L’essence du poème par Michel Chevalier

La poésie peut être certes embellie de maintes façons, par la métrique, la rime, les figures de style plus ou moins savantes… Des traités ont été rédigés à ce sujet, et étant moi-même un amoureux de la poésie classique, je suis loin de cracher sur la beauté des œuvres rédigées en respectant toutes ces règles forgées par des générations de poètes.

Mais, quand on enlève tout cela, que reste-t-il ? Le résultat est-il moins poétique ? Bien au contraire, c’est l’essence même du poème qui surgit, brute et immaculée…

C’est comme en cuisine, on peut adorer une recette sophistiquée, avec de multiples ingrédients chers, utilisant un savoir-faire compliqué pour les mettre en valeur en un feu d’artifice de saveurs et de textures… Mais, pour certains, rien ne vaut la pureté d’un sashimi, un simple morceau de poisson cru d’une fraîcheur exquise, dont la saveur explose en bouche sans que l’attention soit distraite par les multiples ingrédients qu’on y rajoute.

C’est cela qu’a tenté Timba Bema, par ailleurs Grand Prix Littéraire d’Afrique Noire pour une œuvre tout aussi poétique, mais presque à l’opposé de celle-ci, Les seins de l’amante, puisque c’est un poème long, d’une soixantaine de pages, utilisant à merveille toutes les techniques de la narration, de la métaphore, de l’analogue, de l’art de varier le rythme pour tenir constamment le lecteur en haleine sans jamais le lasser et susciter en lui une profonde réflexion…

L’exercice ici est inverse et réussi tout aussi magnifiquement ! Je n’ai jamais lu, résumé en aussi peu de mots ni avec autant de force des sujets aussi variés que l’essence de la poésie.

 

Un poème

Sera toujours

La rencontre de l’œil

Avec l’esprit de l’œil

 

La solitude de celui dont le regard va au-delà des apparences

Tu es étrangement seul

Toi qui oses

Visiter

Les profondeurs du monde

 

La puissance corruptrice de l’argent

Or

Métal des dieux

À peine montrais-tu ton visage aux hommes

Que tu les convertissais à la folie

 

Le risque totalitaire

Est à craindre

Toute

Société

Fière de ses lois

 

La pureté d’une joie qui éclate

Joie !

Dans la demeure

Tu as déposé ton fardeau

Joie !

 

La beauté de la nature

L’estuaire

Est comme un coquillage

Enroulé sur lui-même

Mystère d’une terre accouchée par les eaux

 

Les drames de l’identité déchirée par immigration, un thème également omniprésent dans Les seins de l’amante et dans son autre recueil, Les bateaux sombrent-ils en silence ?

Immigré

Tu es

La défaite

Du souvenir

 

L’ennui d’un travail répétitif

Je vivais

Entre les morts

Du lundi matin

Au vendredi soir

 

Les ambiguïtés de certaines relations amoureuses

Après

Une nuit d’amour avec son bien-aimé

Après

Elle lui découpa le cœur en morceaux

Et tant d’autres thèmes…

 

Michel Chevalier, éditeur

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