Nkotti François : Une vie pour le makossa

Pendant un demi-siècle, le chanteur et instrumentiste a joué le rôle de pionnier du rythme devenu l’un des courants fondamentaux de la musique camerounaise.

L’artiste de son vivant.

Voilà quelqu’un qui ne voulait pas qu’on «murmure» derrière lui. «Après mon départ, confiait-il sur les ondes de la FM 105 un dimanche de mai 2008, mon pays ne doit pas s’interroger sur mon héritage; je pense avoir donné assez de matière pour qu’il en soit ainsi». En embarquant pour l’éternité le 4 août dernier, Nkotti François a donné l’occasion de célébrer sa vie à l’aune de près de 30 albums, plus de 150 titres en 70 années passées sur terre. En posture de père-fondateur des Black Styls, «Despotelaire», via ses chansons («Françoise , «Na ma timba ô Souza», continue de parler au cœur des ex-fans des seventies comme à celui des plus jeunes.

Le Makossa, rythme tiré des détritus folkloriques de la côte camerounaise, il en avait fait une passion. «Musicalement, lorsqu’on a écouté Hoigen Ekwalla, Nadia Ewande, Belka Tobie, François Misse Ngoh ou encore Ben Decca, la patte du «maestro» est tout de suite reconnaissable», commente Jacques Logmo Ndjie, animateur radio en service à la CRTV. «C’était un puriste du Makossa, mais pas un conservateur», ajoute Jean Robert Tchatchou. Sorti de sa retraite par le décès de Nkotti François, l’ancien animateur de «Tourbillon Hit Parade» diffusé sur les ondes de la FM 105 à Douala pose que «le Makossa était une vie» pour l’ancien maire de Bonaléa (région du Littoral). «Il voulait des gens qui parlent d’abord de musique, du vrai Makossa et pas d’argent», confie Jean Robert Tchatchou.

Mettant ses talents de compositeur et de vocaliste au service d’autres artistes, Nkotti François avait été sacré comme l’un des artistes les plus en vu de sa génération, maîtrisant à la fois le fond et la forme de ses productions. L’homme n’entrevoyait qu’un remède contre l’activité des prétendus défenseurs du «Makossa newlook»: apprendre aux jeunes chanteurs et instrumentalistes qu’on peut, en la matière, avoir une autre attitude que celle, strictement pernicieuse, qui est la seule qu’on leur ait enseignée. «Il faut les convaincre que le Makossa est à leur service et qu’ils en tireront le plus d’avantages, non s’ils s’inclinent devant de faux oracles, mais s’ils utilisent hardiment toutes ses ressources originelles», avait-il confié sur les ondes de Radio Équinoxe en mars dernier.

JRMA

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