Filière riz : Grains et boules de crainte de pénurie

Le Groupement des importateurs de riz du Cameroun (GIRC) tire la sonnette d’alarme. Il en appelle à une action forte des pouvoirs publics en faveur des acteurs et à l’intensification de la production locale.

Jacquis Kemleu, le SG du GIRC.

«Du riz, il y en a au Cameroun. Mais si rien n’est fait dans les trois prochaines semaines, il y aura pénurie dans les trois prochains mois». L’air grave, Jacquis Kemleu joue les lanceurs d’alerte ce 17 juin 2021. Au cours d’un point de presse donné ce jour à Yaoundé, le secrétaire général du GIRC tient à éclairer une opinion publique essorée par la flambée des prix du riz sur le marché national. Selon lui, le métier d’importateur de riz n’est pas de profiter des déséquilibres entre l’offre et la demande sur tous types de marchés. «Nous n’avons jamais réexporté le riz en direction des pays voisins. La genèse du phénomène est à trouver bien en amont de la flambée des prix», explique-t-il.

Causes
Sur le coup, Jacquis Kemleu maudit le Covid-19. «La survenue de cette pandémie a restreint tout le monde ; nous n’avons pas cultivé nous-mêmes et sommes dépendants de l’importation de riz, qui n’est malheureusement plus disponible avec les coûts élevés qui en découlent», démontre l’homme d’affaires. S’inspirant des statistiques qu’il dit tenir du Projet de développement de la riziculture irriguée et pluviale (Proderip) mis en œuvre par l’Agence japonaise de coopération internationale (Jica), Jacquis Kemleu relève que «la production nationale n’excède pas toujours 300 000 tonnes par an pour une demande nationale de 600 000 tonnes et 47 000 tonnes de consommation mensuelle». Et pour se fendre en regrets, l’orateur pointe «la volatilité des prix devrait se poursuivre à court terme du fait des quantités très limitées des disponibilités puisées sur les stocks».

Il indique également que «les importateurs sont confrontés à des difficultés telles que la rareté des devises, l’augmentation des taux de transfert pour le paiement des fournisseurs (ces taux tournent actuellement autour de 10% de la valeur et en fonction des banques, NDLR), le temps très long dans l’exécution des transferts (4 semaines environ, selon quelques acteurs de la filière rencontrés à Yaoundé, NDLR) et l’augmentation des coûts dans toutes les transactions portuaires».

Les détails que brandit le secrétaire général du GIRC mettent en exergue quelques effets négatifs relevés sur les places commerciales. A Yaoundé par exemple, décrit Jacquis Kemleu, l’on trouve une dizaine de marques de riz de grande consommation. Le kilogramme de riz ordinaire, 5% brisures coûte 390 Fcfa. Difficile d’obtenir un kilogramme de ce qu’il appelle «du bon riz» à 400 FCFA. L’argumentaire des détaillants se focalise sur le fait que, actuellement, le prix du riz réagit très fortement à toute bonne ou mauvaise nouvelle relative aux importations.

Propositions
Pour y remédier, le GIRC propose de produire localement. Concrètement, il s’agit de «l’intensification de la production nationale de riz pour réduire le déficit structurel de 300 000 tonnes atténuerait les inquiétudes sur la qualité et surtout le prix pour la satisfaction des consommateurs». Autres propositions émises : «l’intervention du gouvernement pour établir un canal au niveau des banques commerciales et à la BEAC pour la priorisation lors des transferts et à un coût raisonnable ; la suppression de l’augmentation des coûts dans la zone portuaire et le maintien des périodes de franchise de 90 jours et l’imposition du précompte mobilier sur la base des marges générées et non sur le chiffre d’affaires».

Jean-René Meva’a Amougou

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