Culture de la tomate : Les seigneurs de la terre à la remorque des financements familiaux

Pour garder la main en cette période de crise sanitaire, des cultivateurs de ce fruit comptent sur des aides financières reçues des membres de leurs familles travaillant à la Fonction publique ou dans les grandes entreprises.

Des tomates engraissées à la sève familiale.

Il ne fait pas bon être fonctionnaire ou avoir un emploi en plein contexte de Covid-19, surtout si on a un membre de sa famille cultivateur de tomates. En effet, on est alors dans ce cas l’objet de plusieurs sollicitations, pour la plupart financières. «Je suis obligé de prendre des avances de solde ou d’aller à l’usure pour sauver le gagne-pain de mon frère», confie ce 28 juillet 2021 un fonctionnaire en service au ministère des Transports. Dans sa situation, la pression familiale est telle qu’il ne peut pas «rester les bras croisés, sinon ma mère va me vouer aux gémonies», ajoute-t-il.

Il se trouve que les réalités sur le terrain ne jouent pas actuellement en faveur des cultivateurs de tomates. «Nous sommes obligés de solliciter des financements auprès des membres de la famille qui sont dans la Fonction publique ou dans une bonne boite. Les banques ont cessé de nous prêter de l’argent», se désole par exemple Bekombo, 50 ans révolus, agriculteur et vendeur au marché 8e dans le 2e arrondissement de la capitale Yaoundé. Et pour mieux contrôler le fonctionnement et le circuit de l’argent ainsi injecté, plusieurs agents publics ont même fait le choix de retrousser leurs manches et de devenir des agriculteurs. «Mon frère est devenu un agriculteur parce qu’il faut qu’il paye le crédit obtenu à l’usure dans cinq mois. Ceci lui permet en même temps d’éviter de trop payer», fait valoir un seigneur de la terre. Une conversion que confirme Mifere, trentenaire et également agriculteur. À l’en croire, son frère est devenu «actionnaire et agriculteur parce qu’il doit veiller au bon fonctionnement du champ».

Du côté de Mfou (banlieue de Yaoundé), une résilience s’est développée: celle de la caution. Ici, papa Mboura tient à présenter la stratégie développée. Selon ce qu’il indique, les cultivateurs de tomates comptent aussi sur leurs frères ou sœurs fonctionnaires affectés dans cette localité. Mais ici, «ceux-ci cherchent des espaces à louer pour nous, parce qu’ils habitent dans la ville, en échange des nombreux services qu’ils rendent aux natifs et autochtones».

De la sorte, les parents se trouvent un peu déchargés de leur fardeau. «Avant, j’avais beaucoup de responsabilités avec plus de six membres qui vivaient chez moi. Je ne pouvais pas de ce fait financer mon champ. J’étais suspendu aux poches de mon petit frère», confie un jeune agriculteur.

Souleymane est un étudiant de l’Université de Yaoundé I et aussi un agriculteur. «Depuis le mois de février, mon frère m’a donné 1 million FCFA avec un taux de remboursement de 20%. Il est obligé de suivre l’évolution du champ jusqu’à la récolte. La grande famille est le témoin de notre entente», révèle ce jeune.

Contrainte
Pour la police, c’est une nouvelle donne. «En janvier, je n’ai pas traité moins de 20 dossiers relatifs au financement agricole et les fonctionnaires sont ceux qui la plupart du temps prennent des engagements pour leurs frères», confie un inspecteur de police en service au commissariat du 8e. Ce qui fait dire à Cédric Kengmo sociologue et enseignant à l’Université de Yaoundé I que «la famille est le seul refuge pour les hommes en cas de crise comme c’est le cas en ce qui concerne la pandémie actuelle, les prêts bancaires n’étant pas accessibles à tous par manque de garantie de remboursement», confie l’universitaire. Du point de vue de ce dernier, il faut alors considérer que «la famille comprend mieux les problèmes de ses membres».

 

André Balla Onana

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