Santé économique de la Cemac : les critères de convergence en confinement

Crise de convergence en zone Cemac

Les perspectives ne cessent de s’améliorer pour l’exercice en cours et l’inflation reste encore sous la barre des 3% malgré la pandémie de Covid-19. Toutefois, la Cemac est loin de pouvoir dormir sur ses lauriers.

Le gouverneur de la Beac, Abbas Mahamat Tolli.

Convalescence

Entre 2020 et le premier semestre de l’année en cours, les principaux indicateurs macroéconomiques de la sous-région ont évolué positivement sans pour autant être satisfaisants. Qu’il s’agisse du taux de croissance, de l’inflation, des déficits budgétaires ou encore du niveau d’endettement, les performances de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) sont demeurées médiocres. Elles ont en grande partie fait les frais de l’inhibition provoquée la pandémie mondiale de Covid-19. Et elles ont surtout contraint les États à revoir une fois de plus leurs copies en matière de respect des critères de convergence.

Tel qu’établi en zone franc en 1999 et révisé en 2016 par les chefs d’État de la Cemac, le cadre de convergence régional impose en effet à chaque État de satisfaire à un certain nombre d’exigences. Parmi lesquelles celle de présenter «un plancher de -1,5% du PIB pour le solde budgétaire; un taux d’inflation annuel moyen inférieur à 3 %; un encours de la dette publique (intérieure et extérieure) sur PIB nominal inférieur ou égal à 70%; et une non-accumulation par l’État d’arriérés intérieurs et extérieurs sur la gestion courante, avec comme indicateur un délai de paiement inférieur à 120 jours», entre autres.

Deux rapports récemment rendus publics par la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac) permettent alors de mesurer l’écart entre ces exigences et les performances des États. Le premier daté du 28 juin dernier est référencé comme le Bulletin économique et statistique de mars 2021. Il présente un bilan complet de la santé économique, monétaire et financière de la Cemac au cours de l’exercice 2020. Tandis qu’avec le Rapport sur la politique monétaire publié ce 9 juillet, on a un aperçu de l’évolution de l’état de santé de la Communauté d’une année à l’autre.

Sur le critère des réserves de change par exemple, la Banque centrale déplore qu’elles soient encore inférieures aux cinq mois minimum d’importations exigés. Étant donnée qu’«au 31 mai 2021, elles se sont établies à 4 137 milliards», contre «4 193,2 milliards à fin décembre 2020. Ce qui représente environ 3,7 mois d’importations de biens et services».

Plusieurs autres indicateurs relevés par la Beac laissent par ailleurs apparaître de grosses différences de performance selon les États. Ce qui implique également une différence de profil. Lire notre zoom.

Théodore Ayissi Ayissi

Tout un symbole. La demande des États de la Cemac de procéder à la suspension des critères de convergence. Nous sommes alors en août 2020. Le Conseil des ministres de l’Union économique des États de l’Afrique centrale (UEAC) saisi de cette requête lors de sa 35e session se montre sceptique. Le cadre de convergence régional avait été établi en 1999 pour plusieurs raisons objectives. C’était quelques années seulement après la dévaluation du Franc CFA en 1994. L’objectif était notamment «de prévenir l’émergence de déficits excessifs dont le financement serait incompatible avec le maintien d’un niveau de réserves internationales adéquat», selon un document publié sur la Cemac le 1er décembre 2017 par le Fonds monétaire international (FMI).

Par prudence, le Conseil des ministres de l’UEAC va alors demander que des études préalables soient menées sur l’incidence de la suspension sur les activités des Trésors publics des États de la Cemac. Il va par le fait-même reporter sa décision sur cette requête. Cela dit, l’organe sous-régional ne ferme pas les yeux sur les difficultés que les États rencontrent pour se mettre en conformité avec les critères de convergence. Bien au contraire, il a conscience que les problèmes rapportés sont bien réels au vu du contexte.

La convergence grippée en 2020
Les difficultés des États à respecter la plupart des critères relevant du Cadre de convergence régional sont réelles. Elles tiennent en grande partie à la survenue de la pandémie mondiale de Covid-19. Puisqu’il en a résulté une crise sanitaire sans précédent qui s’est très vite transformée pour la sous-région en crise économique. Dans le Bulletin économique et statistique de mars 2021 publié le 28 juin dernier, la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac) confirme cet état de choses. La Banque centrale fait notamment observer que «c’est dans ce contexte général de contraction de l’activité économique mondiale, que les performances économiques et financières de la Cemac se sont dégradées en 2020».

Ainsi, la sous-région a enregistré sur les différents indicateurs de performance, «un taux de croissance du PIB réel de -2,1%, contre 2,1% en 2019; un accroissement de l’inflation en moyenne annuelle à 2,4% à fin décembre 2020, contre 1,9% en 2019; et un creusement du déficit budgétaire, base engagements, dons compris, à -2,9% du PIB en 2020, contre -0,1% du PIB en 2019». Mais le tableau ne s’arrête pas à cela. Puisque dans le même temps, la Beac a relevé «une dégradation du solde de la balance des transactions courantes de -5,4% du PIB en 2020, contre 3,5% du PIB en 2019; un déficit global de la balance des paiements à -2,9% du PIB en 2020, contre un excédent correspondant à 0,2% du PIB».

Prudent déconfinement en 2021
Plusieurs indicateurs contenus dans le Rapport sur la politique monétaire publié ce 9 juillet par la Beac renseignent sur l’évolution de l’état de santé de la Cemac. L’exploitation du document donne par exemple à savoir que «sur le plan régional, les effets de la crise sanitaire de la Covid-19 continuent de peser sur les économies de la Cemac». Aussi, «le niveau général des prix dans la Cemac s’est accru; l’inflation en moyenne annuelle s’étant hissée à 2,7% à fin mars 2021, contre 1,7% un an plus tôt. En glissement annuel, le taux d’inflation est passé de 1,8% à fin mars 2020 à 2,9% un an plus tard». Juste en-dessous du seuil limite.

S’agissant des réserves de change et même si elles ne sont toujours en règle avec l’exigence d’un minimum de cinq mois d’importations, la Beac a noté une amélioration. En effet, «après avoir plongé à 3686 milliards FCFA en mars dernier (2021, NDLR), les réserves de change de la Beac se sont établies à 4 137 milliards FCFA au 31 mai 2021, contre 4 951 milliards au 31 mai 2020, soit une contraction de 16,43% en un an», a mis en exergue l’institution bancaire sous-régionale.

Situation avant Covid-19
Bien que des disparités ont toujours existé entre les États, le rapport de la Cemac aux critères de convergence n’a pas toujours été aussi décalé. Le Rapport intermédiaire de surveillance multilatérale de 2017 et perspective 2018 est là pour en témoigner. Il fait par exemple savoir que «seuls trois pays sur six ont respecté le critère sur le solde budgétaire (Centrafrique, Guinée Équatoriale, Tchad); cinq pays ont réussi à contenir leur taux d’inflation (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée Équatoriale et Tchad), et que cinq États ont maintenu leur endettement à moins de 70% du PIB (Cameroun, Centrafrique, Gabon, Guinée Équatoriale, Tchad)».

Seul semble donc avoir posé problème aux États de la Cemac, le critère portant sur l’apurement du stock des arriérés. Étant donné que sur la période concernée, aucun État n’a réussi à briller par l’exemple.

Théodore Ayissi Ayissi

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