Pauvre et indispensable Afrique

Dans ses réflexions consacrées au devenir de l’Afrique, Aimé Mathurin Bakoto, le consultant en économie propose des formules propres à résoudre la difficile équation d’une véritable émergence du continent.

Scandale géologique, réservoir de matières premières, l’Afrique joue un rôle de premier plan dans l’économie de la planète. Elle est convoitée par les pays en expansion de développement comme la Russie, le Brésil et surtout la Chine, et elle aiguise aussi l’appétit des multinationales de par le monde, qui y font, malgré la crise, des juteux bénéfices. En quelques années, le continent est devenu la plaque tournante du système, l’élément indispensable dans la guerre Froide. Oui, tous les pays du monde se sont donnés rendez–vous en Afrique. Hélas, après soixante ans d’indépendance, je dirais d’Autonomie de jure, accordée à la pelle, et à qui la demandait dans les années 1960, les relations entre le continent noir et les autres puissances sont restées, je dirais, demeurent marquées par la très forte domination des seconds sur les premiers.

Les impérialistes qui se cachent sous le vocable pompeux et vide de sens de «communauté internationale» utilisent deux choses pour orienter leur cours. Lors de la dernière session de la Cedeao, il y a une scène qui a beaucoup marqué les esprits, et démontre la fragilité extrême des pays africains. La scène se déroule à Abidjan. Le président guinéen Alpha Condé déclare qu’il est temps, que la tutelle colonisatrice est trop pesante et devrait laisser les pays africains se débrouiller seuls; et le président ivoirien qui le reprend en lui rappelant qu’il était en direct. Rire dans la salle. Et le président guinéen de continuer, qu’il assumait ses propos : six mois, plus tard, le président Alpha Condé était renversé par un coup d’État dirigé par des militaires blancs.

Communauté internationale
Les deux choses qu’utilisent la communauté internationale, c’est-à-dire les pays tels que la France, les Usa, la Grande Bretagne, les institutions financières internationales, c’est l’argent (aide financière, refus d’annuler la dette asphyxiante et inique) et le droit (OMC, APE etc.)

L’Afrique peine à affirmer ses intérêts malgré les trésors que constituent son sol et sous-sol. Il convient de noter que l’émergence de quelques dirigeants pouvant desserrer l’étau international est obstruée par les interventions directes, ou indirectes des anciens pays colonisateurs.

Plus grave, au-delà de toutes ces tractations des puissances, les Africains, ceux que nous appelons ici des «élites», ne semblent pas capables de vision, de l’intérêt commun, mais de reprise de l’idéologie néo-libérale. Elles sont déconnectées des préoccupations populaires, ne pouvant (ou ne voulant) pas utiliser ces richesses de leurs pays pour changer les rapports de force mondiaux.

Eux par conséquence, ouverts au libre-échange, apparaissant, comme un miroir qui grossit l’ordre économique mondialisé. Le marché s’implante en traduisant famine et inégalités mortelles. Il y a lieu de se demander si nos États ne sont pas complices des multinationales qui exploitent sans vergogne les salariés sans droit.

L’Afrique est vraiment l’entropie du monde. Le chaos est l’unité de mesure sociale et humaine.
En cela, elle nous apprend sur nous-même; elle est indispensable.
La crise financière actuelle jette le doute sur le libéralisme économique; le champ de tous les possibles politique me semble ouvert. Les peuples protestent, grèvent, manifestent, tandis que les pouvoirs se crispent. À chaque élection, il y a son lot de contestations, les jeunes, très majoritaires font, ou veulent faire entendre leur voix, la tentation de la violence devient une donnée sociale, oui un défi pour un avenir meilleur.

Quelle élite saura mettre en capacité l’énergie populaire, les atouts de l’Afrique, afin qu’elle devienne le moteur de son destin? cinq siècles de domination, l’Afrique, deviendra–t-elle indispensable à elle-même?
De profond bouleversements s’opèrent depuis la fin de la guerre froide. Ceux-ci ont contraint les pays à s’adapter, tandis qu’émergent d’autres pays. Mais, tous convergent vers l’Afrique, le continent est devenu le champ d’expression précieux de leur préoccupation et de satisfaction de leurs intérêts.

Il y a lieu de se demander si Paris fait office de favori dans ces batailles hippiques que se livrent la Chine, la Suisse, la Turquie etc., ces bals incessants diplomatiques et commerciaux, que se livrent ces pays. Paris est contestée, a-t-elle encore les moyens de sa politique? Elle est sur la défensive dans cette âpre lutte d’influence à laquelle se livrent toutes ces puissances. Paris devrait innover, si elle tient à être dans la course. Les anciens militants de Droits civiques américains sont appelés sous le drapeau de la guerre commerciale.

Les relations internationales font appel à des agents privés, tels les ONG, les cabinets des consultants ou même les églises. La France a signé avec la plupart des anciennes colonies des accords de défense, contestés, mais ces traités perdurent et se répandent par la coopération technique. La guerre contre le terrorisme et l’enjeu des matières premières poussent les États-Unis à tisser des liens militaires.

L’Afrique, une proie
L’Afrique est le seul continent qui accueille, depuis la fin de la guerre froide, autant d’instances internationales et étrangères. Tout ceci peine à concrétiser la réduction des inégalités sociales, et l’illégalité de certains systèmes alimentant la guerre et l’instabilité. Qu’ils soient bien intentionnés ou pas, ces États, ces puissances militaires, surtout occidentales mettent sous influence, l’Afrique avec tout ce que cela comporte comme conséquence sur sa marge d’expression.
Si la fin de la guerre froide a éteint certains conflits, l’Afrique reste marquée par la guerre, la lutte violente pour les ressources et l’instabilité politique. En retour, les intellectuels, les politiques, ne cessent de dénoncer cet état de choses qu’engendrent l’occupation économique de l’Afrique, mais les échos ne dépassent pas les discours et les cours dans les amphithéâtres.

Faut-il baisser les bras pour autant? Je crois que le temps est arrivé avec l’émergence de l’élite n’ayant pas fréquenté en métropole, pour penser aux intérêts communs. Il est quand-même temps de nous retrousser les manches, de nous prendre en main pour sortir des fourches caudines de l’esclavage et de la soumission.

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