Marché huitième à Yaoundé : Au royaume de l’intégration par les signes

Dépassant les approches en termes de vie dans un pays étranger, Tchadiens, Centrafricains, Gabonais, Équato-guinéens et Congolais dessinent une véritable pensée de la libre circulation des personnes et des biens depuis le Cameroun vers d’autres pays de la sous-région.

Un chargement à destination d’un pays de la sous-région.

«Ce n’est pas parce que l’oiseau est en cage qu’il ne peut pas chanter». Si ces mots ont une résonance particulière ici au Marché 8e (dans le 2e arrondissement de la capitale camerounaise), ils traduisent surtout l’état d’esprit de Oumarou, mélange de résilience et de joie de vivre. Pour le jeune Tchadien, «ce n’est pas parce qu’on vit dans un pays étranger qu’on ne doit pas se débrouiller». «Si tu crois que t’es fort, viens au 8e. Tu le sauras», dit-il, le torse nu dégoulinant de sueur. La suite raconte comment, depuis 2016, il transporte des sacs de vivres en direction de la Guinée Équatoriale et du Gabon. «Nous pouvons charger trois à cinq camions par jour selon nos forces. Et chaque camion peut porter 260 à 300 sacs d’oignons pour les différents pays», raconte Ismaël, son compatriote.

Astuces
Qu’il pleuve ou qu’il vente, que le ciel soit clément ou ingrat, Emmanuel Ntou’ou Ma, camionneur gabonais, ne raterait pour rien au monde le jeudi. «C’est le grand jour des départs vers Libreville et Malabo», confie-t-il, le doigt bloqué sur le klaxon. Le trajet entre le Cameroun et son pays par voie terrestre lui a tout appris: les négociations aux postes de contrôles, les tractations serrées avec les commerçants locaux, la gestion du temps, la conservation des denrées périssables et même la tricherie. Comme lui, plusieurs transporteurs étrangers exerçant ici se doivent de faire face aux événements imprévus et s’arranger du déjà vécu ou du déjà-vu. «Quand j’ai un camion qui transporte des tomates, je sais qu’il ne faut pas permettre aux policiers de me retenir longtemps.

Nous sommes astreints d’aller louer au Gabon, les camions ayant la plaque gabonaise pour venir charger au Cameroun. Étant donné que la plaque camerounaise nous cause trop d’ennuis en route», affirme-t-il. Sa position de vice-président de l’Association des chauffeurs étrangers du 8e donne à voir un quarantenaire qui aborde certaines thématiques de front. «Avant, au cours de nos transactions, la douane gabonaise prenait à l’ouverture du dossier 49500 FCFA et elle ne cherchait pas à savoir la valeur de la marchandise. Les vivres frais n’étaient pas dédouanés. Mais depuis deux ans, on dédouane les vivres frais. Autres faits, tu charges la marchandise de 1 million, mais une fois à la douane, on te demande 2 millions, et l’on peut faire quatre à cinq jours pour négocier, pour donner soit 1 million ou 1million 300 mille FCFA. Bref, il va falloir laisser un million ou plus pour passer», déplore-t-il.

Au-delà, tous les ressortissants des pays d’Afrique centrale travaillant ici dessinent chaque jour les contours du business rattaché à Dieu. «Chacun est ici pour chercher de l’argent», tranche un Centrafricain qui se fait appeler El Hadj. Sur son véhicule, il a collé une inscription, en guise de talisman: «Sango Allah». Sur son pare-brise, Sakis, un Congolais de 30 ans (selon lui-même), parle de «Kongo ya Nzambe». Formulées autrement, ces expressions servent de ligne d’orientation pour autrui. «Quand vous voyez un camion, vous pouvez tout de suite savoir que celui-ci fait la ligne de Bangui ou de Libreville, ou qu’il appartient à un Gabonais», renseigne Emmanuel Ntou’ou Ma.

Olivier Mbessité

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