Congrès du parlement: Le peuple se pique d’analyse

S.E Paul Biya: du bon usage de la Constitution.

décidément, en cette année 2018, Paul Biya, le président de la République, a choisi de jouer à fond des mécanismes constitutionnels à sa disposition.

Vingt-deux ans après sa création, il a finalement nommé, le 07 février dernier, les onze premiers membres du Conseil constitutionnel. Pour ne pas faire les choses à moitié, le chef de l’Etat a (conformément aux dispositions de l’alinéa 4 de l’article 51 de la Constitution du 16 janvier 1996), instruit la tenue du tout premier congrès du parlement camerounais. Evénement inédit au Cameroun ce 06 mars 2018 au palais des Congrès de Yaoundé. Pour la première fois, sénateurs et députés se sont réunis dans une même salle, à la faveur de la prestation de serment de Clément Atangana et les 10 autres membres du conseil constitutionnel.

Très imprégné de l’histoire parlementaire du pays, le Pr Samuel Efoua Mbozo’o clame que «le congrès, c’est une grande première». Justifiant cette affirmation, l’universitaire brandit le visage bicaméral du parlement actuel. A l’en croire, c’est lui qui confère toute une dimension politique exceptionnelle à cet événement. Au sein de l’opinion publique nationale, deux grilles d’analyses se bousculent. Nourries par l’actualité sociopolitique du pays, ces lectures se déclinent en querelles de chapelles. Certains s’en réjouissent, d’autres s’en inquiètent.

 

Calculs politiques

Dans certaines écuries politiques de l’opposition notamment, l’heure est aux plaintes contre «la trop grande verticalité du pouvoir» incarnée, d’après une poignée d’hommes politiques, par l’actuel locataire d’Etoudi. L’on accuse ce dernier de «placer ses hommes au gouvernement et dans les coulisses; notamment au conseil constitutionnel». Sur cette ligne-là, Edmond Bih, un membre du Social democratic front (SDF), estime qu’«en nommant les membres du conseil constitutionnel et en instruisant leur prise de fonction dans l’urgence des sénatoriales, Paul Biya ne cesse de renforcer sa position». Il estime d’ailleurs que celui-ci «s’est insidieusement produit en gloire devant les deux chambres réunies en congrès et s’est mis en scène avec un art consommé de sa puissance».

Aux yeux de cet homme politique, en convoquant le congrès du parlement, «le chef de l’Etat vient de démontrer que sénateurs et députés sont des valets téléguidés pour adouber un conseil constitutionnel où les membres sont sans autonomie politique».

En conséquence, le doute commence à traverser certains esprits sur les intentions de ce «président en majesté», comme le désigne Fifen Moussa, un membre de l’UDC (Union démocratique du Cameroun) dans le Mfoundi. Son point de vue trahit ses craintes vis-à-vis d’un congrès encadré par une ligne de la constitution de 1996. «Premièrement, dit-il, c’est politiquement creux en matière de promotion d’une démocratie parlementaire, pluraliste, ouverte et dynamique; le pays a besoin avant tout de réformes politiques structurelles. Les rédacteurs de ladite   constitution auraient dû intégrer aussi le devoir pour le chef de l’Etat de convoquer un congrès du parlement pour prononcer un discours de politique générale. Deuxièmement, c’est une manière de surfer sur la vague de défiance vis-à-vis des élites politiques candidates à la présidentielle».

 

Sirènes douces

Loin de l’humeur batailleuse de l’opposition, les actes présidentiels (la convocation du congrès précisément) semblent plaire à d’autres. Ceux-là ont des mots doux et des marques d’admiration pour le tout premier congrès du parlement au Cameroun. Ils considèrent que Paul Biya s’est finalement emparé de tous les leviers à sa disposition. «Tous légaux et constitutionnels, il faut le préciser, point de dictature là-dedans», indique le Pr James Mouangue Kobila. Commentant la tenue du congrès du parlement, le vice-recteur de l’Université de Douala ratifie de facto «cette application à la lettre des fondements de la République». Pour cela, l’universitaire pense que, eu égard à la cadence rapide des événements, le président de la République n’a fait que concilier trois qualités d’un homme d’Etat: une vision de l’histoire, le sens de l’intérêt national et le courage personnel.

 

Jean-René Meva’a Amougou

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