Intégration culturelle : «Messi, Messi» par-delà les frontières

Regroupant en son sein des danseurs équato-guinéens, gabonais et camerounais, le groupe s’inscrit dans une longue histoire et un récit identitaire partagé.

Messi Messi en action

Dans les commentaires autour du groupe de danse «Messi Messi» (territoires différents en langue Ntoumou), on dit vouloir faire se rejoindre des Ntoumou qui s’éloigneraient. Ici à Ma’an, on explique que l’intégration ne fonctionnerait pas autrement mieux. Dans le flot des déclarations, la voix de Anselmo Zo’o Mileme se fait entendre : «Nous exécutons le ‘’Megane’’; une danse traditionnelle des peuples Ntoumou née au 16e siècle. Pour nous, c’est un bon moyen pour se considérer d’abord comme des fils d’un même ancêtre pour favoriser le mélange et non l’enferment communautaire». «À la base, ajoute l’Équato-guinéen (par ailleurs président du groupe), il est question de construire une identité, Ntoumou afin de faire la promotion d’un versant de l’intégration des peuples de 3 pays». En s’appuyant sur ce qui fait véritablement sens dans ce propos, un grand enseignement émerge : à travers la danse «Messi Messi» veut rassembler les «3 cousins» et proposer un discours ancré sur l’esprit communautaire, en finir avec les frontières perçues ici comme «subies» et non «choisies». Et voilà qui résume les thématiques des chansons composées par le groupe. D’après Anselmo Zo’o Mileme, ce choix s’attache aux processus de déconstruction des barrières mentales en essayant de créer un environnement différencié où les communautés unies par le sang sont remises ensemble malgré les différences spatiales.

Mentalités
Pour la Gabonaise Régine Mbatoumou (la secrétaire générale du groupe), la danse a été choisie pour dépasser bien des dérives. «C’est une affaire de mentalité et de petits moyens», explique-t-elle. Mis en lien, la volonté et les moyens disponibles sont placés au cœur du projet mis en œuvre depuis 10 ans. Et à chaque occasion heureuse ou douloureuse, le groupe se met en scène… bénévolement. «Nous venons juste là où il y a un deuil ou une fête. Nous montrons ce dont nous sommes capables et nous plions nos bagages. Nous venons juste montrer que le Ntoumou n’est pas esclave de l’argent», souligne Philémon Elono, Camerounais et maître à danser de «Messi Messi». Ce 3 décembre 2020, ce code comportemental prend corps devant l’esplanade du nouvel hôtel de ville de Ma’an. Aujourd’hui, c’est le drapeau camerounais qui sert de guipure aux costumes des danseurs. «La politique de Messi Messi est de faire flotter un drapeau à chaque cérémonie. La prochaine fois, ce sera celui de la Guinée Équatoriale ou celui du Gabon», avise Anselmo Zo’o Mileme.

Palmarès
À l’affiche partout dans le département de la Vallée du Ntem, «Messi Messi» connaît aussi un retentissement au Gabon et en Guinée Équatoriale où, apprend-on, des messages de soutien affluent pour saluer cette initiative. «Notre label circule partout et nos descentes sont par de hautes autorités de ces pays», renseigne le patron du groupe. Parmi les détails fournis par celui-ci, des «triomphes» se sont enchaînés ces trois dernières années : la prestation à Malabo le 12 octobre 2020 sur invitation du président Obiang Nguema ; une sortie à Oyem (Gabon) en septembre 2018 lors du Festival de la Jeunesse à l’initiative du maire de la ville et une descente à Libreville le 17 août 2017 avec le concours de la présidence gabonaise.

Jean-René Meva’a Amougou

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *