Reconstruction du Nord-Ouest et du Sud-Ouest : Le chantier aiguise de nombreux appétits

Plusieurs mains étrangères se bousculent pour poser de nouvelles briques dans cette partie du Cameroun meurtrie par la crise dite anglophone.

Un site ravagé par la guerre dans le Noso

De nombreux villages incendiés; écoles et infrastructures routières détruites; chaines d’approvisionnement des populations rompues; stagnation de l’investissement productif; des milliers de déplacés et de morts; des assassinats en série; des attaques haineuses à l’abri de l’anonymat des réseaux sociaux. Le bilan de près de quatre années de guerre au Sud-Ouest et au Nord-Ouest donne tout simplement le vertige. À ce jour, ces régions ne sont pas sauvées, et il ne semble pas inconsidéré de penser qu’elles se portent très mal. 350 écoles, 115 centres de santé, 40 ponts, 400 points d’eau, 500 kilomètres de lignes électriques basse tension, 600 kilomètres de routes rurales, 45 marchés et 12 000 maisons à reconstruire en 10 ans. Le chantier est titanesque. «Le gouvernement et ses partenaires doivent mobiliser près de 90 milliards FCFA dans le cadre du Plan présidentiel de reconstruction et de développement des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (PPRD-NO/SO)», insistait le Premier ministre, Joseph Dion Ngute, le 15 avril 2020 à Yaoundé.

Dans ce contexte et face à cette addition plutôt salée, quelques pays sont solidaires. Via leurs entreprises, ils veulent mettre le cap sur le NoSo. Alors, au plus haut niveau, ils se pressent de répondre aux besoins du gouvernement camerounais dans les domaines des infrastructures et du bâtiment dans cette partie du pays. Pour des observateurs, cela facilite la compréhension du raout diplomatique qui a eu lieu le 6 octobre dernier au cabinet du ministre des Travaux publics (Mintp) à Yaoundé.

Chez Emmanuel Nganou Djoumessi en effet, l’on a vu, tour à tour, leurs excellences Medhat Kamal El-Meligy, Éric Jacquemin et Vernelle Trim Fitzpatrick (officiant respectivement comme ambassadeurs d’Égypte, de Belgique et chargés d’affaires assurant l’intérim à l’ambassade des États-Unis d’Amérique au Cameroun). Comme rapporté par le site internet du Mintp, tous ces diplomates ont dit la volonté de leurs pays respectifs d’apporter leur pierre à la reconstruction des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Et selon des indiscrétions recoupées auprès de diverses sources au ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat), quelques firmes turques, italiennes, tunisiennes, russes et chinoises sont à la manœuvre et déjà très bien implantées.

Exercice
«Nous sommes peut-être ici face à la forme la plus “civilisée” du marketing diplomatique», constate Hervé Tadjon. «Dits autrement, ajoute l’avocat d’affaires, les mots utilisés par ces diplomates dévoilent une féroce bataille au niveau diplomatique». Prise comme telle, la démarche des uns et des autres «postulants» impose l’anticipation comme une mission essentielle. En s’investissant dans ce robuste exercice, chacun construit son image en communiquant sur ses points forts. «Dans un projet comme le PPRD-NO/SO, renseigne encore Hervé Tadjon, les marchés sont à gagner, pas à prendre. Il est donc important pour les adjudicataires potentiels d’identifier les acteurs; de comprendre au préalable le fonctionnement des circuits de décision; d’analyser les contraintes règlementaires et ouvrir des discussions afin d’isoler les besoins et les mettre en relation avec leurs entreprises».

Jean-René Meva’a Amougou

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