage. La présidente est assistée de la commissaire Atangana (chef de poste de la police des frontières du Cameroun), du préfet d’Ebebiyin et du préfet de Bitam côté équato-guinéen.

Près d’une heure trente minutes pour pénétrer sur le territoire voisin. Sur les raisons d’une telle attente, Danielle Nlate s’exprime : «il n’y avait pas de problème. Si oui, un problème d’indiscipline des participants qui s’enregistraient tardivement ou le même jour. Pourtant, les autorités attendaient les listes 48 heures avant pour faciliter l’entrée. Mais à la dernière minute tout le monde veut y aller». Dr. Boujieka quant à lui prétend que le passage du Cameroun pour la Guinée Équatoriale a été difficile à cause de nombreux facteurs. «Premièrement, nos frères voisins sont très influencés par leurs productions de biens nationaux, du pétrole pour être précis. Ils ont un seuil de vie élevé par rapport aux Camerounais qui ont la capacité d’aller s’installer ailleurs puis entreprendre.

Donc ils résistent à ce qu’on pourrait appeler l’envahissement des Camerounais. Deuxièmement, leur attitude peut se justifier par la méfiance employé par tout Guinéen à l’endroit du Camerounais suite aux exactions et actions reprochées à ce dernier» (membre du comité d’organisation).

Pourtant, la délégation présente sur les lieux n’était pas essentiellement camerounaise. Dans le cours des réactions, une jeune femme présente à la Shell s’indigne : «c’est assez triste qu’en étant des pays voisins on mette autant de temps juste pour une visite et qui est dans le sens de la fluidité économique du pays voisin, puisque nous y allons pour faire des achats et rentrer. C’est désolant mais bon, c’est aussi dû aux mauvais comportements de certains au niveau de la frontière et même dans le territoire équato-guinéen. Mais en tant que pays pauvres, c’est dans un élan d’entraide et de soutien que nous devons entretenir nos relations afin d’accentuer le développement économique de l’Afrique».

Quoi qu’il en soit, tous ces différends et ces différences justifient la cause et la vision de la Fotrac dont Danielle Nlate est dépositaire. La présidente du Refac continue de croire à une réelle intégration et une facilitation concrète des échanges. Elle indique du reste à ce sujet que «nous travaillons à rétablir ces liens de solidarité; d’affection qui avaient existé dans le temps. Nous réussissons tant bien que mal à nous faire accepter».

À Ebebiyin
À 14 heures, les forces de l’armée équato-guinéenne ont ouvert la barrière en signe d’accueil. Escortés par celles-ci, c’est au centre commercial Champion que nous découvrions Ebebiyin, la première province de Guinée Équatoriale. Les activités qui y sont exercées par les jeunes tournent plus autour du commerce et des travaux publics. Deux chemins permettent de s’y rendre. En passant par l’axe principal, on peut apercevoir le cimetière d’Ebebiyin. Dominique, notre correspondant d’origine équato-guinéenne installé entre Kyé-Ossi et Ebebiyin, indique : «avant que je n’oublie, il y a des postes de contrôle : la cathédrale, le camp militaire, l’hôpital catholique, l’ancien et le nouveau tribunal et un collège. Je pense que ce sont les infrastructures de cet axe».

Par la route déviante, celle prise par le cortège, le décor présente le bâtiment de la Banque des États de l’Afrique centrale ou encore le Stade d’Ebebiyin. Malheureusement, nous n’avions pas accès à ces sites, car interdit d’accès par l’escorte d’hommes en tenue qui sécurisait le voyage.

Selon le guide de voyage, le délégué de la Fotrac: «ils ont reçu comme consigne de s’arrêter au centre commercial Champion». La délégation venant du Cameroun s’arrête à 100 mètres du centre commercial Champion. Du poste de contrôle au centre commercial Champion, la distance est de «4 km», selon notre correspondant.

Les visiteurs envahissent les rayons du centre commercial, munis des chariots de tailles différentes. Vu le caractère abordable des prix, c’est le rayon des vins et des whiskies qui est le plus fréquenté. Ceux qui exercent dans la commercialisation des boissons alcooliques trouvent leur compte dans ce marché. À leurs côtés, d’autres s’approvisionnent pour leurs bureaux, leurs entreprises ou leurs domiciles. Pour une infime partie d’entre eux, ces vins vont constituer des cadeaux pour des proches de retour en terre natale. L’activité dure près de 2 heures.

Du côté gauche, les hommes se sont assis au minibar pour se désaltérer et observer le paysage. Les plus jeunes profitent de l’opportunité qui leur est offerte d’être en Guinée Équatoriale pour immortaliser l’instant avec des photos et vidéos. En moins de 5 heures d’excursion, les peuples, les cultures, les drapeaux et les devises se sont réunis autour d’une même cause. C’est précisément l’objectif visé par le Refac. À plus de 17 heures, les forces armées rappellent les touristes pour un nouvel embarquement pour rallier la frontière avant la fermeture prévue à 18 heures précises.

Presvualie Ngo Nwaha (stagiaire)

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