Nécrologie : vie et mort d’Achidi Achu

L’ancien premier ministre a tiré sa révérence au pays de l’oncle Sam le 4 mai dernier.

Tel un parfum d’été, la nouvelle du décès de l’ancien premier ministre chef du gouvernement a fait le tour. Simon Achidi Achu pour le citer nommément, a jeté son dernier soupir mardi 4 mai 2021 aux États-Unis, loin de Santa, sa ville natale. Né en novembre 1934, il est décédé à l’âge de 87 ans. Nommé Premier ministre en 1992, la mission que lui confie Paul Biya était de briser la dynamique révolutionnaire de l’opposition radicale naissante qu’incarnait son frère du village, le charismatique John Fru Ndi. Le choix de chef de l’État n’était pas fortuit. C’est Simon Achidi Achu qui pousse Fru Ndi vers la porte de sortie du Rdpc, lors de l’élection du président de la grande section du parti au flambeau dans la Mezam en 1988. Simon Achidi Achu avait pris le dessus sur John Fru Ndi au cours de cette élection. Non contant d’avoir perdu les élections, Fru Ndi saisit l’opportunité de l’idée de la création du SDF que nourrissaient les feu Albert Mukong etc.

Achidi Achu devait utiliser les mêmes stratégies de l’élection à la présidence de la section Rdpc de la Mezam pour casser l’aura de Fru Ndi auprès du public. En 1993, les enseignants s’y mêlent et exigent la création du GCE Board. Vieux briscard et fin politicien, Achidi Achu prend langue avec le milieu éducatif et crée non seulement le GCE Board, mais aussi l’Office du Bacc. Ceci rentre toujours dans la stratégie de «Papa Taro» (comme l’appelait ses détracteurs) à pacifier le pays contaminé par le vent de l’Est. Lorsqu’il accomplit sa mission de pacification du Nord-Ouest, il est remercié en 1996. Celui qu’on appelle le chantre de la «Politic na njangi» (la politique c’est la tontine) retourne à Santa et consacre le gros de son temps dans son ranch situé au sommet de la colline du village Mbei. Toutefois en ses temps perdus, il mène une vie sociable. Simpliste, il assiste aux deuils et funérailles, ne rate pas l’occasion de prêcher les idéaux du Rdpc. Il est même surnommé «Old Fox» c’est-à-dire «vieux renard» de la politique parce ce qu’il poursuit son agenda de la pacification, malgré son départ de la primature.

D’aucuns lui attribue le titre de précurseur de la «Santa Mafia». Car de son passage à l’Immeuble étoile, il a mis les fils Santa dans les postes stratégiques de prise de décision et en a également négocié après son limogeage. Zacheus Fordjindam, John B Ndeh, Fonkam Azu’u, Fru Jonathan, Paul Atanga Nji, etc. sont autant de fils de l’arrondissement de Santa qu’il a propulsé dans la sphère de prise de décision. Ceci au détriment des autres fils de la région. Mais il était toujours très sollicité pour ses conseils. D’où l’appellation de vieux renard. Il était également un fin chanteur et danseur du rythme traditionnel Mbaglum.

Malade, en 2010, il bénéficie d’une évacuation sanitaire en Hexagone. Il y revient joviale et en 2013, il est élu sénateur et partant vice-président à la chambre haute du parlement. Il dribble son fils spirituel John B Ndeh à qui il avait promis de lui céder son poste de sénateur lors des primaires en 2018. Contre toute attente, il se présente aux primaires au sein du Rdpc. Malheureusement, la liste du Rdpc est battue par celle du SDF aux sénatoriales de 2018. Le membre du Conseil d’administration de la SNI tire définitivement sa révérence au pays de Joe Biden à l’âge de 87 ans, laissant de nombreuses personnes éplorées par cette disparition.

Zéphirin Fotso Kamga

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