Que Paris pense ainsi

Rarement un hommage funéraire n’a fait autant écho à l’actualité politique africaine. À Ndjamena le 23 avril 2021, Emmanuel Macron était aux premières loges. Il a montré à quel point il aimait et respectait le maréchal Idriss Deby Itno.

Connu pour son effort constant à susciter le buzz chaque fois qu’il foule la terre africaine, le président français a pensé à se tailler une place dans le cœur des Tchadiens. «Nous ne laisserons personne mettre en cause ou menacer aujourd’hui ou demain la stabilité et l’intégrité territoriale du Tchad», a-t-il déclaré. Sur le terreau du discrédit de la politique française en Afrique, Emmanuel Macron, non sans d’évidentes qualités de chasseur d’opportunités, est parvenu, une fois encore, à développer sa petite entreprise communicante qui au demeurant lui a toujours permis d’ériger Paris en «professeur de l’Afrique». Prononcé devant la dépouille de Idriss Deby Itno, le discours de la France a précisé en réalité un scénario conditionné dont l’objet est de s’assurer à terme, l’image subliminale de grand libérateur du pays.

Derrière, cette entreprise se double d’une autre intention qui n’est pas contradictoire, loin s’en faut, avec le premier objectif. L’enjeu est bien de se lancer, contexte politico-économique du Tchad aidant, dans une nouvelle campagne de la France pour renouer avec la Françafrique. Pour couronner le tout, la réaction d’Emmanuel Macron à Ndjamena le 23 avril dernier visait à déconsidérer toute critique, à refuser de se remettre en question, et de promouvoir la capacité de la France à détourner le débat quand elle est mise mis en difficulté. Et pour refaire son jeu, Paris, en effet, tente ainsi, en ces temps de déploiement optimal de ses concurrents sur le continent, de se lancer avec l’agilité de celui qui se sent «ancien maître», dans la reconquête de l’Afrique.

Et pourtant, les dernières actualités autour de la succession du maréchal d’Idriss Deby Itno à Ndjamena prouvent que la France a perdu sa capacité à être audible sur ce qu’elle a toujours considéré comme son pré-carré. Ouvertement, des voix contestataires carillonnent à l’horloge désormais déréglée. Plus question de chercher à savoir ce que désignent et annoncent les récents événements survenus à Ndjamena. Ce qu’il y a lieu de pressentir, c’est que le discours de Paris sur la démocratie ne correspond plus tout à fait non seulement à la volonté des Africains mais également à celle de la démocratie tout court. À tout le moins, est-ce l’utilité d’un discours prononcé par un président français d’offrir aux Africains l’une des clefs de lecture de leur temps.

En parlant aux Africains avec autant de légèreté, Emmanuel Macron en dit l’assignation à une réalité devenue subalterne.
En cette matière, Sékou Touré, Thomas Sankara ou en encore Idriss Deby Itno savaient où ils allaient : ils étaient de ceux qui portaient «haut et beau», parce qu’ils pensaient sagement qu’un peuple, nonobstant les ombres et les lumières de sa vie antérieure, avait besoin d’un chef qui au regard du théâtre du monde assume tout, sans tortiller, et concentre sans trembler et pour mieux la préserver, la mémoire des citoyens. Ils avaient compris qu’ils n’étaient pas propriétaires d’une histoire, que celle-ci ne leur appartenait pas, mais qu’ils n’en conservaient que pour un temps l’usufruit. Vivement que Paris pense ainsi et laisse enfin les Africains dans leur Afrique.

Ongoung Zong Bella

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